‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 4 sur 79 · A PROPOS DE CARMEN V · texte numérisé non relu

A PROPOS DE CARMEN V

de la gitane savourant un sorbet... Ce sorbet est la dernière image fraîche avec la future et pourpre orange que Carmen sucera dans sa chambre, après avoir dévalisé le narrateur imprudent. Cette orange finie, nous ne tournerons plus que dans un cercle de feu et de violence. Mais avant, dans cette confiserie, Mérimée caresse encore du regard (il aimait les animaux) la belle bête féminine, mi-apprivoisée, mi-sauvage . Il plonge ce regard curieux dans les yeux obliques de la fille, le pose sur les lèvres fortes, déchirées sur les dents si blanches, et dont le sourire long continue la courbe du sourcil et les larges fentes des paupières, et le salisse sur ces cheveux, « un peu gros », mais bleus, lustrés, casquant des rêves innocemment farouches. C'est un portrait aux tons hardis, aux lignes brutales, qui semble annoncer avec des mots les contours et les couleurs de Vun de nos peintres actuels.

Nous savons d'avance que le voyageur le plus raisonnable, et fût-il « de glace », ainsi que Prosper avait décidé de l'être, — dès Vâge de cinq ans, — ne résiste guère à une personne de ce genre. Le voyageur imprudent suit Carmen dans sa pauvre chambre afin qu'elle lui dise la « bonne aventure ». Sa bonne aventure, à ce voyageur, sera d^être soulagé de sa belle montre et de voir paraître au moment du plaisir le jaloux et intempestif Don José. L'arrivée de Don José sauve peut-être la vie de V étranger séduit par l'œil-

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