‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 75 sur 79 · IMITATIONS · texte numérisé non relu

IMITATIONS

Carmen, opéra-comique en 4 actes, par Henry Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Georges Bizet. Paris, Michel Lévy, 1875, in-18.

(La partition à la librairie Choudens. — La première représentation a eu lieu le 3 mars 1875. Le rôle de Carmen était tenu par M™® Galli-Marié '.)

Carmen, drame filmé de Georges Feyder, représenté à la Salle Marivaux. Paris, novembre 1926.

1. Voir Charles Gaudier, La « Carmen » de Bizet. Paris, Mellottée, éditeur, 1922.

Le texte que nous publions est celui de l'édition originale (1847), sous cette double réserve que : 1° les simples inadvertances de l'auteur ou du typographe, les lapsus par trop évidents, les menues fautes de ponctuation ou autres qui ne présentent aucun intérêt ont été corrigés, en général d'après la leçon des éditions ultérieures ; 2° conformément aux plus récentes de ces éditions, l'aspect de l'édition originale a été, pour la commodité de la lecture, un peu transformé par l'abondance relative des blancs, distribués de façon très parcimonieuse et très arbitraire dans le texte de 1847 et même dans celui de 1852. Rappelons à ce propos ce qu'Asselineau écrit dans sa Bibliographie romantique, p. 289 : « Mérimée aimait les livres simples, en texte dix ou onze, proportionnés aux vues normales et saines, éclaircis par des blancs entre les paragraphes. »

*■ I : Pas de numéros de chapitres dans la Revue des Deux Mondes. Pour les numéros suivants, une ligne de points.

Page 3. — ■" ... à quelque deux lieues : ... à quelques deux lieues (1852). Cet s malencontreux, qui ne se trouve pas dans le texte de la Revue des Deux Mondes, a été reproduit dans les diverses éditions postérieures à 1852.

■" ... l'anonyme auteur : C'est le texte de la Revue des Deux Mondes. L'édition de 1847 et celle de 1852 intercalent entre les deux mots une virgule qui s'explique mal et que toutes les éditions suivantes reproduisent. Simple inadvertance, croyons-nous.

* ... du duc d'Osuna : ... Ossuna (1852).

"' ... ne laissera plus aucune incertitude : ... ne laissera plus la moindre incertitude [Revue des Deux Mondes).

Page 3. — * ... qui tient toute l'Europe : ... qui tient encore l'Europe (Revue des Deux Mondes).

Page 4, — * ... l'emplacement de Munda : ... l'emplacement de Monda (1852).

* Je conclus qu'en remontant le ruisseau : Je conclus qu'en remontant (1852).

Page 5. — * ... qui avait dû être beau : ... qui avait pu être beau (1852).

Page 7. — * ... la Havane : ... la Havanne [Revue des Deux Mondes) .

* La note sur la prononciation de Vs ne se trouve psts dans la Revue des Deux Mondes.

Page 8. — * L'ombre et la source me charmaient : ... me charmèrent (1852).

* ... de la collation impromptu : ... impromptMc (1852).

Page 9. — * Mais que m'importait? : Que m'' importait F

Page 10. — * ... me deraandais-je : ... me demandai-ie (1852).

Page 11. — * Voilà donc tout ce qui reste, me dis-je, de la population de Munda Bœtica ! : Voilà tout ce qui reste, me dis-je, de la population de Vantique Munda Bœtica ! (1852).

Page 12. — * La note sur les Provinces n'est pas dans la Revue des Deux Mondes. L'édition de 1852 ajoute au texte de 1847 cette phrase : o Le basque est la langue du pays. »

Page 13. — * ... par une faute : ... par sa faute [Revue des Deux Mondes).

* ... abritée derrière une couverture : ... à Vahri rf'une couverture (1852).

Page 14. — * ... je gagnai la porte, enjambant : ... je gagnai la porte, j'enjambai (1852).

Page 15. — * ... c'est qu'il n'a pas peur : Jl n'a pas peur (1852).

Page 18. — * ... parce que j'avais mangé avec lui du jambon : ... parce que j'avais mdingé du jambon avec lui (1852).

Page 20. — * ... écarquillant les yeux, et ne voyant pas grand'chose : ... écarquillent les yeux et ne voient pas grand'chose (1852).

Page 22, — * ... vous êtes probablement de Cordoue? : ... vous êtes sans doute de Cordoue? {Revue des Deux Mondes).

Page 25. — * ... que je n'ai trouvée à aucun regard humain : ... que je n'ai trouvée depuis à aucun regard humain (1852).

Page 27. — * ... laissé pendre : ... laissé prendre [Revue des Deux Mondes).

* Ça fmira, disait-il : Ça finira, dit-il (1852).

Page 28. — * ... ou de solliciter M. le corrégidor de vouloir bien : ... ou de solliciter M. le corrégidor pour qu'il voulût bien (1852).

Page 30. — * ... le garrote est à l'usage des vilains (note) : ...les vilains ont conquis le droit au « garrote » (1852).

Page 33. — * ... le régiment d'Almanza cavalerie : l'édition de 1852 intercale une virgule entre ces deux derniers mots.

* ... la manufacture de tabacs de Se ville : ... la manufacture de tabacs à Séville (1852).

Page 37. — * ... trois cents femmes en chemise, ou peu s'en faut : . . . trois cents femmes en chemise, ou à peu près (Revue des Deux Mondes).

Page 38. — * ... à carreaux rouge et blanc (note) : ... à carreaux rouges et blancs (1852).

Page 39. — * Hélas ! que deviendrai-je? : Hélas ! qu'y deviendrai-je? (Revue des Deux Mondes).

* ... bai Jaona : bai jaona (1852).

Page 40. — * ... même avec les Maures et les Anglais, ils se font entendre : ... même les Maures et les Anglais les comprennent {Revue des Deux Mondes).

* ... jaques : ... Jacques (1852).

* ... berret : ... béret (1852).

Page 42. — * ... Ghapalangarra : ... Chapelangarra (Revue des Deux Mondes).

Page 43. — * ... tout en plein : ... tout à plein [Revue des Deux Mondes).

* Alcalà de los Panaderos, bourg à deux lieues de Séville (note) : Alcalà de los Panaderos, petite ville à deux lieues de Séville (Revue des Deux Mondes).

Page 46. — * ... les Bohémiennes sortirent : ... les Bohémiens sortirent (1852).

* ... et la voiture les ramena : ... et la voiture les remmena (Revue des Deux Mondes).

* ... on en va manger : ... on va en manger (Revue des Deux Mondes).

Page 47. — * ... la bande joyeuse s'en fut : ... la bande joyeuse s'en alla (1852).

Page 50. — * ... la loi des Calés, ... et (note) : pluriel. Calés : ... la loi des Calé, ... et (note) : pluriel. Calé (Revue des Deux Mondes).

Page 52, — * ... ils parlaient de la sorte : ... ils parlaient ainsi (Revue des Deux Mondes).

Page 53. — * Tu n'y pensais pas rue du Candilejo : Tu n'y pensais pais dans la rue du Candilejo (Revue des Deux Mondes).

Page 54. — * Peu s'en fallut que je ne lui jetasse la pièce à la tête : Peu s'en fallut que je ne lui jetasse sa pièce à la tête (Revue des Deux Mondes).

Page 55. — * Je restai .stupéfait : Je restai immobile (Revue des Deux Mondes) .

Page 56. — * Il tira son épée, et je dégainai : Il tira son sabre, et me donna du plat d'abord. Alors je perdis la tête, et je dégainai [Revue des Deux Mondes).

Po^ge 57. — * ... mieux que n'eût pu le faire : ... mieux que n'eût pu faire (Revue des Deux Mondes).

Page 58. — * ... à se tenir les côtes : C'est une correction pour côtés, que donnent les textes de 1845, 1847 et 1852, mais qui est probablement un lapsus. Plus loin, p. 68, l'édition de 1852 donne côtes.

Page 59. — * Si je te tiens jamais : Si je tiens jamais (1852).

* ... tu es jaloux, répondit-elle : ... tu es jaloux, réponrfaif-elle (1852).

Page 60. — * J'avais de l'argent et une maîtresse. Je n'avais guère de remords, car, comme disent les Bohémiens : Gale avec plaisir ne démange pas : J^avais de Vargent [Revue des Deux Mondes : tout ce qui suit n'y figure pas, jusqu'à : « Partout nous étions bien reçus »).

* La note : Sarapia sat pesquital ne punzava, ne figure pas non plus, nécessairement, dans le texte de la Revue des Deux Mondes.

Page 61. — * Véjer : Véger (1852).

* ... jusqu'à ce qu'on s'est avisé : Cette leçon, autorisée par des exemples du xvii^ siècle, et qui a disparu dans les dernières éditions, se trouve dans les textes de 1845, 1847 et 1852. On lit aujourd'hui : jusqu'au moment où. Von s^est avisé. . .

* ... que j'aie rencontré dans ma vie : ... que j'aie rencontré de ma vie [Revue des Deux Mondes).

Page 62. — * Jette-le, jette-le, me criait Carmen : Jette-le! me criait Carmen (1852).

Page 64. — * Elle sauta à bas : ... Elle sauta en bas (1852).

Page 65. — * Eh bien ! elle ne l'en aimait que davantage : Eh bien ! elle ne l'en aimait que plus [Revue des Deux Mondes).

Page 66. — * Nous n'entendîmes plus parler de Carmen : Nous n'entendions plus parler de Carmen (1852).

Page 67. -^ * ... j'allais par la ville comme pour les vendre, surtout pour voir si : ... j'allais à la ville comme pour les vendre, mais, en effet, pour voir si (1852).

* ... en me promenant par la rue : ... en me promenant dans une rue (1852).

Page 68. — * ... riait à cœur joie : ... riait à se tenir les côtes (1852).

* On dirait d'un chat : On dirait un chat (1852).

Page 69. — * L'Anglais retint ce mot, et demanda : — Maquila, qu'est-ce que cela veut dire? L'édition de 1852 supprime la première phrase, et

donne : — Maquila, qu^ est-ce que cela veut dire? demanda

V Anglais.

* ... un bien drôle de mot : de, qui ne se trouve pas dans l'édition de 1847, est une correction, appuyée sur le texte de 1845 et de 1852.

Page 70. — * ... apporte encore demain du maquila : ... apportez encore demain du maquila (Revue des Deux Mondes).

* ... et je voyais son grand œil noir : ... et je t^is son grand œil noir (1852).

Page 72. — * La note, après les mots : « Proverbe bohémien », ajoute, dans l'édition de 1852 : La promesse {sic, pour prouesse, apparemment) d'un nain, c'est de cracher loin.

* J'avais donné : J'avais déjà donné (Revue des Deux Mondes).

Page 73. — * Nous dîmes tous deux : ... tousfes deux (Revue des Deux Mondes).

* ... nous ne pouvions pas vivre ensemble : . . . nous ne pouvions vivre ensemble (1852).

Page 74. — * Nous ne sommes plus que deux : Nous ne sommes que deux (1852).

Page 79. — * ... je veux la voir : ... je vais la voir (1852).

Page 80. — * ... à la porte de ma maison : ... à la porte de la maison (Revue des Deux Mondes).

* ... lui demandai-je : ... L'édition de 1852 donne : demandais-je, qui ne se comprend guère ; mais, plus loin : Quand direz- vous la messe? lui demandai-je, et : Tu aimes donc Lucas? lui demandai-je.

Page 81. — * Il me semble que je vous ai déjà vu : Il me semble que je vous ai vu (1852).

Page 84. — * Je restai anéanti une bonne heure assis : Je restai anéanti une bonne heure... (1852).

Page 85. — * ... les Calés : Us est une correction, conformément à la note de la page 50. De même, p. 87, ligne 2 et note.

* ... pour l'avoir élevée ainsi : Ici finit le texte de la Revue des Deux Mondes.

Page 86. — Les caractères physiques des Bohémiens : dans tout l'appendice, Bohémiens prend la majuscule.

Page 87. — * Dans l'édition de 1852 et les suivantes, la note ajoute : Ils s^appellent entre eux Romane tchavé.

Page 89. — * ... si l'on peut appeler ainsi : ... si l'on peut ainsi appeler (1852).

Page 91. — * ... ils en sont fort vains : ... ils en sont très vains (1852).

Page 93. — * ... bien qu'il lui suffît : ... bien qu'i. leur suffît (1852) — bien qu'il leur suffise (1925).

Page 94. — * ... jaion : ... « jayon » (1852).

* ... chouri : ... « tchouri » (1852).

Page 95. — * ... rommani tchave : ... « rommané tchave » (1852).

* ... mes études sur le rommani : la minuscule r est une correction. Le texte de 1847 donne R, faute évidente qui ne se trouve qu'à cette place.

Page 97. — * L'épigraphe, dans l'édition de 1847, est incorrecte aux mots riâfvtc, èôvt', A'7rôX).(ov et iTJ>./,i.v. Ces incorrections ont été scrupuleusement reproduites dans la plupart des autres éditions.

Page 99. — * I : Gomme ceux de Carmen, les chapitres d'Arsène Guillot ne sont pas numérotés dans la Revue des Deux Mondes.

Page 99. — * ... d'une personne aussi considérée : ... d'une personne si considérée (1852).

Page 100. — * ... l'asphalte n'était pas encore inventée : ... l'asphalte n'était pas encore inventé (1852).

Page ICI. — * ... dont vous avez pu deviner la position : ... dont vous avez pu deviner déjà la position [Revue des Deux Mondes).

Page 109. — * ... vous a-t-elle dit ce qui : ... vous a-t-elle dit (jrai (1852).

Page 110. — * ... quand on n'a plus le sou : ... quand on n'a pas le sou (1852).

Page 111. — * Sans doute vous auriez dû faire mettre des matelas : ... sans doute de n'avoir pas fait mettre des matelas (Revue des Deux Mondes).

Page 113. — * ... dont vous n'aurez point de peine à deviner l'auteur : ... dont vous n'aurez point de peine à découvrir l'auteur (1852).

* ... lorsqu'elle vit Madame de Piennes : ... lorsqu'elle vit entrer M^^ de Piennes [Revue des Deux Mondes).

Page 114. — * ... et puis le bruit... crah ! : ... et puis le bruit... crac! (1852).

Page 117. — * ... je ne puis vous dire cela : ... je ne puis pas vous dire cela (1852).

Page 123. — * ... et l'un des attentifs de sa maîtresse : ... et un des attentifs de sa maîtresse (1852).

Page 126. — * ... mourir aussi loin de son pays ! : ... mourir ainsi loin de son pays ! {Revue des Deux Mondes) — ... mourir SI loin de son pays ! (1852).

Page 131. — * ... vous seriez digne d'être aimé de même : ... vous seriez digne d'être aimé aussi (1852).

Page 132. — * (AuàouXo èYOptasv : êyupuTs [Revue des Deux Mondes).

Page 133. — * Je compte toujours sur vous : Je compte sur vous (1852).

Page 148. — * ... et le mot de salut : ... et ce mot de salut [Revue des Deux Mondes).

Page 151. — * ... contre les mauvaises passions : ... contre ses mauvaises passions (1852).

Page 152. — * ... une discussion aussi sérieuse : ... une discussion si sérieuse (1852).

* Elle avait beaucoup compté : Elle avait beau compter [Revue des Deux Mondes).

Page 154. — * ... de fatiguer Arsène par ses questions : ... de fatiguer Arsène par des questions [Revue des Deux Mondes).

Page 155. — * ... camélias : ... camellias (1852).

Page 156. — * ... la clé : ... la clef (1852).

Page 157. — * ... et lui avait demandé : ... et lui demanda

Page 159. — * Pour qui donc? : Pourquoi donc? (1852).

* Je suis bien fâché de ne pas connaître : Je suis bien fâché de ne pas savoir (1852).

Page 161. — * Ce sont façons de parler obligeantes ... : Ces mots ne sont pas en italiques dans la Revue des Deux Mondes.

Page 164. — * ... et lui demander à quelle heure il devait aller chez Arsène Guillot : ... et lui demander l'heure à laquelle il devait aller ... [Revue des Deux Mondes) : ... et lui demander à quelle heure elle devait aller ... (1852).

Page 166. — * Madame de Piennes se leva : M™^ de Piennes

se releva [Revue des Deux Mondes).

Page 167. — * L'édition de 1852 porte en capitales, après

la dernière ligne : Fin d'ARsÈNE Guillot.

L'ABBÉ AUBAIN

Page 171. — * Première lettre : « Lettre I » (1852).

* Noirmoutier : Noirmoutiers (1852). — Dans le texte du Constitutionnel et dans celui de l'édition originale, Noirmoutier est toujours sans s.

Page 173. — * ... je suis une personne sérieuse : ... je suis une personne sérieuse (1852).

* ... (j'aurai trente-trois ans, juste ciel!) : ... (j'aurai trente-trois ans, diantre!) [Constitutionnel).

Page 174. — * Deuxième lettre : II (1852).

* C'est quand il pleut qu'il fait beau le voir : C'est quand il pleut qu'il faut le voir (1852).

Page 176. — * Jocelin... : C'est le texte de 1844, de 1847 et

de 1852.

Page 177. — * Troisième lettre : III (1852).

Page 179. — * Quatrième lettre : IV (1852).

* ... mars 1845 : ... février 1845 (1852).

Page 181. — * ... et lui, étudiant, sans autres ressources :

... et lui, étudiant, n'avait d'autre ressource (1852). Page 182. — * ... guères : ... guère (1852). Page 183. — * Cinquième lettre : V (1852). Page 188. — * Sixième lettre : VI (1852).

Page 189. — * ... le cours se prolongeait jusqu'à la troisième leçon : ... le cours se prolongeait au delà de la troisième leçon [Constitutionnel).

* ... à force de lire ces méchants livres : ... à force de lire de ces méchants livres (1852).

* ... des idées bien étranges : ... des idées un peu bien étranges [Constitutionnel).

Page 190. — * ... Abélard ; ... « Abeilard » (1852).

Page 190. — * ... j'avais d'abord sauté au second livre : ... j'avais d'abord sauté au second volume (1852).

* ... je revins au premier livre : ... au premier (1852).

* Celle-ci rendrait des points à Héloïse sous le rapport de l'exaltation : Celle-ci rendrait des points à Héloïse pour l'exaltation (1852).

*oiov omafTa?... : nous avons rétabli l'accentuation de ces deux mots, incorrecte dans les éditions de 1847 et de 1852 (o?ov et toîiàdà;).

Page 191. — * Vale et me ama : « Vae let me ama » (sic) : Cette faute se trouve reproduite régulièrement depuis l'édition de 1852.

* Note : « Quelle race nous as-tu donnée !» : « Quelle race as-tu créée ! » {Constitutionnel).

* L'édition de 1852 porte en capitales : Fin de l'abbé

Au BAIN.

Carmen

Page 3. — Épigraphe : « Toute femme est un sujet de bile. Elles ont deux bons moments : l'un au lit, l'autre à leur mort, » (Anthologie grecque, t. XI, p. 381-382). Palladas d'Alexandrie vivait au v^ siècle de notre ère. M. Maurice Croiset dit de lui que, « sur les cent cinquante (morceaux) inscrits à son nom, quelques-uns au moins, surtout ceux où il se plaint de son sort, ont une certaine franchise âpre et caustique » (Histoire de la littérature grecque, t. V, ch. VIII, p. 1005).

— , ligne 5. — A la fin de son livre. Une énigme littéraire (Paris, A. Picard, 1903), Paul Groussac, directeur de la Bibliothèque nationale de Buenos-Aires, fait observer, dans une étude sur Carmen (p. 274), que la solution de Mérimée est aussi celle de Victor Duruy dans son Histoire romaine, et il est d'avis que le nouvelliste a fort bien pu guider l'historien. Il ajoute que cette solution — la vraie, selon lui — était déjà indiquée par Cortès dans son Diccionario geografico de Espaua et dans «le rarissime traité sur les Medallas de Munda », qui fit partie de « l'excellente bibliothèque du duc d'Osuna » et qui se trouve maintenant à celle de Buenos-Aires. — Les Bastuli-Pœni ou Carthaginois-Bastules étaient établis au sud de la Bétique, autour de Malaca, l'actuelle Malaga. Voici la note de Victor Duruy : « Munda n'était pas où on le place d'ordinaire, au sud-ouest de Malaga. De ce côté, on ne trouve point la plaine dont parle le De Bello Hispanico, et l'on est d'ailleurs trop loin des lieux où les deux armées opé-

raient. Munda était dans le conventus d'Astigi (Strabon, III, 142, et Pline, Hist. nat., III, 1) : il faut la chercher près de Cordoue, vers laquelle nous conduisent le récit d'Appien [Bell, civ., III, 104) et les événements qui suivirent la bataille {De Bell. Hisp., 33-34 et 41), probablement en ce lieu où se voient encore des débris de tours et de murailles, entre Martos, Espejo et Boena [Hist. rom., 1881. t. III, p. 386, no tel).»

Page 3, ligne 12. — Me trouvant en Andalousie... : Allusion à son premier voyage en Espagne (août-décembre 1830).

— , ligne 15. — Un mémoire que je publierai... : Mérimée a publié de nombreux mémoires, mais pas celui-là. Est-il besoin de faire remarquer l'ironie du passage, soulignée quelques lignes plus loin par l'hyperbole : o Qui tient toute l'Europe savante en suspens »?

Page 4, ligne 4. — ... les Commentaires de César... : Le Bellum Hispaniense n'est pas de César, ni même d'Hirtius, auteur présumé du Bellum Alexandrinum, mais d'un officier dont on ignore le nom, comme Mérimée le dit plus haut : « l'anonyme auteur », etc.

Page 5, ligne 7. — A jnoi n^appartenait pas Vhonneur... : Voir l'expression : o A vous l'honneur. » On devine le sourire. — On peut comparer la rencontre de Mérimée et de José Maria à la rencontre du novice et de Guzman dans Guzman d'AlfaracIie de Lesage (Paris, Ménard, 1825, t. I, p. 298).

— , ligne 20. — Mais je ne croyais plus aux voleurs... : Voir Introduction, p. xx, n. 2. Ce scepticisme s'exprimait déjà dans la troisième lettre d'Espagne : a Si je n'ai pas vu de voleurs, en revanche je n'ai pas entendu parler d'autre chose. » Suivait le récit de la rencontre, aux environs d'Ecija, de « trois honnêtes fermiers » pris pour des bandits, et la conclusion : a Après quelques rencontres de ce genre, on arrive promptement à ne plus croire du tout aux voleurs. » Il convient de remarquer seulement que, tout en prenant ce ton dégagé, Mérimée s'arrange pour nous

faire admettre que les voleurs sont bel et bien une réalité. Ici de même. Le ton n'a pas changé, ni le fond.

Page 6, ligne 11. — ... comme les mauvais soldats de Gédéon : Allusion à l'épreuve imposée aux soldats de Gédéon, avant la rencontre avec les Madianites :

« Et l'Éternel dit à Gédéon : Quiconque lapera l'eau avec sa langue, comme le chien lape, tu le mettras à part, et tu les sépareras de tous ceux qui se courberont sur leurs genoux pour boire.

« Et le nombre de ceux qui lapèrent l'eau dans leurs mains fut de trois cents hommes ; mais tout le reste du peuple se courba sur ses genoux pour boire de l'eau.

« Alors, l'Éternel dit à Gédéon : Je vous délivrerai par ces trois cents hommes qui ont lapé l'eau, et je livrerai Madian entre tes mains » [Juges, VII).

Page 7, ligne 15. — En Espagne, un cigare donné et reçu... : Dans la Bible en Espagne, de George Borrow, nous lisons : « Je n'aime pas à fumer moi-même, mais, en Espagne, si l'on veut se mêler aux basses classes, il faut avoir un cigare à donner de temps en temps » (t. II, ch. v, p. 87 de la traduction française). Dans sa lettre de 1830, Une exécution, Mérimée parle aussi d'un ex-brigand, d'un presidiario, c'est-à-dire d'un prisonnier, en compagnie duquel il chemine sur la route de Grenade à Baylen, et dont il explique l'aménité par « les cigares que je lui donnai et le déjeuner qu'il avait partagé avec moi ».

— , ligne 23. — ... interrogé si... : C'est presque une incorrection qui peut passer sous le nom de latinisme, he Dictionnaire de Trévoux, cependant, dit, après celui de Furetière : « C'est par ce mot que commencent tous les articles d'un interrogatoire criminel. Interrogé s^il a fait, etc. »

— (note), ligne 3. — Sur le seul mot Senor... : « Me donnerezvous des étrennes, zénores? », dit Préciosa, qui zézayait comme font les gitanes (Cervantes, La Gitanilla, trad. SoldaneUe, Dentu, p. 20). Cervantes ajoute, il est vrai : « C'est un artifice chez elles, et non une chose de nature. »

Page 8, ligne 4. — ... qui sortait du fameux haras de Cordoue... : George Borrow parle aussi d'un Espagnol — un libraire — « expert en chevaux », qui « lui fit la généalogie » d'un des siens : « Adressez-vous à mon groom et je lui donnerai l'ordre de vous prêter mon bel étalon de Cordoue. Il sort du haras d'Aranjuez, etc. » [La Bible en Espagne, t. II, ch. III, p. 35).

Page 9, ligne 8. — ... la venta del Cuervo... : La venta est une petite auberge isolée au bord d'une route ou à un carrefour, la plus humble et aussi la moins sûre des hôtelleries. Il ne faut pas la confondre avec la posada, hôtel plus confortable qui se trouve dans les villes ou les gros bourgs, et où se tenaient parfois les chevaux de relais de la poste.

— , ligne 17. — Antonio... : C'est le Vicente de la quatrième lettre d'Espagne, intitulée Les Sorcières espagnoles. Vicente se montre inquiet devant les gitanes de Murviedro, comme Antonio auprès de l'homme à l'espingole. Il y a eu ici transposition. Il n'est pas sans intérêt, non plus, de remarquer qu'un Antonio — mais bohémien, celui-ci — sert longtemps de guide à George Borrow (voir la Bible en Espagne). Quoique suspect, et le sachant, c'est lui qui propose à Borrow de l'accompagner, comme José à Mérimée. Autrp transposition, semble-t-il.

Page 10, ligne 9. — ... un fameux bandit, nommé José Maria... : a Le modèle du brigand espagnol, le prototype du héros de grand chemin, le Robin Hood, le Roque Guinar de notre temps, c'est le fameux José Maria, surnommé el Tempranito, le Matinal... » {Les Voleurs en Espagne).

— , ligne 22. — Oui, c'est bien lui, etc.. : « On m'a dépeint José Maria comme un grand jeune homme de vingt-cinq à trente ans, bien fait, la physionomie ouverte et riante, des dents blanches comme des perles et des yeux remarquablement expressifs. Il porte ordinairement un costume de majo, d'une très grande richesse. Son linge est toujours éclatant de blancheur, et ses mains feraient

honneur à un élégant de Paris ou de Londres » (Ibid.). On peut voir, par le rapprochement des deux passages, le progrès accompli. Le signalement, dans Carmen, est plus précis, plus « parlé », avec un air de négligence qui convient à la familiarité du conte'. Notons en particulier la suppression de la banalité « comme des perles » et de la comparaison un peu recherchée avec 1' « élégant de Paris ou de Londres ».

Page 10, ligne 29. — ... une des plus misérables... : Dans sa Lettre à Sophie Duvaucel (Grenade, 8 octobre 1830), Mérimée parle avec humour de la saleté des auberges espagnoles, en particulier de celle où il s'arrêta, sur la route d'Algésiras à Grenade, avec un Prussien, un muletier et le garçon de ce muletier (Carnet historique et littéraire, année 1900, p. 103-106).

Page 11, ligne 29. — ... un vieux coq fricassé, etc.. : Les coqs à la poêle, le riz et le piment sont mentionnés dans la Lettre à Sophie Duvaucel.

Page 12, ligne 1. — Du gazpacho... : Cette « espèce de salade de piments » est plutôt une espèce de soupe froide dont le bouillon est composé d'eau — parfois rafraîchie de glace — , d'huile et de vinaigre. Dans ce bouillon nagent des tranches de pain, des oignons émincés, des gousses d'ail, généralement aussi des tomates, des concombres et des piments coupés en morceaux. Dans la région de Gandia, au sud de Valence, le mot désigne encore une friture des mêmes condiments. Voir la Lettre sur les Sorcières espagnoles : a Je mangeai du gazpacho préparé par les mains de mademoiselle Carmencita. »

— , ligne 23. — ... zorzicos. . . ; Le zorzico est une danse chantée des provinces basques, dont la musique est écrite sur une mesure de 5/8. Estebafiez Calderon croit retrouver dans

1. M. Trahard, après M. Paul Bourget, distingue la nouvelle du conte (La Jeunesse de Mérimée, t. II, ch. ii, p. 75). II va sans dire que nous ne comptons pas ici avec cette distinction d'une finesse un peu subtile.

son rythme martial un écho des antiques danses celtibères, et cite à l'appui l'opinion de son ami Iztueta, dans Guipuzcoa-Dantza, ouvrage paru en 1824 {Escenas Andaluzas, édit. de 1883. Madrid, p. 310).

Page 13, ligne 4. — ... le Satan de Milton... : Sans aller jusqu'à la source, bien que ce lui fût facile, puisqu'il savait l'anglais, Mérimée n'avait qu'à se rappeler la célèbre traduction du passage par Chateaubriand. Voici d'abord le texte de Milton :

His form had yet not lost Ail her original brightness, nor appear'd Less than archange], and th' excess Of glory osbcur'd : as when the sun, new ris'n. Looks through the horizontal misty air, Shorn of his beams ; or, from behind the moon. In sin éclipse, disastrous twilight sheds On half the nations, and with fear of change Perplexes monarchs ; darken'd so, yet shone Above them ail th' Arch-Angel : but his face Deep scars of thunder had intrench'd ; and care Sat on his faded cheek.

(Paradise lost, I, v. 591 et suiv.)

Et voici la traduction de Chateaubriand, dont on peut apprécier la fidélité :

Ses formes conservaient une partie de leur primitive splendeur : ce n'était rien moins encore qu'un archange tombé, une gloire un peu obscurcie : comme lorsque le soleil levant, dépouillé de ses rayons, jette un regard horizontal à travers les brouillards du matin ; ou tel que, dans une éclipse, cet astre, caché derrière la lune, répand sur une moitié des peuples un crépuscule funeste, et tourmente les rois par la frayeur des révolutions. Ainsi paraissait l'archange obscurci, mais encore brillant, au-dessus des compagnons de sa chute : toutefois, son visage était labouré par les cicatrices de la foudre, et les chagrins veillaient' sur ses joues décolorées.

(Génie du christianisme, II* part., t. IV, ch. ix.)

Page 14, ligne 6. — ... soigneusement enveloppé dans mon manteau... : « Et nous dormons enveloppés dans nos manteaux... » {Lettre à Sophie Duvaucel).

Page 14, ligne 17. — ... de très désagréables démangeaisons... : a Quand les punaises ne sont pas trop affamées » (Ibid.).

Page 17, ligne 26. — Je ne suis pas tout à fait aussi mauvais. . . ; « Je suis, de ma nature, compatissant et bien intentionné » (Don Quichotte, trad. Viardot, ch. lx).

Page 1 9, ligne 16. — ... Vétat de mes finances. . . : Dans sa Lettre à Sophie Duvaucel, Mérimée avoue qu'il ne lui reste plus, en attendant de trouver une banque, que « neuf francs pour tout potage », sur quoi il prélève vingt sous pour timbrer sa lettre.

Page 20, ligne 1. — Je passai... : Th. Gautier usera de la même intrigue romanesque dans Militona.

— , ligne 7. — A Cordoue, vers le coucher du soleil... : On pourrait, semble-t-il, noter comme un récent témoignage de l'impression laissée par cette scène au bord du Guadalquivir le roman de M. Georges Grappe, Un soir à Cordoue (Paris, Albin Michel, 1926), surtout le début. Mais il est plus intéressant de souligner que Mérimée a assisté à la scène en 1830, à Madrid, comme il le rappelle dans un de ses articles sur le Salon de 1853 (Le Moniteur universel. 5 juin 1853, p. 617). Les baigneuses de Madrid deviennent ici les baigneuses de Cordoue.

Page 21, ligne 4. — ...le sort d'Actéon... : Actéon, pour avoir

osé regarder Diane au bain, fut métamorphosé en cerf et

déchiré par ses chiens.

— , ligne 14. — ... à Vobscure clarté, etc.. : Est-il besoin de

rappeler que c'est, avec un léger changement au début, un

vers du Cid? (acte III, scène III, v. 1273).

Page 22, ligne 1. — Je vis qu^elle était petite, jeune, bien faite... : Comparer la présentation de la Carmencita dans la lettre sur les Sorcières espagnoles : « Une très jolie fdle, point trop basanée... » Et Mérimée ajoute : « Je fis son portrait sur mon livre de croquis. » On peut imaginer, à tra-

vers cette confidence, l'impression que produisit sur Mérimée la jeune gitane. D'ailleurs, n'est-ce pas à cause d'elle qu'il résiste aux méfiances et appréhensions de Vicente ? Ce sont des impressions de ce genre qui, mêlées à d'autres, confirmées ou contrariées par d'autres, ont coutume de déclencher le travail de gestation du poète, du romancier, de l'auteur dramatique. Nous tenons probablement ici le point initial de Carmen, l'étincelle nécessaire à « l'histoire » du « jaque de Malaga qui avait tué sa maîtresse » (voir Introduction, p. xiv).

Page 23, ligne 9. — ... mon ami Francisco SeviUa... : Il est question du picador Francisco SeviUa à la fin de la première lettre d'Espagne, Les Combats de taureaux. Dans un post-scriptum de juin 1842, après avoir donné un regret à Sevilla, mort l'année précédente, il dit : « Mes amis me procurèrent le plaisir de dîner avec Sevilla. » Borrow, également, le connut, mais cinq ans après Mérimée, en 1835 (La Bible en Espagne, partie I, ch. ix, p. 155).

— , ligne 16. — ...la baji : George Borrow traduit aussi par « la bonne aventure » (Ibid., partie 1, ch. m, p. 93).

— , ligne 17. — Aoez-vous entendu parler de la Carmencita? Le fait que Carmencita — diminutif de Carmen — est aussi le nom de la petite gitane des environs de Murviedro, est à retenir pour l'histoire de la genèse du récit.

— , ligne 19. — J'étais alors un tel mécréant, il y a de cela quinze ans... : 11 n'avait certainement pas cessé de l'être. Il fait ici le bon apôtre, sans doute avec l'espoir de ne tromper personne.

— , ligne 27. — ... à étudier les sciences occultes... : C'est en 1819 qu' « il se plonge dans le Monde enchanté de B. Bekker, dans le Traité sur les apparitions de Dom Calmet, dans la Magie naturelle de J.-B. Porta » (P. Trahard, La Jeunesse de Prosper Mérimée, t. II, ch. ii, p. 56).

Page 24, ligne 19. — ... trente si... Voyez Brantôme pour le reste... : Mérimée connaissait bien Brantôme, où il avait puisé pour la Chronique du temps de Charles IX. C'est

lui qui a rédigé la préface de l'édition de 1858. Voici le passage auquel il fait allusion :

L'Hespagnol dit que pour rendre une femme parfaicte et absolue en beauté, il luy faut trente beaux sis, qu'une dame hespagnole me dist une fois, dans Tolède, là où il y en a de très belles, bien gentiles et bien apprises. Les trente sis sont tels :

Très cosas blancas : el cuero, los dientes, y las manos, etc.

qui sont en françois, afin qu'on l'entende :

Trois choses blanches : la peau, les dentz et les mains.

Trois noires : les yeux, les sourcilz et les paupières.

Trois rouges : les lèvres, les joues et les mains.

Trois longues : le corps, les cheveux et les mains.

Trois courtes : les dentz, les oreilles et les pieds.

Trois laides : la poytrine ou le sein, le front et l'entre-sourcil.

Trois estroites : la bouche, l'une et l'autre, la ceinture ou la taille et l'entrée du pied.

Trois grosses : le bras, la cuisse et le gros de la jambe.

Trois déliées : les doigts, les cheveux et les lèvres.

Trois petites : les tetins, le nez et la teste.

Sont trente en tout.

Il n'est pas inconvénient et se peut que tous ces sis soyent en une dame tous ensemble, mays il faut qu'elle soyt faite au moule de la perfection (Recueil des Dames. Livre second. Sur le sujet qui contente le plus en amours, p. 115-116. Éd. Roger Boucheron. Paris, Payot).

Page 25, ligne 8. — C'était une beauté étrange et sauvage... : Comparer Carmen, de Théophile Gautier, dans Émaux et Camées. Le poète accuse le réalisme du conteur, tout en étant plus lyrique, comme il sied. Le parallèle rend plus sensible l'intention de Mérimée, qui n'est pas de faire un portrait enlevé et brillant, mais de nous donner, posément, une impression d'exactitude. Quand il passera la parole à José, le ton changera quelque peu.

— , ligne 10.' — Ses yeux... : Même influence des yeux chez la Vénus d'IUe, Colomba... et, en général, chez les héroïnes de Mérimée.

— , ligne 29. — ... à Vextrémité du faubourg... : C'est Triana. « Vis-à-vis de Séville, sur la rive droite du fleuve, s'élève un immense faubourg appelé Triana, qui commu-

nique avec la ville par un pont de bateaux et n'est habité que par des gitanos ou par une vile populace » (G. Borrow, La Bible en Espagne, partie I, ch. xii, p. 191).

Page 26, ligne 15. — Elle me dit de faire la croix dans ma main gauche avec une pièce de monnaie... : « Donnez la paume de la main à la fillette et de quoi faire la croix, et vous verrez quelles choses elle dira » (Cervantes, La Gitanilla, trad. Soldanelle, Dentu, 1892, p. 27). Suit toute une scène de « bonne aventure », p. 27-31.

Page 27, ligne 2. — Le mat de « payllo »... ; G. Borrow écrit paillo et traduit : « Qui n'est pas un gitano » (The Zincali, t. II, Appendice, p. 80).

— , ligne 7. — ...je syllo gisais... : Le mot était employé au xvi« siècle, où Mérimée a dû le prendre quand il lisait Monluc, Lanoue et Brantôme. L'archaïsme fait deviner le sourire.

Page 28, ligne 19. — ... ma montre me manquait. . . .• « Le voyageur se repent alors d'avoir pris tant d'argent sur lui. Il regarde l'heure à sa montre de Bréguet... Il serait heureux de la savoir tranquillement pendue à sa cheminée de Paris. » {Les Voleurs).

Page 29, ligne 26. — ... une piécette... : C'est le mot peseta francisé.

Page 30, ligne 22. — Il est en chapelle... : Dans sa deuxième lettre d'Espagne, Mérimée insiste avec complaisance sur les préparatifs religieux d'une exécution à laquelle il a assisté à Valence. Ce déploiement de charité atroce était bien fait pour l'intéresser. « En vérité, écrit-il, j'aime ces cérémonies catholiques et je voudrais y croire... Si j'avais le malheur d'être pendu, je ne serais pas fâché d'avoir deux franciscains pour causer avec moi. » Comme d'habitude, il raille et il est ému. De tout ce pittoresque, il n'a gardé qu'un mot dans Carmen : il connaissait l'art des sacrifices.

— , ligne 25. — Petit pendement bien choli... : Souvenir de Monsieur de Pourceaugnac (acte III, scène III).

Page 32, ligne 11. — ... je vous dirai... Vous direz... vous ne direz pas... : Cette répétition n'est sans doute pas une négligence, ou plutôt c'est une négligence calculée. Il semble bien, en effet, que Mérimée ait pris soin de laisser au langage de José une sorte de brièveté nonchalante qui ajoute à la vraisemblance et, par conséquent, à l'effet de son récit. Comparer, plus loin, page 72, ligne 23 : Et je lui dis ...on dit...

Page 33, ligne 1. — ... à Elizondo, dans la vallée de Baztan... : C'est la vallée supérieure de la Bidassoa, en pays basque.

— , ligne 2. — ... don José Lizarrabengoa. . . : ce nom est dérivé de leizar, frêne, et désigne le propriétaire d'un lieu planté de frênes. Il est moins répandu que Lizaraga. C'est la forme biscayenne. La forme correspondante, en deçà de la frontière, serait Leizarrabengoa. Il est d'ailleurs à noter que l'orthographe basque n'est pas absolument fixée, mais qu'elle tend à l'être, grâce aux efforts d'une jeune Académie de langue basque et à ceux d'érudits tels que Van Eys, Schuchardt, Julien Vinson, Urquijo.

— , ligne 4. — ...je suis Basque... : En effet, de pays et de nom. Quelques lignes plus loin, il se dit Navarrais. Voir la note de la page 12, rappelant qu'une partie de la « Navarre » a le régime basque. — On se rappelle la partie de paume dans la Vénus drille.

— , ligne 13. — nos « maquilas »... (et note)... : C'est une canne ferrée du bout, et dont le manche, dévissable, est armé d'un aiguillon à bœufs. Il serait plus correct d'ébrire makhila ou makila.

Page 34, ligne 15. — ... après leur diner... : Nous dirions aujourd'hui : leur déjeuner.

— , ligne 23. — ... sans jupes bleues et sans nattes... : L'indication n'a pas été perdue. Meilhac et Halévy s'en sont emparés pour composer le personnage de Micaëla, si cher à la sentimentalité du public. L'actrice ne se contente

généralement pas des nattes : elle les a blondes, ce qui n'est pas indiqué dans Mérimée, mais accuse encore le contraste avec Carmen, dont les « cheveux, peut-être un peu gros, étaient noirs, à reflets bleus comme l'aile d'un corbeau, longs et luisants ». On sait que, parmi les héroïnes de romans ou de drames, les blondes sont des anges et les brunes des diablesses :

Ses cheveux sont d'un noir sinistre ; Sa peau, le diable la tanna.

(Théophile Gautier, Carmen, dans Émaux et Camées.)

Page 35, ligne 4. — Voilà la gitanilla! ...La Gitanilla est le titre d'une des Nouvelles exemplaires de Cervantes, et comme une discrète indication que Mérimée s'en est souvenu (voir Introduction, p. xxxi). Le mot de gitanilla se retrouve p. 45, ligne 17. Cf. également le Carrosse du Saint- Sacrement (éd. Galmann-Lévy, p. 219).

— , ligne 16. — ... comme une pouliche du hara^ de Cordoue... : Le commentateur des lettres de Mérimée à Estebanez Calderon [Revue bleue, 12-19 novembre 1910) donne comme sœurs aînées à Carmen, Basilisa, dans la Feria de Mayrena, et dona Gorgoja, dans Pulpete y Balbeja (Escenas Andaluzas). Parlant de dona Gorgoja, il dit : « En lisant l'entrée de cette dernière dans la taberna de la plazuela de Santa Ana, l'on ne peut s'empêcher de penser à Carmen se promenant sur la grand'place de Séville, une fleur de cassie dans le coin de la bouche, et se balançant sur ses hanches comme une pouliche du haras de Cordoue. » — Estebanez Calderon présente la Gorgoja comme f une femme de vingt à vingt-deux ans, menue de taille, mais débordante d'effronterie ». Elle porte une « chaussure nette et soignée, la jupe courte,... un fichu de taffetas à franges dont elle avait rejeté un pan sur son épaule... Elle passa devant mes yeux roulant la croupe, les bras en anses de vase et les mains sur les hanches, remuant la tête et regardant de tous côtés » [ouvr. cité, p. 10). — Pour les bas de soie blancs et les mignons souliers, voir le Carrosse du Saint-Sacrement : t Dieu ! lorsqu'elle danse

dans la GitaniUa avec des bas de soie rose et des souliers couverts de paillettes... » (p. 219).

Page 36, ligne 14. — ...la fleur de cassie qu'elle avait à la bouche... : Sur la scène, cette fleur, ou plutôt cette grappe (la cassie ressemble au mimosa), est ordinairement remplacée par une rose rouge, un pavot, un œillet, et l'actrice ne la lance pas à José avec le pouce.

Page 39, ligne 7. — La bar lachi... : Dans la Bible en Espagne, Antonio le bohémien dit à Borrow : « Je porte un bar Uichi, une de ces pierres précieuses qui attirent une aiguille » (part. I, ch. ni, p. 78). A la page suivante : « Le bar lachi, frère, est tout-puissant. » Le traducteur le met au masculin, Mérimée au féminin.

Page 40, ligne 3. — Laguna, ene bihotsarena... : traduction exacte. Xa^M/ia veut dire : garçon, camarade, ami. Bihotsarena dérive de bihotz, cœur. Ene est le possessif mon, ma.

— , ligne 5. — Notre langue, Monsieur, est si belle... : observation juste de la mentalité basque. Les Basques sont en général très fiers de leur idiome, dont ils sentent l'originalité.

— , ligne 14. — 7'ai été emmenée par des Bohémiens... : Gomme la Préciosa de Cervantes (La GitaniUa). Le mensonge de Carmen nous faut entendre que, pour Mérimée comme pour Borrow, ces choses n'arrivent guère (voir Introduction, p, XXXI-XXXIl).

— , ligne 17. — ... et un petit ibarratceat... : erreur grammaticale. L'a fmal est un article enclitique, signifiant le, la. Les Navarrais disent baratz; les Basques de Bilbao, baratza ou baratze.

— , ligne 22. — ... leurs jaques... : Comme traduit Mérimée, un jaque est un fanfaron, un fier-à-bras, une « terreur ». C'est de l'espagnol familier.

Page41, ligne 24. — ... une paire de /amèes... .-Grellmann, qui trouve la beauté des bohémiens réelle, quoique discutée, admire surtout leur agilité : « Quand ils sont surpris commettant quelque délit, alors la rapidité de leur course est

si grande qu'il n'y a qu'un homme à cheval qui puisse les atteindre » (Histoire des Bohémiens, traduite sur la 2® édition, 1810, l'« partie, ch. m). Est-ce l'indice d'une réminiscence de Mérimée?

Page 45, ligne 19. — ■ Une robe à paillettes... : Cf. le Carrosse du Saint-Sacrement, p. 219.

— , ligne 21. — Elle avait un tambour de basque... : « Préciosa prit le tambourin, et elles dansèrent toutes avec tant de grâce et de légèreté que les yeux des spectateurs étaient rivés à leurs pas » [La Gitanilla, p. 57).

— , ligne 22. — ... deux autres bohémiennes, une jeune et une vieille... : o Dans un ballet de huit gitanes, quatre anciennes et quatre jeunes » [Ibid., p. 8).

— , ligne 23. — Il y a toujours une vieille pour les mener... : Ainsi en est-il dans la Gitanilla. Préciosa, chaque fois qu'elle danse ou dit la bonne aventure, est accompagnée d'une vieille qui se fait passer pour sa grand'mère. Voir notamment p. 11 : « La vieille grand'mère, comme un Argus, la surveillait de près... Pendant la danse, la vieille demandait l'aumône aux spectateurs. »

— , ligne 24. — ... puis un vieux avec une guitare... : « Un ballet de huit gitanes... qu'un bohémien, grand danseur, commandait » (Ibid., p. 8).

Page 46, ligne 28. — ... la romalis, c'est leur danse... : « Romalis, s. f., a gypsy dance » (The Zincali, part. II, ch. ii). Cf. « No hay mujer espanola que no saïga Del vientre de sa madré bailadora. »

« Il n'y a pas une femme espagnole qui ne sorte danseuse du ventre de sa mère » (proverbe espagnol).

Page 47, ligne 13. — Maùana sera otro dia... : La traduction exacte est : « Demain sera un autre jour. »

Page 48, ligne 18. — ... don Pedro le Justicier... : Don Pedro intéressait à cette époque Mérimée, qui en publia une Histoire en 1847 (voir Introduction, p. xl). Lope de Vega et Calderon avaient transporté le roi célèbre à la scène.

— (note). — Chuquel sos pirela, Cocal terela... : Ce proverbe bohémien est cité par George Borrow (The Zincali, t. II, p. 126).

Page 49, ligne 4. — Une Bohémienne, vraie servante de Satan... : George Borrow, dans la Bible en Espagne, parle aussi d'une « vieille sorcière » avec laquelle il eut une longue conversation qu'il rapporte. « Ses traits hideux et décrépits et son teint presque noir ne me permettent pas de douter qu'elle fût bohémienne ; elle pouvait avoir soixante et dix ans » (part. I, ch. m, p. 89).

Page 49, note 1. — Bom... : Dans la Bible en Espagne, Borrow écrit ro (part. I, ch. m, passim) ; mais il écrit rom dans The Zincali (t. II, appendice, p. 96).

Page 50, ligne 17. — ... et la voilà qui danse... : Cf. la danse de Blanca dans les Aventures du dernier Abencérage de Chateaubriand. Cette comparaison fera saisir la différence qui existe entre l'art des deux écrivains.

— , note 1. — Calo... : « Calo, s. m., a gypsy, a black, gitano, hombre negro » (G. Borrow, The Zincali, t. II, append., p. 21).

Page 52, ligne 12. — Lalorb, c'est ainsi qu'ils appellent le Portugal... : G. Borrow donne : « Lalore, les Portugais » (La Bible en Espagne, part. I, ch. m, p. 93).

Page 55, ligne 16. — Pour les affaires d'Egypte... : L'expression est dans la Bible en Espagne. Antonio dit à G. Borrow : « C'est une affaire d'Egypte... Cette affaire ne te concerne pas » (part. I, ch. m, p. 80). Voir plus loin, p. 70, ligne 13.

— , ligne 23. — Lieutenant dans notre régiment... : C'est le lieutenant Zuniga du livret de Meilhac et Halévy, qui ont pu emprunter ce nom à la note de Mérimée, p. 48-49, sur Pierre Le Cruel : il y cite les Anales de Sevilla, de Zuniga.

Page 56, ligne-4. — ... et je dégainai... : Andrès, également

provoqué par un soldat, le tue dans des circonstances

assez analogues [La Gitanilla, p. 120-121). — , note. — Borna... : On lit dans Borrow : « Borna, s. pi., les

époux, nom générique de la nation » (The Zincali, t. I,

Carmen 13

Page 58, ligne 1. — ... ni merluche... : Ou, plus probablement, morue.

— , ligne 2, — ... à ptistesas... : Dans la Bible en Espagne, la vieille bohémienne, qui veut décider le voyageur au mariage avec sa petite- fdle, lui dit, entre autres choses : « Elle est très habile à voler à pastesas » (part. I, ch. m, p. 99). L'expression n'est pas espagnole : il faut admettre, sans autre précision de Borrow, qu'elle est gitane. La note de Mérimée y ajoute ustilar, qui n'est pas dans la Bible en Espagne, mais qu'on trouve dans The Zincali, t. Il, p. 112, dans l'appendice sur le Vocabulaire. Borrow traduit : to take, to steal. Mérimée complétait donc les renseignements de l'un des ouvrages par ceux de l'autre.

Page 58, ligne 7. — ... les miùons... : « Espèce de corps franc », dit Mérimée : c'est une gendarmerie provinciale, recrutée et soldée par la province.

Page 59, ligne 15. — ... le Dancaîre... : Le mot est espagnol et signifie : qui joue avec l'argent d'autrui.

Page 62, ligne 8. — ...le Remendado... : Le mot n'est pas bohémien, mais espagnol, et signifie « tacheté » (comme un tigre?) ou « rapiécé » (comme un gueux?).

Page 64, ligne 13. — ...les lillipendi... : G. Borrow donne lili (avec un seul /), qu'il traduit par « fou » {La Bible en Espagne, part. I, ch. III, p. 94), et se fait dire par la vieille sorcière, dont il n'a pas voulu accepter pour femme la petite- fille : a Vous êtes un vrai lilipendi » (un être bien borné) (Ibid., p. 100). Le mépris pour le payllo et le lillipendi s'exprime aussi par la jolie bouche de Préciosa, ou du moins le sentiment de la supériorité de ce qu'elle croit être sa race : « Je ne suis ni manchote, ni boiteuse, ni estropiée de l'entendement : l'esprit des gitanes va autrement que celui des gens ordinaires ; toujours il devance les années ; il n'est point de gitane niaise, ni de gitane lourde » (La Gitanilla, p. 25).

Page 65, ligne 6. — ... V argent et les montres, outre les che-

mises... : L'aventure est empruntée à la lettre sur les Voleurs, où elle est contée plus au long. — , ligne 8. — ... on devient coquin sans y penser... : Roque Guinart dit au seigneur Don Quichotte : « Comme un péché en appelle un autre, et un abîme un autre abîme, les vengeances se sont enchaînées » (trad. Viardot, ch. lx).

Page 65, ligne 15. — ... dans la sierra de Ronda... : Mérimée écrivait, le 9 août 1859, à M'"^ de la Rochejacquelein : « Gomment ! vous avez voyagé dans la sierra de Ronda ! Je vais chercher dans mon capharnaum de croquis pour retrouver une vue du Tajo de Ronda que vous vous rappelez sans doute. Il y a quelque vingt-neuf ans que j'entrai dans Ronda sur un cheval efflanqué qui me déposa mollement sur les cailloux qui pavent le pont qui traverse le ravin. Mais je n'en ai gardé nulle rancune » {Une correspondance inédite, p. 215).

— , ligne 15. — Vous ni' avez parlé de José Maria... : On se rappelle que José Navarro avait coupé l'éloge du célèbre brigand en disant : « José Maria est un drôle. » Il n'avait pas daigné alors s'expliquer. Nous avons ici une explication... in extremis.

Page 67, ligne 14. — ... des gens d'Egypte... : Dans Notre- Dame de Paris, La Esmeralda est appelée « fille d'Egypte ». La lettre de Mérimée à Gobineau, du 20 novembre 1855, fait allusion à un vocabulaire recueilli en Egypte pour être confronté avec la chipe calli {Introduction, p. xxiv).

Page 69, ligne 6. — ... minchorrà... : Borrow traduit en anglais et en espagnol : Minchoro. The buUy of a prostitute. El querido, ô rufiàn de una mujer publica {The Zincali, t. II, p. 70).

Page 72 (note 2). — Or esorjié, etc.. : Le proverbe est traduit dans The Zincali (t. II, append., p. 124).

Page 73, ligne 8. — C'est leur garde andalouse... : Il est à remarquer que ce combat singulier est le seul qui soit raconté avec quelque insistance dans Carmen, où il est ques-

tion de trois autres combats : le premier, simplement mentionné, au maquila, avec « un gars de l'Alava » ; le second, à l'épée, avec le lieutenant ; le troisième, en troupe et à coups de fusil, avec une douzaine de cavaliers de l'armée. Il est à remarquer, d'autre part, que, dans ce récit très précis, maiis très sobre, du duel avec Garcia, Mérimée s'en tient strictement à des détails pour ainsi dire techniques : pas de sentiment. C'est un bandit qui parle, un spécialiste de la navaja et de l'espingole. Il y aura encore un meurtre : celui de Carmen. Un mot suffira à l'évoquer. Une bonne part de l'art de Mérimée est dans la réticence. Le film de 1926 détaille, au contraire, avec complaisance chacune de ces actions violentes, parce que la violence et le geste sont l'âme de l'écran. Même pour ce duel de José et de Garcia, on ne s'en tient pas à la rapidité de Mérimée ; on ajoute à son pittoresque, on le charge, on le rend monotone et invraisemblable {voir Introduction, p. xxxviii).

Page 75, ligne 10. — Nous ne maltraitions pas les voyageurs. . . ; Ces bonnes façons sont conformes à ce qu'il dit de José Maria et autres brigands dans la lettre de 1830, Les Voleurs. On y voit que José-Maria, « dans un temps aussi prosaïque que le nôtre, fait revivre les vertus chevaleresques des anciens preux ». Il y a peut-être un souvenir de cette chevalerie dans les « apaches » et « terreurs » de Charles-Louis Philippe et Charles-Henry Hirsch.

— , ligne 29. — Je ne veux pas être tourmentée... : N'avonsnous pas ici une transposition du langage de Préciosa à Andrès? « Sachez qu'avec moi il faut une liberté sans entraves, une liberté qui ne soit pas troublée par les ombres de la jalousie » (La Gitanilla, p. 48). Préciosa est honnête, elle est pure, mais elle a de la hardiesse et « un certain esprit fantastique » (p. 37) qu'elle entend affranchir du soupçon. C'est une ressemblance avec Carmen, c'en est une aussi avec les héroïnes des romans d'amour de son époque, qui toutes exigent du « parfait amour » une confiance au-dessus des pires présomptions.

Page 76, ligne 28. — ... à deux portes du corrégidor qui me cherchait... : Lesgitanos, authentiques ou non, de la Gitanilla, finissent par tomber chez le corrégidor de Murcie, et ce qui devait faire leur perte fait leur salut (p. 122 etsuiv.).

Page 77, ligne 4. — ... dans le Nouveau- Monde... : Est-ce une réminiscence du départ de Manon Lescaut et du chevalier Des Grieux pour la Louisiane?

— , ligne 16. — En revenant elle parla beaucoup... : Même scène de jalousie dan.s le Carrosse du Saint- Sacrement, p. 221-223.

— , note : Len sos sonsi abela... : le proverbe est cité par G. Borrow dans The Zincali, t. II, Append., p. 126, avec beaucoup d'autres dont l'ensemble forme un chapitre.

Page 78, ligne 5. — ... et je la frappai... : Quoique réaliste, le drame filmé de M. Jacques Feyder a supprimé ces coups : c'était rendre José trop haïssable. Mais il les a attribués à Garcia, personnage odieux. Et l'on voit pleurer Carmen.

Page 79, ligne 12. — ... je vais à la place... :à.ldiplazadetoros, c'est-à-dire aux arènes.

— , ligne 3. — Le taureau se chargea de me venger... : Mérimée n'a utilisé ici qu'avec la plus grande discrétion les documents présentés quinze ans plus tôt dans sa lettre. Les Combats de taureaux. Il y disait : « Je l'avoue en rougissant, je préfère les combats à mort à ceux où l'on se contente de harceler les taureaux qui portent des boules à l'extrémité de leurs cornes. » Et, dans une lettre du 4 septembre 1830 à Albert Stapfer : « Maintenant, j'éprouve un indicible plaisir à voir piquer un taureau, éventrer un cheval, culbuter l'homme. A l'une des dernières courses de Madrid, j'ai été scandaleux. On m'a dit que j'avais applaudi avec fureur, non le matador, mais le taureau, au moment où il enlevait sur ses cornes cheval et homme » (citée par A. Filon, Mérimée et ses amis, 1894, p. 50). Nous ne sommes pas tenus de le prendre absolu-

ment au mot, mais nous pouvons trouver ici l'origine de l'épisode de Carmen, avec l'heureuse correction de « matador » en « picador ».

Page 82, ligne 24. — ... elles invoquent Marie Padilla... : Sur les deux Padilla, lire G. Borrow, The Zincali, part. I, ch. VI, p. 97-100.

Page 83, ligne 20. — ... et me sauver avec toi... : a Cependant, Dieu permet que, tout en me voyant égaré dans le labyrinthe de mes désordres, je ne perde pas l'espérance d'en sortir et d'arriver au port du salut » {Don Quichotte, trad. Viart, ch. lx).

— , ligne 26. — ... tu as le droit de tuer ta romi... : « Nous sommes nous-mêmes juges et exécuteurs de nos femmes et maîtresses. Nous ne faisons pas plus de façons pour les tuer et les enterrer dans les montagnes et les déserts que si c'était de la vermine » {La Gitanilla, p. 69).

Page 84, ligne 24. — Je la frappai deux fois... : Dans l'opéracomique, le meurtre a lieu à l'entrée des arènes. C'est le seul que les librettistes aient laissé à la charge de don José (héros sympathique malgré ses erreurs), parce que c'est le crime passionnel par excellence, celui que les jurés absolvent et que les spectateurs pardonnent. Le film, au contraire, suit et développe ce que Mérimée se contente d'indiquer : occasion d'une chevauchée dans un paysage pittoresque, et d'une mort bien réaliste.

Page 85, ligne 2. — Je lui creusai une fosse avec mon couteau... : 11 est difficile de ne pas voir ici une réminiscence de Manon Lescaut ; « Je rompis mon épée pour m'en servir à creuser... J'ouvris une large fosse... Je m'assis encore près d'elle ; je la considérai longtemps ; je ne pouvais me résoudre à fermer sa fosse. » Peut-être Mérimée a-t-il pensé aussi à la fin à.'Atala.

Page 86, ligne 1. — U Espagne... : Mêmes digressions philologiques chez Nodier (cf. la fin de Smarra et de la Fée aux Miettes).

Page 86, ligne 4. — ... Bohémiens, gitanos, gypsies, zigeuner, etc... : U Histoire des Bohémiens, de Grellmann, et The Zincali, de Borrow, consacrent un premier chapitre à l'étude de ces différents noms.

— , ligne 18. — Les caractères physiques des Bohémiens... : Voir Grellmann (l'e partie, ch. m) et Borrow (The Zincali, part. II, ch. v).

Page 88, ligne 1. — M. Borrow, missionnaire anglais... : Mérimée cite lui-même sa source : elle est donc incontestable. George Borrow n'était d'ailleurs pas, à proprement parler, un missionnaire. Maurice Tourneux, dans sa préface à Carmen, cite ce passage d'une lettre du 21 août 1844 à Grasset : « Un Anglais, missionnaire ou espion, a fait sur les gitanos un livre très amusant. Il ment effroyablement, mais parfois dit des choses excellentes. » S'il s'agissait de la Bible en Espagne, ce serait avant la traduction.

— , ligne 8. — ... leur chasteté... : G. Borrow parle des femmes gitanes et de leurs mœurs dans The Zincali, part. II, ch. II.

— , ligne 10. — « Casta quam nemo rogavit... » : Le vers entier est : Ludite, formosae. Casta est, quam, etc. (Ovide, Amours, 1. I, élég. VIII, v. 43). « Amusez-vous les belles. Honnête, celle à qui personne n'a fait de propositions... » C'est une vieille entremetteuse qui parle, et non Ovide.

— , ligne 17. — ... une jolie gitana... : Il n'a pas dû oublier la a jolie gitana assez farouche aux chrétiens, mais qui, pourtant, s'apprivoisait à la vue d'un duro » (lettre à la comtesse de Montijo, citée par A. Filon, Mérimée et ses amis, p. 54).

Page 89, ligne 9. — J'ai visité, il y a quelques mois... : en septembre 1846, il est à Metz, comme on peut le voir dans sa correspondance avec Jenny Dacquin. C'est à cette époque qu'il a dû faire sa visite aux bohémiens des Vosges.

Page 89, ligne 29. — ... leur indifférence en matière de religion... : Ceci doit réjouir le positivisme de Mérimée. Sur

cette indifférence, il a pu consulter Grellmann (Ibid., l^e part., ch. xi) et Borrow {The Zincali, part. I, ch. x).

Page 90, ligne 23. — Vannée dernière... : Mérimée est retourné en Espagne en 1840 et en 1845. Cet appendice est donc écrit en 1 846.

Page 92, ligne 15. — ... vers le commencement duX V^ siècle. . . : Grellmann précise que leur migration commença après l'invasion de l'Inde par Timour-Lengh, en 1409.

Page 93, ligne 5. — ... quantité de mots grecs... : Borrow (The Zincali, part. II, ch. ii) cite cocal, x6y.xc<)ov; petali, fer de cheval (non petalli, qui signifie posada, hôtellerie), TcéTx^ov •, cafi, y-'"??' ; chori, 5i.a/ai'pt ; lilipendi, ).w>,-jTcat5frt, C'est surtout du grec moderne. Il cite aussi, comme Grellmann, mais pas toujours pour les mêmes mots, les correspondants hindous. Pani, manro, Ion, jamar, lillar, gras ou graste, fila, mui, sont cités dans The Zincali. Mas est dans Grellmann.

Page 94, ligne 23. — « Les Mystères de Paris », d'Eugène Sue (1842-1843), dont un personnage est surnommé le Ghourineur.

— , ligne 26. — M. Vidocq... : Célèbre voleur qui devint policier et publia ses Mémoires en 1828. En 1844 paraissaient sous son nom les Vrais Mystères de Paris, en sept volumes.

Page 95, ligne 5. — ... Oudin... : Il fut le maître d'italien de Louis XIV. Son « dictionnaire » s'intitulait exactement : Curiosités françoises, pour supplément aux Dictionnaires, ou Recueil de plusieurs belles propriétés, avec une infinité de proverbes et quolibets pour Vexplication de toutes sortes de livres.

— , ligne 6. — Frimousse... : Étymologie ingénieuse, mais plus que douteuse. Il est cependant exact que la forme firlimouse est plus ancienne que frimousse. Sur les études de romani que poursuit Mérimée, cf. Lettres à Gobineau,

9 février et 20 novembre 1855 et 7 septembre 1856 (Introduction, p. xxii-xxv).

Page 95, ligne 14. — Je terminerai... : Même désinvolture qu'à la fin de la Préface de la Chronique du temps de Charles IX, qui se termine également par une citation.

Page 97, ligne 3. — ^s riapi; xai <I>oï6o;... : « Tu es vaillant, mais Paris et Phébus-ApoUon te feront périr aux portes Scées. » C'est Hector, mourant, qui parle à Achille (Iliade, XXII, v. 359-360). Voy., aux Comptes-rendus, le commentaire de L. Enault (p. 256).

Page 99, ligne 9. — Madame de Piennes.. . : Ce nom était réellement porté au temps où Mérimée écrivait cette nouvelle, au temps où il la situe. Un duc de Piennes, qui devint duc d'Aumont, puis pair de France et lieutenant général en 1815, s'était fait connaître auparavant par une tentative de descente en Normandie. Il ne mourut qu'en 1831. Dans ses Souvenirs sur V impératrice Eugénie (p. 100), A. Filon parle du marquis de Piennes comme d'un familier de la cour. Mérimée a donc pu l'y voir.

— , ligne 11. — A cette époque... : C'est l'époque de la Restauration, sous Charles X, comme on le verra par la suite.

— , ligne 17. — ... Madame la Dauphine... : Madame Royale, épouse du duc d'Angoulême, fils aîné de Charles X et dernier dauphin. Elle avait une réputation bien établie d'austérité.

Page 100, ligne 13. — ... et cernés par une teinte bleuâtre... : « Ses grands yeux légèrement cerclés de bleu... » (A. Dumas fils, La Dame aux Camélias. Cadmann-Lévy, nouvelle édition, ch. ix, p. 89).

— , ligne 29. — ... Vasphalte n'' était pas encore inventée (sic)... : L'asphalte, ou plutôt l'asphaltage, invention de l'ingénieur suisse Mérian, était en 1844 à tel point une nouveauté que Mérimée se trompe sur le genre du nom,

qu'il met au féminin dans le texte de la Revue des Deux Mondes et dans celui de la première édition. Il s'est corrigé dans l'édition de 1852.

Page 101, ligne 1. — ... dont vous avez pu deviner la position sociale... : « Des gens... vinrent officiellement avertir le duc de la position de mademoiselle Gautier » (La Dame aux Camélias. Calmann-Lévy, nouvelle édition, t. II, p. 14).

Page 104, ligne 1. — ... il était « concierge »... : Mérimée écrit le mot en italiques, évidemment par moquerie, pour railler une acception nouvelle à cette date et la petite affectation populaire qu'en implique l'usage. Ainsi relèverait-on « potage » pour « soupe ». Plus loin, il souligne de même les sangs (p. 105) et auscultée (p. 110).

Page 105, ligne 22. — ... « sanctum sanctorum »... ; Le saint des saints, ceUa du temple de Jérusalem.

Page 106, ligne 23. — Ça avait été à VOpéra... : Cf. Lettres , à une Inconnue, t. I, p. 4-7, et Introduction, p. xi.

Page 108, ligne 24. — ... dépoudré et son beau jabot de batiste... : C'est ici une indication sur l'époque, qui est celle de Charles X. Mais c'est encore autre chose. Même sous Charles X, le jabot de dentelle et les cheveux poudrés étaient assez rares. Ils étaient un signe d'attachement à l'ancien régime, au trône et à l'autel. Ils conviennent fort bien au médecin attitré de la très catholique M™® de Piennes. Il est fort possible que Mérimée se soit souvenu, en cet endroit, de Laënnec, dont le frac noir, la culotte courte, les bas de soie et les souliers à boucle portaient témoignage de ses convictions extra-médicales, et qui fut plaisanté pour cette fidélité vestimentaire au passé. Son compatriote et adversaire Broussais s'en prenait, à travers lui, à la « secte médico-jésuite » (voir Alfred Rouxeau, Laënnec, t. II, p. 343).

Page 109, ligne 13. — ... le premier acte d" « Otelh »... : celui de Rossini (1816).

Page 110, ligne 5. — Je ne Vai pas « auscultée »... ; Les italiques nous disent l'intention d'ironie. Ainsi se confirme l'indication de la note, page 108. C'est en 1819 que Laënnec fit paraître le Traité de V auscultation médiate, et sa méthode fut d'abord très discutée. Il est significatif que Mérimée la plaisante — à peine — avec la poudre et le jabot de batiste. Bien entendu, il ne s'agit pas de pousser la comparaison : Laënnec, qui était malade, n'avait pas le bel appétit du médecin de M™® de Piennes. Il était mort, d'ailleurs, en 1826, et, on le verra, c'est en 1826, et plutôt au début de 1827, que Mérimée a situé son anecdote.

Page 111, ligne 13. — ... une protubérance qui indique Vexaltation... : Cette fois, c'est à la phrénologie de Gall que, de cette même façon discrète, il fait allusion. Gall mourut à Paris en 1828. On voit que le médecin de M™^ de Piennes est au courant des nouveautés de son art. La localisation qu'il fait ici est, du reste, de pure fantaisie. Le système de Gall place au sommet du crâne la bienveillance, la vénération, la fermeté et l'estime de soi.

Page 112, ligne 19. — ... et le <i Journal des Débats »... ; Autre trait qui caractérise ce médecin du grand monde : malgré la poudre et le jabot de dentelle, il est libéral, puisqu'il lit les Débats. Mais on sait que Chateaubriand, ex-ultra et toujours monarchiste, y était entré en 1824.

Page 113, ligne 12. — ... une prise de thridace... : C'est un calmant. On est bien pensant, mais on est médecin : « Je n'ai pas grande confiance dans tous vos abbés. » Cette nuance de positivisme achève le portrait du docteur.

Page 116, ligne 10. — Le miroir s^est cassé... : Arsène Guillot, âme populaire, est superstitieuse comme Carmen, âme primitive. Carmen dit la bonne aventure, mais elle croit elle-même aux présages : « J'ai toujours pensé que tu me tuerais. La première fois que je t'ai vu, je venais de rencontrer un prêtre à la porte de ma maison. Et cette nuit, en sortant de Cordoue, n'as-tu rien vu? Un lièvre a

traversé le chemin entre les pieds de ton cheval. C'est écrit » (p. 80). Plus loin, elle regarde, pour y découvrir le sort qui l'attend, « dans une terrine pleine d'eau le plomb qu'elle avait fait fondre » (p. 82).

Page 117, ligne 27. — ... j'ai donc fait un cierge... : « Le cierge d'Arsène Guillot résume beaucoup de volumes sur la religion du peuple et sur les vrais sentiments des courtisanes » (H. Taine, Préface des Lettres à Vinconnue, 1874, p. XXIX. Voir Introduction, p. xxxvi).

Page 118, ligne 18. — ... toutes les mères à nous... : « J'ai connu une ancienne femme galante à qui il ne restait plus de son passé qu'une fille presque aussi belle que, au dire de ses contemporains, avait été sa mère. Cette pauvre enfant à qui sa mère n'avait jamais dit : tu es ma flUe, que pour lui ordonner de nourrir sa vieillesse comme ellemême avait nourri son enfance, cette pauvre créature se nommait Louise, et, obéissant à sa mère, elle se livrait sans volonté, sans passion, sans plaisir, comme elle eût fait un métier si l'on eût songé à lui en apprendre un » (La Dame aux Camélias, ch. r, p. 5).

Page 121, ligne 7. — Pourquoi, Madame...? Parenthèse inattendue. Qui est cette dame, propriétaire du chien Diamant? Il serait assez vain de vouloir l'identifier. Mais il est vraisemblable qu'elle n'est pas tout à fait une dame en l'air, et qu'elle ressemble soit à M™® de Boigne, soit à l'une des habituées de son salon, où Mérimée lut Arsène Guillot (voir A. Filon, Mérimée et ses amis, p. 141-142), Nous avons, en tout cas, dans la page qui commence à ces mots, un remarquable exemple de la politesse narquoise avec laquelle Mérimée se plaisait, dans le monde, à choquer quelques convenances ou conventions.

— , ligne 19. — ... vingt années de séduction. . . : Un peu moins, apparemment. Mérimée donne « environ vingt-cinq ans » (p. 100, ligne 10) à Arsène. S'il fallait prendre à la lettre ces «vingt années», la « séduction » aurait commencé de bonne heure.

Page 122, ligne 2. — « Comment peut-on être Persan? » : On

sait que ce mot-proverbe est de Montesquieu {Lettres persanes, Ricca à Ibben, 1. XXX).

Page 123, ligne 10. — ... àla porte du sanctuaire : Voir plus haut (p. 105, ligne 22), le Sanctum Sanctorum.

Page 124, ligne 3. — «... au demeurant le meilleur fils du monde... » ; Allusion aux vers bien connus de Marot touchant certain valet de Gascogne

Gourmand, ivrongne et asseuré menteur, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart de cent pas à la ronde ; Au demeurant le meilleur fils du monde.

(Au Roy pour avoir esté dérobé, ép. XXIX,)

— , ligne 11. — ... d'un œil fort doux : Est-ce encore une réminiscence?

La prude Arsinoé vous voit d'un œil fort doux.

(Molière, Misanthrope, acte I, scène i, v. 216.)

— , ligne 22. — ... une artiste du Gymnase... : Le Gymnase, au temps où se mourait Arsène, était tout nouveau, puisqu'il datait de 1820. Mais on l'appela, jusqu'à la révolution de Juillet, le théâtre de Madame.

Page 125, ligne 2. — ... de Conrart le silence prudent... : Adaptation du vers si souvent cité de Boileau (Ep. I, v. 40).

— , ligne 23. — Addio, Teresa... : Cette « barcaroUe » est plutôt un refrain de conscrit :

Adieu, Thérèse, Thérèse, adieu !

A mon retour Je t'épouserai.

Page 128, ligne 7. — ... à jiotre âge... : Mérimée a fait entendre (p. 99, ligne 12) qu'elle est jeune. Elle se vieillit par coquetterie, comme la « lionne » de VAbbé Aubain, qui a trente ans (p. 173, ligne 13, et p. 184, ligne 5).

Page 128, ligne 11. — Je sais que vous êtes allé en Allemagne, puis en Italie... : Souvenirs personnels; Mérimée est allé en Allemagne en 1836 et en Italie en 1839 et 1841.

Page 129, ligne 11. — ... à Naples, quand j'y étais... : Mérimée y séjourna en octobre 1839.

Page 130, ligne 26. — Othello ne dit-il pas...? Mérimée doit confondre. Othello se dit seulement, pour s'expliquer l'infidélité prétendue de sa femme, qu'il est noir et qu'il n'a point de talent de conversation (acte III, scène 3, V. 263-265). C'est Brabantio, le père de Desdémone, qui dit au More : o Damné comme tu l'es, tu as ensorcelé ma fdle : car, j'en appelle à tous les gens de sens, sans être tenue dans les chaînes de la magie, une jeune fdle si tendre, si belle, si heureuse, si ennemie du mariage qu'elle fuyait les riches et pimpants favoris de notre nation, aurait-elle risqué la moquerie publique en se dérobant à ma tutelle pour se jeter sur la noire poitrine d'un être tel que toi, qu'on redoute, qu'on ne peut aimer? L'univers en soit juge, n'est-il pas palpable, évident, que tu t'es exercé sur elle à une immonde sorcellerie, que tu as abusé sa jeunesse délicate avec des drogues ou des minéraux qui affaiblissent la volonté? » (acte I, scène 3, v. 63-75).

Page 131,ligne 28. — fort laconiquement, mais de manière à... : C'est la manière de Mérimée, qui prête du sien à Max, comme l'ont déjà fait voir les souvenirs personnels rappelés plus haut.

Page 132, ligne 1. — « Valise il est parti... » : Mitaôy>o est du grec moderne. Plutôt que î?6aiT£, qui signifie habituellement « il est arrivé », on attendrait l^-jyt. Souvenir du voyage en Grèce et en Orient accompli en 1841.

— , ligne 25. — ... au Rocher-de-Cancale... : Restaurant fameux dans les annales de l'époque romantique. 11 se trouvait rue Montorgueil.

Page 141, ligne 23. — ... elle avait agréé les hommages d'un Russe... : La Dame aux Camélias agrée également, après

avoir quitté Armand Duval, les hommages de M. de N... (t. XXIII, p. 248 etsuiv.), mais son ancien amant le prend moins bien que Max.

Page 145, ligne 23. — ... dans les idées du « monde... » : jVjme (Je Piennes, qui est une fervente catholique, prend le mot dans l'acception que lui donnent les livres de piété. Elle insiste : « Il y a une autre morale que celle du monde », et, plus loin : « Voilà sans doute la morale du monde. » Mérimée s'est plu à lui prêter un pédantisme spécial, à lui faire jouer la directrice de conscience. C'est en de tels passages qu'on saisit les arrière-pensées de cette nouvelle.

Page 148, ligne 24. — Il n'était pas croyant... : Mérimée non plus, on le sait. On ne peut pas dire qu'il se soit peint dans Max de Salligny. Mais il a, plus ou moins délibérément, donné à ce personnage quelques-uns de ses propres traits. « Le mot de salut », pour l'un comme pour l'autre, est surtout un mot.

Page 149, ligne 25. — ... une expression sublime... : L'intention ironique est évidente, surtout à deux lignes de ce que Mérimée fait dire à M™« de Piennes : un avertissement d'en haut, en soulignant. « L'avertissement d'en haut » aboutira à un beau mariage.

Page 152, ligne 6. — « De boas intençôes... » ; Est-ce pour montrer sa connaissance du portugais que Mérimée ne se contente pas de donner en français ce proverbe courant? Sans avoir l'air d'y tenir, il aime assez à laisser entrevoir son érudition et sa polyglottie. Ce n'est pas tout à fait sans raison qu'on le lui a reproché (voir Comptes-rendus : celui de Louis Énault, dans la Gazette de France, raille la science de Carmen, le grec d'Arsène Guillot et de VAbbé Aubain. L. de Wailly n'est pas moins ironique).

Page 156, ligne 1. — Je déteste les camélias... : C'est tellement le contraire dans le roman de Dumas fils que cela seul ferait croire à une réminiscence : « On n'avait jamais vu à Marguerite d'autres fleurs que des camélias. Aussi,

chez Madame Barjon, sa fleuriste, avait-on fini par la surnommer la Dame aux Camélias, et ce surnom lui était resté » (oh. ii, p. 13).

Page 156, ligne 12. — ... je lui cassai même un vase... : Cf. le Vase étrusque (éd. Calmann-Lévy, p. 171).

Page 159, ligne 1. — ... M. Vamiral de Rigny... : C'est en avril 1827 que l'amiral de Rigny fit voile vers les côtes grecques. On peut supposer que l'action à^ Arsène Guillot se place peu de temps avant ce départ.

— , ligne 19. — ... en Grèce!... : Allusion aux événements historiques qui se déroulent alors.

Page 161, ligne 6. — Zwvi (lou CTàç àyairw : C'est, en effet, le refrain d'un petit poème de Byron, daté d'Athènes, 1810, et dont voici la traduction :

Fille d'Athènes, avant de nous séparer, Rends, oh 1 rends-moi mon cœur !

Ou, puisqu'il a quitté ma poitrine, Garde-le désormais, et prends le reste.

Exauce mon vœu avant que je ne parte.

Zdjr, (lou, etc.

Par ces boucles libres.

Que caresse chaque souffle de l'Egée,

Par ces paupières dont la frange de jais

Baise tes douces joues en fleur,

Par ces yeux farouches comme la biche,

ZwT) (10"J...

Par cette lèvre à laquelle il me tarde de goûter, Par cette taille serrée d'une ceinture, Par toutes les fleurs messagères qui disent Ce que les mots n'exprimeront jamais aussi bien, Par les joies et les peines alternées de l'amour, Zwi^ |xo'j...

Fille d'Athènes ! Je suis parti :

Pense à moi, chère, quand tu seras seule Dussé-je voler jusqu'à Stamboul, Athènes garde mon cœur et mon âme :

Puis-je cesser de t'aimer? Non.

7àtùr\ |xo'j...

{Miscellaneous Poems )

Page 161, ligne 10. — La traduction se trouve en note... : Il est vrai ; mais Byron fait quelques façons pour la donner. Il écrit : «Si je le traduis, j'offenserai les messieurs, en laissant croire que je les supposais incapables de le faire, et si je ne le fais pas, je puis offenser les dames. » Mérimée consent avec Byron qu'une femme ne sache pas le grec. Mais il attribue à M™^ de Piennes la connaissance de l'anglais et, par surcroît, le souvenir de cette note, donc aussi celui du poème. C'est vraiment une femme cultivée autant qu'une catholique sévère.

Page 164, ligne 20. — ... dans un état à faire pitié... : Sur tout ce qui est dit de la maladie d'Arsène, et notamment de sa fin, on peut comparer à la Dame aux Camélias, surtout au chapitre xxvi, comprenant les dernières lettres de Marguerite à Armand et les quatre lettres qu'y ajoute Julie Duprat. Au point de vue médical, Mérimée est plus vrai, tout en étant plus bref. Et peut-être aussi sa sobriété, éloignée de tout sentimentalisme, est-elle plus émouvante.

Page 167, ligne 3. — ■ J'ai aimé... : N'avons-nous pas ici un écho discret de la fin du Lac de Lamartine?

Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, Tout dise : Ils ont aimé !

Cf. également A. de Musset : On ne badine pas avec V amour (acte II, scène 5, fin). « J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé », dit Perdican. — , ligne 18. — ... à gauche du tombeau du général Foy... : Mérimée avait une bonne raison pour se souvenir de ce tombeau. Le général Foy, mort en 1825, avait été conduit au Père-Lachaise par une foule d'admirateurs et de partisans. Prosper Mérimée avait tenu dans cette manifestation un rôle de premier plan, et il figure sous la statue du général, dans le bas-relief de David d'Angers, parmi les porteurs du cercueil.

Le cimetière du Père-Lachaise date seulement de 1804.

Carmen iO

Il était très peuplé dès 1827. « En 1830, il abritait déjà trente et un mille monuments funéraires, alors que Paris comptait seulement trente mille maisons » (Maurice Levaillant, Les Tombes célèbres. Hachette, 1927, t. V, p. 54). Mais il était encore loin d'être comme aujourd'hui un cimetière réservé, puisqu'on y pouvait enterrer la pauvre Arsène.

L'ABBÉ AUBAIN

Page 169 (titre). — h^Encyclopaedia britannica, dans l'article Mérimée, écrit L'Abbé au bain, ce qui justifie encore mieux le jugement : « L'Abbé au bain is again satirical » (vol. XVIII, p. 167).

Page 170, ligne 3. — Nous les publions... : Ce n'est ni la première ni la dernière fois que des lettres imaginaires sont données pour authentiques, et l'artifice ne vaudrait pas d'être signalé s'il ne nous ramenait aux débuts littéraires de Mérimée, au Théâtre de Clara Gazul, à la Guzla et à leurs préfaces.

Page 171, ligne 24. — ... Noirmoutier, pour le pittoresque... : Il faut une fois de plus remarquer combien ce pittoresque est sobre. Voir Arsène Guillot : « Max parla de ses voyages fort laconiquement » (p. 131), et la note. Ajoutons qu'il n'est pas question de Noirmoutiers dans les Notes d'un voyage dans l'ouest de la France, publiées en 1836.

Page 173, ligne 17. — ... « Wilhelm Meister »..., ou les « Contes » de Hoffmann... : Wilhelm Meister avait été traduit en 1802 par Sévelinges, assez inexactement, puis, de façon plus fidèle, par Toussenel en 1829, puis — Les Années d'apprentissage — par M™^ de Carlowitz en 1843. C'est sans doute cette dernière traduction, toute neuve au moment où Mérimée compose ces lettres, et surtout à celui où il les suppose écrites, qui lui a donné l'idée de citer, parmi d'autres, un des ouvrages allemands qui réussirent le moins en France — à part l'épisode de Mignon

(voir Louis Reynaud, L'Influence allemande en France, ch. II, p. 194). Quant aux Contes fantastiques de Hoffmann, on sait que leur succès fut fantastique également chez nous, grâce en partie à l'habileté de l'adaptateur, Loève-Veimars. — Les femmes du monde, chez Mérimée, bénéficient de sa propre culture. Voir Arsène Guillot (p. 161) et la note (p. 241).

Page 174. ligne 13. — ... à six lieues d'ici... : L'indication paraît bien fantaisiste. S'U s'agit de la ville de Noirmoutier, chef-lieu de l'île, il faut dire que, dans sa plus grande longueur, l'île n'a pas cinq lieues. Et quelle est, à six lieues, sur le continent, la ville qui possède des notaires et des procureurs?

— , ligne 24. — ...le chant des pirates dans le « Giaour »... : Il n'y a pas de chant de pirates dans le Giaour, mais il y en a un au début du Corsaire, que Mérimée, ou la dame à qui il prête, comme à M™^ de Piennes, une tendresse pour Byron, a bien raison d'admirer :

O'er the glad waters of the dark blue sea.

Sur les joyeuses eaux de la mer d'un bleu sombre, etc.

(The Corsair, y. 1.)

Le commentaire qui suit, dans sa brièveté, dit la chose essentielle : « Il a navigué. » La poésie maritime des Anglais est une poésie de gens qui ont navigué. — Sur le goût de Mérimée pour Byron, voir la citation d'une de ses poésies dans Arsène Guillot (p. 161) et la note. — Voir aussi P. Trahard, La Jeunesse de Prosper Mérimée, t. I, p. 62-64.

Page 175, ligne 6. — Toutes ses descriptions sont des daguerréotypes... : La comparaison, comme l'invention, était nouvelle. Ce serait aujourd'hui un piètre compliment. Il est intéressant de le relever, comme le signe d'un idéal d'exactitude. Il lui a été retourné. Louis Énault écrit, dans la Gazette de France : « Il daguerréotype ses personnages » (voir Comptes-rendus). Nous lisons dans le Dictionnaire

des Opéras de Clément et P. Larousse, à l'occasion du livret tiré de Carmen : « Le style du romancier, exact et froid comme une photographie... » (p. 199).

Page 176, ligne 9, — ... fai surpris a Jocelin »... ; Jocelyn, suspect à l'Église, était une lecture peu canonique. Il est conforme à l'anticléricalisme de Mérimée, autant qu'aux suppositions romanesques de l'héroïne, de surprendre cette lecture de l'abbé.

Page 177, ligne 20. — ... « mon vieux Plutarqiie »... ; Voir les Femmes savantes (acte II, scène 7, v. 562). La citation est légèrement inexacte. Molière dit : « un gros Plutarque... ».

Page 179, ligne 25. — ...de N***... : de Nantes, apparemment.

Page 184, ligne 5. — ... ce n'esi pas à mon âge... et plus loin (page 185, ligne 19) : Une conquête à mon âgel... : Nous savons, depuis la première lettre, qu'elle a trente ans. — Voir Arsène Guillot, p. 128, et la note.

Page 187, ligne 14. — « Es-tu content, Goucy? »... : hémistiche fameux, pour avoir été plaisanté, qui se trouve dans la dernière scène de V Adélaïde du Guesclin de Voltaire.

Page 188, ligne 23. — O Melibœe... : Voir Virgile, Bucoliques, 1, V, 6.

Page 189, ligne 14. — a Horresco referens » ... ; Voir Virgile, Enéide, II, v. 204.

Page 190, ligne 1. — ... « Abeilard », par M. de Rémusat... :

L'ouvrage de Charles de Rémusat, Abélard, avait paru en

1845 (Crapelet, 2 vol. in-8o).

— , note 1. — Vers tiré, je crois... : Naïveté jouée : Mérimée

est un parfait humaniste, et le vers cité est très bien dans

les Sept contre Thèbes, v. 256.

COMPÏES-RENDUS

Extrait d'une Chronique des Livres, dans la Revue des Deux Mondes, n° du l^r mai 1847 (p. 573-574), par Alphonse de Pontmartin.

Parmi les romans récemment publiés, et en commençant par écarter ceux qui ne s'adressent qu'à la curiosité oisive des lecteurs de feuilletons, nous devons distinguer le Gentilhomme campagnard, par M. Ch. de Bernard ; les Roués innocens et Militona, par M. Th. Gautier... Ai-je le droit de parler de Madeleine, de M. J. Sandeau ; de Carmen, de M. P. Mérimée? Ne suffi t-il pas de rappeler aux lecteurs de la Revue deux de leurs plus aimables souvenirs?...

Ce que je ne me lasse pas d'admirer chez M. Mérimée, c'est cet art, à la fois si caché et si réel, qui, du premier coup, caractérise si bien un personnage, qu'il n'y a plus à y revenir, et que les développements qui suivent paraissent la conséquence inévitable du premier trait. Carmen n'est pas encore nommée, elle est à peine entrée en scène, qu'elle existe déjà et qu'on sent respirer en elle cette séduction bizarre, cette fascination mystérieuse, principal élément du récit ! Les premières pages sont d'une fraîcheur délicieuse, l'ensemble est d'une netteté magistrale. Pas une omission, pas une surcharge ; un trait fin, sobre, complet, ménageant les clairs et les ombres, et graduant, avec une incomparable sûreté de main, la valeur relative de chaque figure et de chaque objet. Heureux le critique, lorsque, après avoir distribué de son mieux le blâme et l'éloge, il rencontre une de ces œuvres, comme Carmen, qui lui permettent d'achever la leçon par un exemple !

Article de L. de Wailly, paru dans VAthenaeum français, no du 3 juillet 1852, p. 6.

Nouvelles, par M. Prosper Mérimée. Paris, Michel-Lévy frères, 2 bis, rue Vivienne, 1 vol., 1852.

On s'est plaint depuis longtemps, et avec raison, que la critique littéraire était déchue du rang qu'elle occupait dans la presse, et l'on en a accusé la politique et son esprit d'envahissement. Ce reproche peut être fondé, mais il nous paraît trop exclusif. Si la critique littéraire a été supplantée, ce n'est pas tant par la politique, ni même par le roman, que par la réclame. La librairie est tombée en proie à la lèpre qui dévore le théâtre, à la claque, puisqu'il faut l'appeler par son ignoble nom. A qui la faute? Au public, sans doute, qui, pouvant tout empêcher, laisse toujours tout faire ; mais surtout aux auteurs qui n'auraient jamais dû tolérer cette usurpation honteuse.

Quoi qu'il en soit, la politique n'est plus envahissante, que nous sachions, et voici le moment ou jamais pour la critique de reprendre sa place. Quant à nous, nous n'avons accepté l'offre qu'on a bien voulu nous faire d'écrire dans cette nouvelle Revue qu'avec la détermination de travailler, pour notre faible part, à cette restauration, dussions-nous, au commencement, effaroucher quelques intérêts peu éclairés, par une franchise devenue si étrangère à leurs habitudes.

Ayant cette intention, nous ne pouvions mieux faire que de prendre les Nouvelles de M. Mérimée pour sujet de notre premier article. M. Mérimée est un de nos collaborateurs, et l'occasion est bonne pour faire acte d'impartialité. Un critique qui a le sentiment de son devoir doit avoir le courage de dire à ses amis leurs vérités.

Il ne faut pas, du reste, prendre trop au sérieux ce mot d'ami ; nous ne connaissons M. Mérimée que de réputation, comme tout le monde. Il ne faut pas non plus prendre trop au sérieux notre courage ; il est facile à tous égards, lorsqu'il s'agit d'un talent si peu contesté.

M. Mérimée est du très petit nombre de littérateurs qui ne connaissent que les roses du métier, et cela devait être, car il n'a rien en lui de ce qui fait les martyrs. Il réunit, comme écrivain, la plupart des qualités qui, dans la société, constituent ce qu'on appelle un homme du monde. Il est d'un tact parfait dans ses relations avec ses lecteurs. Nul ne se courbe plus volontiers sous le niveau du savoir-vivre. Quel que soit le sujet qu'il traite, jamais vous ne lui surprendrez un mouvement d'indignation ou d'enthousiasme. Cela ne se fait pas ; il n'a d'émotion que ce que les bienséances en autorisent.

Dès son début, en pleine révolution littéraire, alors que les meilleurs ne savaient pas se préserver de tout excès, il a su, lui, échapper à l'effervescence qui entraînait tout ce qui avait de la sève et de la jeunesse. On faisait, à cette époque, un tel abus de la poésie et du pittoresque, de la passion et de la fantaisie, de la verve et de la fécondité, — sans parler du vocabulaire, — que, de peur d'en abuser aussi, il s'est interdit une bonne partie de tout cela. La vue de l'orgie l'a rendu sobre. Tout ce gaspillage l'a fait économe, et même un peu avare pour le reste de ses jours. Ses contes, — nous ne dirons pas ses romans, ce mot nous représente quelque chose de plus vaste, — ses contes sont des modèles d'abstinence. Ce sont de petits chefs-d'œuvre de simplicité savante et d'art dissimulé ; mais surtout on n'a jamais poussé plus loin la rapidité du récit. On n'écrit ainsi que dans le siècle des chemins de fer.

Peut-être mène-t-il un peu vite des gens qui ne voyagent que pour leur plaisir. Peut-être serait-on bien aise de voir un peu mieux le pays, chemin faisant. Mais que ne preniezvous le voiturier de Topffer ou celui de Balzac, si vous ne teniez pas à arriver? « Eh quoi, déjà? » semble être le suffrage que M. Mérimée ambitionne le plus. On le dirait moins préoccupé de ce qu'il mettra dans ses contes que de ce qu'il n'y mettra pas. Il est l'Alfieri de la nouvelle.

Au reste, si nous sommes bien renseigné, il avait déjà, avant d'écrire, une certaine réputation de conteur. — C'est

chez lui un talent de famille. — Or rien n'est propre comme le contact d'un auditoire à donner le sentiment des proportions, et aussi celui des convenances, deux qualités solides qui caractérisent ses ouvrages et qui se rencontrent bien plus fréquemment au théâtre que dans les romans, où l'auteur n'est pas en rapport immédiat avec son public. Aussi, n'était que le drame vit surtout d'émotion, on se demanderait pourquoi M. Mérimée n'écrit pas pour le théâtre.

Le livre qu'il nous donne aujourd'hui se compose de trois nouvelles, Carmen, Arsène Guillot, UAbhé Aubain. Le reste est consacré à la littérature russe.

La première et la plus importante de ces nouvelles, Carmen, a pour scène l'Espagne, — M. Mérimée a un faible pour l'Espagne, — pour personnages des brigands, — M. Mérimée a un faible pour les brigands. C'est une prédilection assez étrange chez un écrivain qui ne se passionne pas facilement, il en convient lui-même.

« Je suis de ceux, dit-il dans son article sur Gogol, qui goûtent fort les bandits, non que j'aime à les rencontrer sur mon chemin ; mais, malgré moi, l'énergie de ces hommes en lutte contre la société tout entière m'arrache une admiration dont j'ai honte. »

L'explication est vraie en ce sens que M. Mérimée admire beaucoup l'énergie, la plupart de ses productions en font foi ; mais on se tromperait si on lui supposait quelque idée de protestation, comme celle qui a inspiré les Brigands de Schiller. Le but n'est rien ; M. Mérimée n'est frappé que de l'inégalité de la lutte. Il aime l'énergie pour l'énergie.

Le sujet de Carmen est à peu près celui de Manon Lescaut. Ainsi que le chevalier Des Grieux, don José Lizarrabengoa a été ensorcelé par deux beaux yeux. Seulement, au lieu d'une lorette affolée de plaisir, son démon est une Bohémienne qui vole, qui assassine, de compte à demi avec une troupe de ces gens énergiques que M. Mérimée affectionne. Au lieu de cette étourdie de Manon que vous connaissez, vous avez une gaillarde qui écarte sa mantille pour laisser voir ses épaules ; qui se balance sur ses hanches comme une

pouliche de Gordoue ; qui, à chaque compliment égrillard qu'on lui adresse pour sa tournure, répond, les yeux en coulisse et le poing sur la hanche, effrontée comme une vraie Bohémienne qu'elle est. Aussi don José n'en est pas quitte, comme le pauvre petit chevalier, pour quelques friponneries au jeu et autres peccadilles ; par amour et par imitation de sa belle, il est entraîné au vol et à l'assassinat. Mais les deux écrivains se distinguent par des qualités si différentes, l'un plein de négligence aimable et débordant de passion, l'autre toujours châtié, toujours contenu, que la ressemblance du sujet s'oublie, si tant est que personne l'ait jamais remarquée, à commencer par l'auteur.

L'héroïne de la seconde histoire n'est pas une virago comme cette terrible Carmen ; mais c'est encore une Manon Lescaut, une fille de joie, — de joie pour les autres apparemment, ou elle serait bien mal nommée, la pauvre enfant, car elle n'en a guère eu sur la terre ; et un beau jour, poussée par la misère, par le refus d'un jeune homme, — aimé d'elle, celui-là, — qui ne veut pas qu'elle se remette avec lui, elle s'est jetée par la fenêtre, et elle ne s'est pas tuée du coup, l'infortunée, et elle assiste sur son lit de mort à la naissance et aux progrès d'un amour bien involontaire, mais très réciproque, entre son amant et une pieuse dame qui la soignent de concert avec une édifiante assiduité, — amour aboutissant à un mariage dont l'auteur, confus pour l'heureux couple, ne nous fait part que sous forme d'épitaphe, nous avons failli écrire d'épigramme :

« Pauvre Arsène ! elle prie pour nous. »

Le recueil dont nous entretenons le lecteur nous fait un peu l'effet de ces vieilles chansons dont le dernier vers de chaque couplet se reproduit en tête du couplet suivant. La courtisane avait passé de Carmen dans Arsène Guillot; ici c'est la dame honnête que nous retrouvons dans VAbbé Aubain; moins dévote, cependant, et n'ayant pas pour sa coquetterie l'excuse du bon motif, car c'est à son curé qu'elle s'attaque. Il est vrai qu'elle ne va pas si loin non plus, car, au premier symptôme de ravage dans le cœur du jeune abbé,

elle se hâte de l'éloigner en lui faisant obtenir une excellente cure, que l'ingrat accepte avec plus de reconnaissance qu'elle n'en désire et qu'elle n'en soupçonne, — un peu confus, écrit-il à un de ses confrères, d'avoir obtenu ce rapide avancement par faveur, mais au demeurant enchanté de se voir loin des griffes d'une lionne de la capitale.

Ce conte, qui n'a que quelques pages, est charmant de fine ironie, et les lettres de Madame de P..., — il est en lettres, — sont du style le plus élégamment féminin. En général, M. Mérimée a le talent extrêmement rare de bien faire parler ses personnages. Il sait même, chose plus rare encore, se mettre en scène et se faire parler aussi. Notre compliment, toutefois, ne s'adresse qu'au membre de l'Académie française, car, pour celui de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, il se mêle un peu trop des affaires de son collègue. Quel service lui rend-il, par exemple, en lui lardant ses contes de grec? C'est à se croire chez Philaminte. L'abbé Aubain parle grec; l'amant d'Arsène parle grec; Madame de Piennes parle grec, — non, elle ne le parle pas, mais elle le comprend ; l'auteur, et c'est trop juste, parle grec pour sa part plus que tous les autres : il n'y a guère que le lecteur qui ne le parle, — ni le comprenne, bien probablement.

La littérature russe, si peu connue en France, quoique les Russes sachent si bien notre langue et même la leur, la littérature russe défraie, ainsi que nous l'avons dit, le reste du volume, — à savoir trois traductions de Pouchkine, dont la Dame de pique, conte fantastique si outrageusement dépoétisé par M. Scribe, et un article sur trois ouvrages de Nicolas Gogol.

Pour savoir que M. Mérimée est un excellent critique, il suffit d'avoir lu ses œuvres d'imagination. 11 est envers lui-même un censeur si éclairé, si incorruptible, qu'on ne peut que se soumettre à ses arrêts. 11 nous rappelle ces austères personnages de Calderon, qu'il doit aimer de tout l'amour qu'il a pour l'Espagne et pour l'énergie. Ce qu'ils sont pour leur honneur, il l'est pour son talent ; il en est le

médecin, il en est le juge. C'est un Brutus littéraire, non pas celui qui a tué César, — oh ! non, M. Mérimée n'aurait jamais tué César, — mais l'autre, qui a condamné ses enfants à mort. M. Mérimée, qui ne nous en montre que de si irréprochables, en a dû condamner aussi que tout autre père aurait laissés vivre. Et de quel droit, voyant cela, lui demanderions-nous grâce pour notre article?

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