‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 41 sur 79 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

ties, la première surtout descriptive, la seconde en majeure partie consacrée au développement d'une hypothèse sur l'origine de ce peuple nomade : Grellmann, en se fondant sur un certain nombre de remarques et d'analogies, le croit venu de l'Inde, où il aurait formé, avant l'invasion de Tamerlan, la caste méprisée des Sudders dans les environs de Delhi. On ne peut jurer que Mérimée, pour composer Carmen, ait été chercher des renseignements dans Grellmann. Çà et là, un rapprochement s'impose : par exemple, ce que dit Mérimée de l'irréligion des Bohémiens, ou plutôt de leur malléabilité en matière religieuse, se trouve développé dans un chapitre de l'ouvrage allemand (I, xi) ; mais, pareillement, dans un chapitre des Zincali. La lecture de Borrow ne dispensait-elle pas de celle de Grellmann? D'autre part, Grellmann connaît beaucoup moins les Bohémiens d'Espagne que ceux d'Allemagne, de Hongrie, de Moldavie. Ce qui est certain, c'est que Mérimée, s'il l'a lu, a su ne pas s'en encombrer ' .

Qu'est-ce que Carmen, après tout? Un conte, encadré de considérations d'érudit. Mais cette érudition importe-t-elle beaucoup plus au conteur qu'à ses lecteurs? Il se peut qu'elle réponde chez Mérimée à quelque gravité d'académicien, membre de deux Académies. Il est très conforme à son dandysme aussi de paraître glisser cette violente Mstoire, comme une parenthèse excusable,

1. Faut-il croire qu'il a consulté également l'ouvrage de Pott, les Bohémiens en Europe et en Asie, publié à Halle en 1844? Il y fait allusion dans une lettre, encore inédite, adressée à Francisque Michel, auteur d'une Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne. Mais le livre de F. Michel n'a paru qu'en 1847 et la lettre de Mérimée est du 17 juillet 1849. Toujours est-il que Mérimée s'intéresse de plus en plus à la question.

Page 1