XX INTRODUCTION
Quel dommage que nous n'ayons plus ce portrait ' ! A son défaut, nous avons celui que donne le récit, gravé du plus sûr burin : le portrait physique s'entend — car, pour l'autre, il est probable que la gitana de Grenade, la cigarrera du comte de Montijo, sans compter les cigarreras et les gitanas dont nous ne savons rien, lui ont fourni plus d'une touche. Mais l'original premier de Carmen et le point de départ de la nouvelle, nous les avons sans doute ici dans cette « très jolie fille, point trop basanée », dont un geste à la Rébecca fait valoir à des yeux d'artiste la grâce sauvage, dans cette halte, déconseillée par Vicente, à la venta suspecte, dans les commentaires sans bienveillance du guide sur la conduite ordinaire d'une gitane : primera p..., luego alcahueta, pues bruga — « d'abord p..., puis entremetteuse, puis sorcière » : sorcière, il saute aux yeux de tout lecteur, comme à ceux de José, que Carmen l'est avant l'âge, plus encore au sens figuré qu'au sens propre.
Ajoutons à ces quatre lettres ouvertes non pas celle que V Artiste publia en mars 1831 sur les musées espagnols (la critique d'art n'a guère à démêler avec Carmen), mais la lettre privée du 8 octobre 1830 à Sophie Duvaucel, avec ce qu'il y dit du paysage entre Algésiras et Grenade, des ventas, de leur cuisine et de leurs punaises, de son muletier crasseux, des voleurs^, et nous
1. Dans le numéro du .5 juin 1927 de Conferencia, une causerie de M. Claude Farrère sur ce sujet : Comment un romancier fait ses romans, est illustrée de la reproduction d'une aquarelle de Mérimée, datée de Barcelone, 1846, et offerte par lui à M"" de Lesseps, dont le mari était consul général de France dans cette ville. L'aquarelle représenterait un épisode de Carmen — mais lequel? on ne le voit guère. Cela semble une fantaisie, sinon une charge.
2. Ou plutôt de l'absence de voleurs. « Je n'ai rien à vous dire