‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 33 sur 79 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Que Mérimée n'ait pas voulu se répéter publiquement, on le conçoit. Mais il avait assez d'adresse pour éviter le reproche tout en se faisant des emprunts. En vérité, il paraît s'être surtout préoccupé de faire peu avec beaucoup. L'étude de ses variantes nous montrera qu'il se corrigeait plus souvent par des suppressions que par des additions. L'étude comparée de son récit et de ses sources nous montre pareillement qu'il procède par larges coupes dans l'abondance des matériaux, qu'il fuit le pittoresque facile et les morceaux de bravoure, qu'il semble prendre plaisir à déjouer l'attente du candide lecteur, à feindre dans sa richesse un air de pauvreté et d'insignifiance. Carmen est un modèle de style dépouillé et de composition serrée, mais d'allure négligente. Impossible, pour conter cette aventure de passion, de prendre un ton moins passionné. Ce détachement n'empêche pas le conteur de nous tenir en haleine. Mais le plus curieux — et le plus significatif — est que, l'effet produit, le conte terminé, par une sorte de repentir, ou de dérision, il entame une dissertation inattendue sur les Bohémiens, leurs mœurs et leur langue.

Cette dissertation inopportune, et qu'on n'a pas manqué de lui reprocher ' , ne figurait pas dans le premier texte, celui de la Revue des Deux Mondes. Mérimée mettait le point final après les derniers mots de don José : « Ce sont les calé qui sont coupables, pour l'avoir élevée

1. Voir notamment, aux Comptes-rendus, ce qu'en dit Louis Esnault : « L'art doit cacher la science. Mêlée au récit, elle embarrasse; intercalée en chapitre supplémentaire, elle ennuie, »

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