‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 45 sur 79 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

Voilà qui semble nous éloigner de Carmen, et l'on accuserait encore la différence entre les deux nouvelles et les deux héroïnes en rappelant que Préciosa est aussi pure que Carmen l'est peu, aussi blanche de teint que Carmen est basanée, aussi blonde de cheveux que Carmen est noire, aussi droite que Carmen est vicieuse, aussi fidèle que Carmen est inconstante. Mais le contraste ne doit point écarter la pensée d'une imitation. On peut imiter à rebours. Le réalisme de Carmen serait ainsi une manière de protestation contre la fantaisie de la Gitanilla. C'est comme si Mérimée, dûment averti par Borrow, nous disait : « Cervantes vous a conté une jolie histoire. Elle est chimérique. Voici comment les choses se passent. » D'ailleurs, on retrouverait sans difficulté dans Carmen, en tenant compte de la mise au point nécessaire, les premières lignes de la Gitanilla (celles qu'admire Borrow) sur le caractère larron des Bohémiens, l'épisode de la fête privée, avec les danses et la bonne aventure, les déclarations de Préciosa sur son amour de la liberté et sa haine des jaloux, la jalousie, nonobstant, d'Andrès, son oubli de ses devoirs de soldat, son difficile apprentissage du métier de voleur, ce que dit le vieux gitano des droits absolus de l'homme sur sa femme, le meurtre du soldat aux environs de Murcie et l'emprisonnement du meurtrier, etc., bref, bon nombre de détails, et l'atmosphère même de la vie gitane. Ce sont là des témoignages positifs, et difficilement récusables, de l'attention avec laquelle Mérimée avait lu la nouvelle de Cervantes.

Pouchkine », que traduira précisément Mérimée. Cette note est prophétique : elle ajoute que « la Russie est destinée à révolutionner le monde politique, peut-être le monde littéraire ».

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