‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 43 sur 79 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

méiste), et peut-être, en la dissimulant, de la signaler : « Un des malheurs de ma vie, c'est qu'on me croit moqueur », a-t-il écrit*. Il l'était, et surtout défiant. Mais la défiance ni la moquerie n'excluent le sentiment, la tendresse, l'enthousiasme.

Gela dit, on trouvera normal que Mérimée, pour composer Carmen, s'il ne s'est pas borné à ses souvenirs de voyage, se soit adressé à des conteurs — ses pareils — au moins autant qu'à des ethnographes. Il n'est pas sûr qu'il ait consulté Grellmann; mais il est plus que probable qu'il s'est souvenu de Cervantes. Tandis que José est de garde à la porte de sa caserne, il entend des bourgeois crier à l'apparition de Carmen : « Voilà la gitanilla! » La Gitanilla, c'est le titre même d'une des Novelas Ejemplares de Cervantes. Et cette nouvelle est expressément rappelée dans les Zincali de Borrow, qui en discute la vraisemblance. On sait que Préciosa, la charmante héroïne de Cervantes, n'est pas une vraie gitane, mais une enfant volée, et qu'à la fin du récit on la reconnaît, grâce à de certains signes, pour la fille de la senora Guiomar et du corrégidor son époux. En même temps, le rom avec qui elle avait contracté un mariage blanc, Andrès Caballero, est identifié avec le noble don Juan de Carcamo, chevalier de l'ordre de Santiago, et les deux jeunes gens, qui s'aimaient, peuvent cette fois réellement s'unir. Vieille histoire, qui n'a pas cessé de servir, depuis les Palestra de Ménandre ou de Plante jusqu'à la Esmeralda de Victor Hugo (censée pareillement « fille d'Egypte »), sans oublier la Marianne de

1. A M°" de la Rocbejacquelein, le 11 avril 1855 (Une correspondance inédite, p. 7).

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