‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 9 sur 79 · X A PROPOS DE CARMEN · texte numérisé non relu

X A PROPOS DE CARMEN

Et Don José? Don José? C'est V image aux couleurs forcées de ce que peut devenir un homme entraîné par la créature « infernale » ; c'est le symbole de l'amour viril soumis à la femme et humilié, déshonoré. Cest le type ridicule et romanesque du mâle asservi et qui croit un instant, en tuant le tyran quil adore, surmonter enfin sa propre faiblesse . Don José, c'est ce que Mérimée peut-être n'était pas devenu, parce que, « ensuite », il était {même jeune) un homme raisonnable, et parce que « d'abord » la bien-aimée V avait probablement prié de ne plus la revoir.

M. A. Dupouy nous dit que M"^" de Montijo raconta sans doute à Mérimée l'histoire dont il tira Carmen. Pourquoi pas? Cela ne change rien à ma fantaisiste hypothèse. S'il a vu Carmen, s' il l'a même tenue entre ses bras, je n'abdique pas. La sienne, la seule, est d'un type trop pur, trop complet, pour n avoir pas été recréé par un romancier. Une créature de chair a des contours moins précis. Si Mérimée fréquenta et même désira une Carmen, Une la connut pas ; car les gitanes V. font les gitanes » auprès des voyageurs, ainsi que les enfants jouent aux enfants auprès de leurs parents. En vérité, ils sont bien autres! Le génie de Mérimée est d'avoir recréé une apparence en lui donnant, — peut-être même inconsciemment, — l'âme d'une ancienne et cuisante déception. Sa rancune était toujours

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