‹ [Œuvres complètes] (volume 4)Chapitre 15 sur 31 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

Compiègne, à Biarritz, il est mêlé à l'entourage de l'Empereur, dont il est, semble-t-il, un des conseillers les plus écoutés'. On retrouve donc dans ces lettres, non seulement les souverains et le Prince impérial, mais des personnages que d'autres correspondances nous ont fait connaître. Voici le monde officiel et l'aristocratie du Second Empire, les princes Jérôme et Napoléon, la princesse Anna Murât, la comtesse de Montijo, la princesse Mathilde, le comte Walewski et sa femme, le duc de Luynes, des étrangers comme le roi Louis de Bavière... Voici, au second plan, le personnel diplomatique et militaire, politique et judiciaire, M. de Païva, les Fould, le maréchal Vaillant, le général Cousin-Montauban, le comte Bacciochi, d'Antas, de Persigny, Thiers, Rouher, Morny, Rochefort, le président Bonjean... Mérimée se plait toujours aux intrigues académiques ; aussi nous laisse-t-il entrevoir Lacordaire et Guizot, Théophile Gautier, le prince de Broglie, Dufaure... Mieux encore, il nous introduit auprès d'Emile Augier, de Renan, de Sainte-Beuve, de Taine, de Cousin, de Flaubert, ou auprès de personnages moins illustres comme Beulé, Grasset, Dalloz...

Lorsque la maladie l'éloigné de cette société parisienne, il étudie à Cannes une société cosmopolite qui lui offre une riche matière à d'ironiques observations; les Anglais même, qu'il fréquente avec plaisir, n'échappent point à ses railleries. D'ailleurs il n'est jamais seul; des amis

1. « Ami de la maison, il inspira seul toute confiance et tut preque toujours écouté. » (Taxile Delord, Histoire du Second Empire. Paris, Germer-Baillière, 6 vol. in-8°, 1874-1875, l. VI, p. 2). MM. Fleury et L. Solonet contestent cette influence (cf. La Société du Second Empire. Paris, A. Michel, 3 vol. in-8°, s. d. [1911], t. m, p. 313, 317-319, 322-323, 454).

XIV INTUODIJCTION

Hdèles s'i-n'orcent de soigner ou d'égayer sa morose vieillesse. Le docteur Maure, Fould, le fils de Du Sommerard, Cousin et l'inséparable miss Lagden l'entourent, le réconfortent. Cette petite société n'est pas la moins curieuse ni la moins sympathique.

Soit à Paris, soit à Compiègne, soit à Cannes, Mérimée commente les événements politiques et sociaux ; le lecteur de Montluc et de Brantôme a laissé dans son énorme correspondance une foule de petites chroniques dont les chroniqueurs de l'avenir devront et sauront profiler. Très lié avec l'Empereur, chargé quelquefois par l'Impératrice de missions officieuses, il n'en garde pas moins une grande liberté de jugement et de parole. Dans les lettres qu'il adresse à Viollet-le-Duc, il ne se fait pas faute de critiquer Isidore ' ; il désapprouve la politique libérale des dernières années de l'Empire et s'irrite maussadement des concessions faites par Napoléon III à ses adversaires. Le jeune homme qui, en 1825, portait sur ses épaules le cercueil du général Foy, ne survit pas dans le vieillard. Rallié à l'Empire autoritaire et gâté par lui, Mérimée ne comprend pas que l'Empereur puisse aliéner son autorité. Malade, pessimiste, il juge que tout va mal, à l'intérieur du pays et à l'extérieur. Rien ne trouve grâce devant lui, ni la politique financière, ni la politique militaire, ni la politique religieuse. Anticlérical, il n'a pas assez de railleries pour le pape Pie IX, pour les pointus et les firc/ii-poinlus^, pour le clergé, pour les raticlions en général. Il ne traite pas mieux l'Europe que la France; très sévère aux Anglais, aux Italiens, aux Allemands, il n'a de sympathie que pour les Danois. Il sent que, après Sa-

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