‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 46 sur 79 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

Il n'avait sans doute pas lu avec moins d'attention Don Quichotte, puisque son premier écrit publié fut un prospectus anonyme, en 1826, de la traduction du célèbre roman par Filleau de Saint-Martin. Or, sa façon de présenter les voleurs d'Espagne n'est pas sans analogie avec celle de Cervantes, au chapitre lx, intitulé : De ce qui arriva à Don Quichotte allant à Barcelone. Don Quichotte et Sancho, dans une forêt de chênes, sont capturés par une bande de voleurs. Leur chef est un homme de belle mine et d'humeur avenante. Il s'approche de son prisonnier et lui dit : « Ne soyez pas si triste, bonhomme; vous n'êtes pas tombé dans les mains de quelque barbare Osiris, mais dans celles de Roque Guinart, plus compatissantes que cruelles. — Ma tristesse, répondit Don Quichotte, ne vient pas d'être tombé en ton pouvoir, ô vaillant Roque, dont la renommée n'a point de bornes sur la terre... » Moins la grandiloquence, il y a de ce vaillant Roque dans José Maria'. Il est vrai que José Maria figure plus longuement et avec plus d'avantage dans la troisième Lettre d'Espagne que dans Carmen. Mais il n'y a aucun inconvénient à supposer que Carmen

1. Une note du traducteur fait le rapprochement : « C'était (Roque Guinart) un jeune homme brave et généreux, tel que le peint Cervantes, et qui eut dans son temps, en Catalogne, la réputation qu'eut dans le nôtre, en Andalousie, le fameux José Maria. » Inutile de rappeler qu'Hernani est de cette lignée de brigands-chevaliers, et de même « les deux Amis » de Diderot, « les Brigands » de Schiller, Ivanhoë, Jean Sbogar, etc. Mérimée luimême, dans sa lettre sur les Voleurs en Espagne, rappelait, pour présenter José Maria, « prototype du héros de grand chemin », Roque Guinart et Robin Hood. Il y mettait le granum salis qui lui est habituel. Mais il avait réellement — en partage avec Beyle — le goût des hors la loi. Sur ce goût, chez lui essentiel, voir ce que dit M. Pierre Trahard {la Jeunesse de Mérimée, t. I. p. 40-41).

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