A PROPOS DE CARMEN VII
récit commence, Carmen n'est plu^ qu'une ombre. Toute sa vitalité endiablée, sa grâce, sa jeunesse, sa sauvagerie, son rythme enivrant sont resserrés comme un œillet incarnat et plein d'odeur dans les quelques pages du début. Quand Don José nous confesse ses aventures liées à celles de la diablesse aux pieds légers, nous n'y voyons plus que les pétales épars, déchirés, meurtris de cette fleur sanglante et qui fut si fortement embaumée.
Don José me déplaît; il est fort sot. Tl se croit tous les droits étroits sur Carmen aux yeux vastes, parce qu'il a trahi pour elle ses notions d'honneur et de devoir. Que ne les avait-il gardées ? Il n'a pas su résister à cette femme, et pour cela il s'étonne quelle, libre, sauvage, hardie, terrible, cesse un jour de V aimer et de s'alourdir de cet amant incommode, jaloux, faible et tourmenté, incapable de vivre sans elle, et néanmoins regrettant toujours ce que, pour elle, il a perdu. Honnête officier, il ne sait pas le demeurer, puisqu'il suivit la gitane; honnête contrebandier, il ne sait pas le devenir non plus; il manque de hardiesse, de larges vues; son cœur et son esprit n'ont pas de liberté. Aussi Mérimée nous le montre-t-il toujours traqué ou emprisonné. Ce que Don José est au plus vrai de son âme. Et il tue Carmen parce qu'il est faible. La vie sans elle, il ne peut la vivre. Elle morte, il se livre. Il ne trouve même pas le cou-