INTRODUCTION XI
fies Deux Mondes ne publie que trente lettres ; or la correspondance (qui est incomplète sans doute) en compte cent : la Revue en sacrifie donc plus des deux tiers, un peu au hasard, sans justifier un choix qui surprend quelquefois. En second lieu, elle pratique dans les trente lettres publiées de larges coupures; des pages entières sont supprimées, des paragraphes mutilés, des phrases tronquées'. Fait plus grave, les coupures ne sont pas toujours indiquées, et le lecteur est surpris de constater parfois que la pensée de Mérimée est incohérente, qu'il y a des « trous » dans la suite de ses idées; mais ce n est pas la faute de Mérimée... Les passages impitoyablement supprimés par la Revue des Deux Mondes sont, ou bien des passages techniques, des discussions arides sur la linguistique, les patois, l'étymologie de certains mots..., ou bien des passages scabreux dont la morale traditionnelle s'accorde mal-. Certes, pour ces derniers, des coupures s'imposent : encore ne faut-il pas exagérer la pudibonderie. Mais qui ne voit que, si on enlève, d'une part, les discussions scientifiques, d'autre part, les grivoiseries et les obscénités, on défigure cette correspondance dont, précisément, les deux caractères essentiels sont le goût de l'érudition et le goût, non moins prononcé, de la licence? Mérimée allie fort bien celle-ci et celle-là, et c'est présenter de lui une image défigurée que de refouler toutes ses poussées d'érudition et tous ses
1. Sans préjudice de quelques erreurs de date (cf. art. cité, p. 560 : la lettre datée du 27 septembre [1849] est du 2 septembre).
2. Ces coupures sont lellemeut nombreuses que nous avons renoncé à les indiquer: le lecteur, s'il veut bien comparer les doux textes, ne les apercevra que trop aisément.
XII INTROnrCTION
«It'vrr^oiulaj^rs. l/lioriiini- est ce (|u il est : N!t''riiii('f', qui, par rcriaitis cotc-s, tient à la Hcnaissancc et aime particiilièmncnt son rhcr xvr sièclr, a 1rs «pialités cl les défauts de ce tcinps-Ià. Il ressemble un peu au bon chanoine de Sully qui voulait l)i<'n lire, écrire et discuter tout le jour, mais cpii, le soir venu, se reposait avec la dive l)OUteille en compajifnie d'une jolie fille. Ainsi se montre-t-il avec Francisque Michel, <pii, de son côté, mêle, semblc-t-il, la f^auloiserie à l'érudition. Ce sont deux savants et deux bons compères; à les écouter on son<^e aux contemporains de Marguerite de Navarre et de Habclais, aux lecteurs dc\ Ilcptamcron et de Pantagruel. Ils discutent, avec (juelle science! .sur une étymologie, sur un patois; mais, entre deux discussions, il leur plaît de lorgner vers une alcôve, de voir pousser les cornes du voisin, et <le s en <'sbaudir. L un est académicien et, (pii plus est, appartient à V Académie des inscriptions et /xllrs-lcttrrs: l'autre aspire aux lauriers académiques. Mais rien, chez eux, (pii sente 1 habit vert, rien qui trahisse le pédant; ou plutôt leur pédanterie a pour excuse leur jovialité, leur bon sens et leur franc-parler. Ils considèrent (pie vivri- ne consiste pas à croupir dans le jardin des racines gre(([ues ou dans cpielque étude abstruse; chez eux le savant n'étoud'e pas l'homme. Oui, ils restent humains, Dieu merci! ()m oserait le leur reproclier ' Kt s'ils le sont bassement, cyiiii(uement [)arfois, avons-nous donc aujourd'hui tant d'esprit |)uritain, — ou tant d hypocrisie, — que nous ne puissions plus les envisager sans mascpie.'