INTRODUCTION XXIII
« deux ou trois ans prendre Cuba à la barbe de l'Europe; « ou bien d'aller se taire Mormon à Deseret pendant deux « ou trois ans. Il dit qu'il n'a pas de goût pour le métier « de guerrier dans un pays de tradesinen. Il n'aurait pas « d'objection à être sealed à une douzaine de Mormones, « selon les usages et les préceptes des saints des derniers « jours, mais il prétend qu'il n'est pas nécessaire d'aller « à Deseret pour cela et que, dans la rue de Notre-Dame- « de-Lorette, on peut pratiquer le mormonisme. Enfin il « a des objections à tout ce que je lui propose et n'a de « goût décidé pour rien. C'est là le grand défaut que je « lui trouve, mais peut-être cela passera-t-il. L'important « serait de lui trouver une grande passion qui lui donne- « rait de l'ambition ' . »
Tel est le ton qui règne entre les deux hommes. Mérimée aime le jeune Edward; né en 1836 à Philadelphie, celui-ci avait accompagné ses parents en Europe dès 1843, et avait complété son instruction partie en France, partie à l'Université de Bonn. Après la mort de sa mère, il s'était fixé en France, car ses goûts littéraires et artistiques l'attachaient à la patrie de V. Hugo; toutefois il voyageait beaucoup en Europe, en Egypte, en Turquie...
1. Quelques Correspondants de Mr. et Mrs. Childe. Lettre du 30 mars 1753, p. 16.3-164. — Le 23 novembre 1862, Mérimée recommande E. Lee Childe à M°" de Montijo : « Cette lettre vous sera remise par un de mes bons amis M. Childe qui, après avoir voyagé par tout le monde, a gardé avec raison l'Espagne pour la bonne bouche. Il est Américain, mais il a passé toute sa vie en France et, en l'entendant parler, vous ne devineriez jamais sa nationalité. Je vous serais bien obligé de lui donner vos bons conseils pour les excursions qu'il se propose de faire en Andalousie. Il est tout à fait digne d'apprécier la tierra de Jésus. » — Le 1" janvier 1869 il lui annonce le mariage de son axai : « Nous avons à Cannes à côté de nous Edouard Childe, que je vous ai présenté à Paris et qui vient d'épouser la veuve de Benjamin, le neveu de Valentine. Il semble fort heureux... »
XXIV INTROnUCTION
Linguiste distingui-, ii |)arluit l'anglais, le français, l'italien, l'espagnol,, l'allemand et un peu le russe; il avait, de plus, lait de fortes études classiques et possédait le grec et le latin. Il connaissait fort bien l'histoire de l'Kurope, vers laquelle il se sentit toujours attiré. Son esprit et sa culture, son charme et ses aimables qualités I avaient rendu populaire dans la meilleure société française, où il comptait de très nombreux amis'. Gomment Mérimée n'aurait-il pas eu une instinctive sympathie pour cet étranger instruit, polyglotte, voyageur, humaniste, historien comme lui? Tout devait rapprocher les deux hommes.
Kaut-il s'étonner que Mérimée prenne bientôt Edward Childe pour confident? On sait (ju'à jiartir de l<Sr)G Méri- ?née, malade, passe une partie de l'année à Cannes. Heaucoup d'amis. Irançaiset étrangers, viennent distraire sa lointaine solitude. Kdward Childe <'st de ceux-là. Particulièrement il fait à Cannes un long séjour en 1860 2; les deux amis vivent ensemble et, au cours de promenades sur le bord de la mer ou dans la campagne fleurie, aux heures de sieste ou de llànerie, ils échangent librement des idées sur les sujets les plus divers, senlreticnnent de philologie, d'histoire sacrée ou profane, de littérature, d'art, etc.. Sans doute Kdward pose-t-il des questions à son aîné et Mérimée répond, ou d'une façon brève, en donnant à sa pensée la forme d'une maxime, ou d'une
1. K. Loe Cliildo sVtail marié deux fois; il mourut à Paris, en l'.Ml, sans laisser d'enfant.
'I. Le Journal a donc élé rédij^jé on ISCO; la plupart des pajjes portent en effet relie date. Qneltpies fra^fmenls. à la (in, ont été rédijifés en l8tiS.