XXXVIII INTRODUCTION
Cette sobriété apparaît davantage quand on compare à la nouvelle de Mérimée le drame lyrique et le drame filmé qui s'en inspirent. Le 3 mars 1875 eut lieu la première de Carmen à l'Opéra-Gomique, musique de Georges Bizet, livret de Meilhac et Halévy ' . En novembre 1926, la salle Marivaux a projeté sur l'écran les images d'une composition de M. Jacques Feyder, directement inspirée de Mérimée. Le drame lyrique, pour obéir aux exigences du théâtre, a groupé les péripéties de l'anecdote en quatre actes et quatre décors. Ce qui, outre le souci légitime de favoriser les solos, les duos et les chœurs, tout en présentant des tableaux pittoresques, a visiblement préoccupé les auteurs du livret, c'est d'adoucir la sauvagerie de la nouvelle, c'est de la rendre acceptable à la majorité du public. De là le personnage un peu fade de Micaëla, auquel a donné l'être une simple phrase sur les jupes bleues et les nattes des Navarraises. De là surtout le fait que José, s'il finit par tuer Carmen, ne tue personne autre : ni le camarade des Provinces, dont il n'est plus fait mention, ni son lieutenant (on désarme les adversaires), ni l'avantageux Escamillo, qui remplace dans un duel à la navaja l'affreux Garcia, et que Carmen, survenant, sauve d'un coup fatal. Garcia, avant José, était le rom de la gitane : situation intolérable à des spectateurs de goût, et que les librettistes ont prudemment évitée. Supprimé aussi, le taudis dans la rue de Candilejo. Par contre, ils ont prodigué les amusements de couleur
1. Cf. L. Pinvert, Un post-criptum sur Mérimée. Paris, Leclerc, in-8°, 1911, p. 59-60.