XXVIII INTRODUCTION
mérite de me rappeler l'Andalousie. On m'en a dicté une en romani, que j'ai comprise (15 novembre 1846). »
D'où vient à Mérimée cette science du romani? On admettra difficilement que quelques visites aux gitanos d'Espagne, voire la fréquentation d'une gitana de Grenade, aient suffi à la lui donner. Il avait, plus que la moyenne des Parisiens , l'oreille sensible aux langues étrangères. Mais ici le livre a complété la méthode directe. Il nous cite lui-même « M. Borrow, missionnaire anglais, auteur de deux ouvrages fort intéressants sur les Bohémiens d'Espagne, qu'il avait entrepris de convertir aux frais de la société biblique ». George Borrow est un écrivain très connu, et les deux ouvrages en question, les Zincali, parus en 1841, la Bible en Espagne, parue en 1843, sont devenus en Angleterre aussi classiques que la Galles sauvage, parue en 1862, du même auteur. Une traduction en deux volumes de la Bible en Espagne fut publiée à Paris par la librairie Amyot au début de janvier 1845 et, la même année, en novembre, Léonie Dufresne dbnnait à la librairie de Boulé un extrait du journal l'Estafette sous la forme d'une plaquette de seize pages et sous le titre d'Esquisse de la vie des gitanos d'Espagne : or, cette plaquette était le résumé des Zincali de Borrow. Mérimée, qui s'intéressait aux Bohémiens, a pu lire le résumé, postérieur à la publication de Carmen, et la traduction, antérieure. Mais il savait l'anglais, et sa lettre du 16 novembre 1844 à M™^ de Montijo montre qu'il avait lu Borrow dans l'original avant qu'il eût fait son entrée en F'rance. L'introduction du premier volume des Zincali, sur les gypsies en général, sur leur nom, leur pays, leur langue, les diseurs de bonne aven-