INTRODUCTION XIX
drid, comme la première, novembre 1830, est intitulée Les voleurs, et contient au sujet de José Maria El Tempranito — « Le Matinal » — bon nombre de traits dont plusieurs sont reportés, dans Carmen, sur la personne de José Navarro. La quatrième, datée à nouveau de Valence, novembre 1830, est intitulée Les sorcières espagnoles. Il y est question d'un guide un peu fripon dont Mérimée n'a eu qu'à changer le nom de Vicente en celui d'Antonio pour l'introduire dans sa nouvelle, de jeteuses de sorts qui ne sont pas non plus oubliées, et de Carmen elle-même, du moins d'une Carmen qui est, comme son héroïne, un peu sorcière, tout à fait gitane et qu'il appelle comme l'autre, par son diminutif, Garmencita :
« A une lieue de Murviedro, il y a un petit cabaret isolé. Je mourais de soif, et je m'arrêtai à la porte. Une très jolie fille, point très basanée, m'apporta un grand pot de cette terre poreuse qui rafraîchit l'eau. Vicente, qui ne passait jamais devant un cabaret sans avoir soif, ne paraissait pas avoir envie de s'arrêter dans cet endroit-là... Je fus inflexible. Je bus l'eau qu'on me présentait, je mangeai du gazpacho préparé par les mains de M"*^ Carmencita, et même je fis son portrait sur mon livre de croquis. »
pays. Il avait commis plusieurs meurtres, en avait tenté d'autres. Réclamé par la justice espagnole, il fut arrêté et emprisonné à Bayonne le' 31 décembre 1846. L'aumônier qui vint le voir, la veille de son extradition, constata avec effarement qu'il s'était plongé un couteau dans le ventre [la Presse, 23 janvier 1847). Les dates ne permettent pas de croire que cette aventure ait pu intervenir, ne serait-ce que comme excitant, dans la composition de Carmen, à moins de supposer que Mérimée eût eu vent de ce bandit dès 1844. Mais les lecteurs du fait divers pouvaient trouver là une justification de la couleur « brigande » du récit.