E • VIOLLET • LE • DUG MAGISTRO
Mais gardez-vous bien de la faire peindre. Il faut que je la montre au père Hase^ pour qu'il la corrige. Je ne puis vous la promettre avant vendredi prochain, après l'Académie.
Voici votre mémoire^. Je crois qu'une partie de la fin, en ce qui concerne les matériaux, pourrait être supprimée, comme répétition de ce qui a été dit plus haut; mais Voltaire dit qu'il faut répéter vingt
LETTRES A VIOLLET-LE-DUC IVt
fois les mêmes choses aux Welches, à plus forte raison aux Narbonnais.
Bien que votre affaire soit plus claire qu'eau de roche, je vous engage à écrire au préfet et à vous plaindre très haut à lui du mauvais procédé du maire'.
Mille amitiés.
Moulins, 27 septembre 1852.
Mon cher Ami,
Toute l'économie de mon voyage^ s'est trouvée renversée par une lettre du ministère qui m'invitait à aller voir l'évéque de Moulins. Il se trouve que ce pointu est en retraite. Je ne sais trop s'il me recevra, sinon je vais rester à Paris, quitte à revenir plus tard quand il rentrera dans son évéché.
J'ai failli crever pour avoir été voir cette fameuse rotonde de Simiane. Je vous ai regretté, non pour le coup de soleil que vous auriez partagé avec moi, mais pour la singularité du monument qui aurait besoin d'un Œdipe tel que vous. Je n'ai jamais rien vu de plus étrange, rien dont il fût plus diffîcile de deviner la destination.
Partout je ne vois que ruines. Saint-Maurice de Vienne, où l'on a dépensé 150,000 francs, menace de se casser en deux. Un mur romain traverse les fon-
dations; il est dur comme du diamant, et l'effet suivant se produit en icelles :
Quant à la façade de Saint-André-le-Bas, elle est en train de dégringoler, l^e théâtre d'Orange me donne aussi de l'inquiétude, et Saint-Trophime aussi, Montmajour encore davantage.
Je ne comprends rien à ce que vous me dites de la Commission du ministère de l'Instruction publique. Je la croyais morte et enterrée. Vous avez bien raison de dire qu'en ce temps-ci il faut faire sa petite besogne sans esbroufe. C'est pour cela que je n'ai pas voulu me trouver sur le passage du prince. Qu'aurais-je pu lui dire? Ces conseillers municipaux qui vous reçoivent si bien sont des imbéciles ou des filous, qui se font graisser la patte pour laisser bâtir des maisons contre les remparts d'Avignon et qui n'aspirent qu'à les détruire. J'aime mieux expliquer tout cela à mon coloneP par le menu, et c'est ce que je suis en train de faire.
J'aspire après votre retour, pour tous les mémoires à payer que vous me réglerez. Je hais les dettes et, quelque désagréable qu'il soit de se séparer de son argent, il y a un plus grand désagrément encore, c'est de ne pas savoir exactement ce qu'on doit.
Que dites-vous des Marseillais et de la machine