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OC i V
dlsez qu'Isidore sera tenté, peut-être obligé, de se jeter dans les bras des démocrates-socialistes.
Je suis frappé de la façon dont on reçoit la loi sur la réorganisation de l'armée. Pour ma part, j'aurais voulu qu'on eût le courage de supprimer le remplacement. Bien entendu il ne faut pas troubler les carrières libérales, ni les longues études; mais pourquoi ne ferait-on pas comme en Prusse, où tout étudiant est autorisé à ne servir qu'un an, moyennant qu'il fournisse son équipement et qu'au bout de cette année il sache son métier? Je voudrais qu'on permît à un moutard de se faire soldat de dix-huit à dixneuf ans. Cela ne troublerait les études de personne et ne pourrait que donner de bonnes habitudes. Il est vrai qu'il serait dur pour le fils de M. le duc de Grand-Chien de se trouver le camarade de son fermier et d'être obligé de faire des corvées, comme nous en avons fait en 1848'; mais cela aurait peut-être l'avantage d'apprendre à nos cocodès que le monde n'est pas le club ni le boulevard de Gand.
Ne croyez-vous pas que le populaire verrait la chose avec plaisir?
Adieu, mon cher ami, lorsque vous ti'aurez rien à faire, ou plutôt lorsque vous en aurez la bonne pensée, donnez-moi de vos nouvelles.
Je vous souhaite santé et prospérité.
154 PROSPEIt MÉRIMÉE
Cannes, 2.'i janvier 1867.
Mon cher Ami,
Voici de grands changements dont je ne sais encore que penser. Il y a dans l«'s affaires politiques un dessous de cartes qu'il faut connaître pour les bien juger, et jusqu'à présent je n'ai rien appris sur la façon dont les choses se sont passées.
Je suis fâché pour le pays (ju'on ait renvoyé M. Fould', bien que, pour lui, je sois persuadé qu'il y gagne. Je crois qu'il aurait accepté, quoique à regret, l'envoi des ministres devant les Chambres et (ju'il se serait tiré d'affaire tout comme un autre, car il a été ministre dans un temps et avec une Chambre encore moins commodes qu'à présent. Pour moi, il est évident qu'il a été renvoyé, et que la mesure est en grande partie dirigée contre lui. Mais pourquoi? Voilà ce que je me demande et à quoi je ne trouve pas de réponse. Quant aux changements en eux-mêmes, le trait le plus caractéristique est une concession faite au parlementarisme', concession faite de mauvaise grâce et la plus petite possible. L'adresse ennuyait beaucoup-. Il me semble qu il eût été plus simple de ne pas faire de discours du trône. Après avoir retiré V adresse, on s'est hâté d'avoir peur"\ et le Moniteur nous dit que le gouvernement attend et accepte les interpellations qu'on lui fera à l'ouverture de la session. Alors, à quoi bon changer de système, o« plutôt changer le nom des choses, lorsqu'on en conserve la réalité?
Au sujet de la presse i, on retombe encore dans la vieille ornière du temps de Louis-Philippe; c'est une interminable suite de procès à intenter à un tas de polissons qui se disent les travailleurs de la pensée et qui écrivent des bêtises en style grossier.
Je m'en tiens à l'opinion de M. Thiers qui disait, parlant à ma personne : « La presse est une garce ([ui nous a donné la vérole. Il faut (ju'elle reste à Saint-Lazare, qu'elle a bien mérité. »
F^e pire, c'est qu'il appert pour beaucoup de gens que nous n'avons pas de plan ni de système arrêté, et que nous vivons au jour le jour, sans savoir ce que nous ferons le lendemain.
Comme d'ordinaire, lorsque le fond est mauvais, il y a de grosses fautes de détail. Y a-t-11 quelque chose de plus malencontreux que ces mots : couronne ment de Védifice'^'^
Tout cela m'afflige au dernier point et me décourage. Je voudrais bien, comme vous, croire à cette génération sérieuse et intelligente qui s'élèverait dans l'ombre, selon vous, et qui viendrait en lumière un de ces jours comme deit.s e.v machina . Malheureusement, j'ai cru qu'elle allait apparaître en 1848, mais les grands faiseurs d'alors sont retombés dans l'ornière et n'ont rien trouvé que les bœufs aux cornes dorées et les jeunes drôlesses en robes blanches.
Je crains que la sève morale de ce peuple-ci ne soit tarie. Notre éducation y est pour beaucoup, à ce que je pense. On empêche les moutards de penser
pour eux-mêmes. On leur enseigne un tas de choses plus ou moins utiles et on ne leur apprend pas à se gouverner. Enfants, nous avons passé notre temps à faire des niches anx pio/is; hommes, nous en faisons au gouvernement, mais nous ne pensons jamais à gouverner nous-mêmes.
J'ai assisté à de tristes scènes. J'ai vu mourir ce pauvre Cousin d'une attaque d'apoplexie ' telle qu'aucun remède n'a pu lui faire reprendre connaissance. Son agonie a encore duré plus de quinze heures. Le corps luttait encore contre la mort sans que la conscience y fut pour rien. C'était chose horrible que ces râlements d'un agonisant qui avait la placidité d'un enfant qui dort. J'espère qu'il n'a pas souffert.
Adieu, mon cher ami, je suis tantôt bien, tantôt mal, selon le temps. Le moindre froid me rend malade tout à fait. Que ce soient les nerfs ou un asthme, c'est bien ennuyeux et quelquefois bien douloureux.
P. Mérimbr.
[Sur l'état d'esprit de Mérimée à la suite de la mort de Cousin , voici une intéressante lettre adressée par Gourmont à Viollet-le-Duc le 10 mars 1867 :
Cannes, 10 mars 1867.
Aujourd'hui, après une semaine pénible, car nous avons assisté à de tristes spectacles, j'ai besoin de
causer avec quelqu'un. J'aurais bien été chercher Mérimée, qui vient peu me trouver, mais il ne cause plus. II me faut, quand je suis près de lui, entendre les discours des deux Anglaises, et je ne sais pas assez d'anglais pour m'y plaire. Et puis ces deux morts coup sur coup de Cousin et d'Appert ^ lui ont fait impression. Il est plus silencieux que jamais, et ne trouve plus, je ne dirai pas sa gaieté d'autrefois, mais au moins sa bonne humeur, que quand il y est forcé par la présence de quelque personne qui lui en impose, et ([ue ses deux cotillons sont absentes.
11 y a quelques jours, chez Edouard Fould, il acte l'homme que vous avez connu. M. Achille Fould et M. Dumont, l'ancien ministre des Travaux publics, étaient présents; il a retrouvé toute sa verve passée.
Depuis le départ de M. Fould et de Panizzi il est retombé dans l'apathie.
J'avais espéré que les visites successives qu'il avait eues : Panizzi, Bœswillwald, MM. Achille Fould, Adolphe Fould, Berger, l'auraient secoué de fa^'on k le remonter pour un bon mois, après la secousse que la mort de Cousin lui avait donnée, mais ce n'a été qu'un éclair. La triste fin d'Appert est malheureusement venue, et il n'est pas assez bien trempé pour supporter ces sortes d'événements.
Votre tout dévoué.
COUHMONT.]
158 PltOSPEH MÉRIMÉE
26 mai [1867 «].
J'ai été bien fâché de vous avoir manqué l'autre jour. Je suis rentré cinq minutes après que vous étiez parti.
L'autre jour je suis allé à Notre-Dame, où vous n'étiez pas. Le seul moyen de nous rencontrer serait de dîner ensemble. Je n'ose encore aller dîner en ville, et je vous prierai de vouloir bien m'excuser à la réunion de vendredi ; mais si vous aviez la chose de me prévenir un matin de votre venue, je tiendrais une côtelette pour vous, à 6 ou 7 heures, selon votre goût.
Je suis arrivé, il y a quelques jours^, à peu près désemphysémé et infiniment mieux que je n'étais en quittant, grâce à des bains d'air comprimé que j'ai pris à Montpellier^, et je suis assez bien, malgré les orages et le mauvais sang que les ratichons m'ont fait faire toute la semaine passée*. Quelle canaille ! et qu'ils seraient dangereux s'ils n'étaient pas si bêtes, si ignorants et si étourdis!
Adieu, mon cher ami, à bientôt j'espère.
P. Mérimée.
3 octobre 1868.
Mon cher Ami,
Je suis désolé de vous avoir manqué de parole. J'ai été toute la journée en courses, et je ne suis rentré
chez moi que si tard et si fatigué que je n'ai eu ni la force d'aller à Notre-Dame, ni même celle de vous écrire. J'ai passé toute ma soirée à ne pas respirer. Je pars aujourd'hui pour Montpellier*, dont j'ai diablement besoin.
Adieu, portez-vous bien et ménagez-vous, tout
d'acier que vous soyez. ,
Cannes, 8 décembre 1868.
Mon cher Ami,
Merci des bonnes nouvelles que vous me donnez de Compiègne^.
Veuillez mettre mes respectueux hommages aux pieds de notre aimable souveraine.
Je pense bien souvent au bon temps où nous étions forts, je veux dire où J'étais fort, car vous escaladez le Mont-Blanc, et vous êtes fabriqué en acier fondu. Pour moi, je m'en vais, ou je m'en vas^, tout doucettement, mais de la façon la plus maussade. Les bains d'air comprimé ont fait complètement disparaître l'emphysème de mes poumons. Seulement j'ai une bronchite dont rien ne peut me délivrer. Il y a deux mois que je tousse. Je ne dors guère. Je vois tous les jours le soleil se lever sur les îles; je veux dire quand il se lève, car nous avons en général un temps gris, presque digne de Paris.
On m'a fort martyrisé et, entre autres cruautés, on
m'a frotté le dos avec de la teinture d'iode, à la suite de quoi toute la peau est partie d'une seule pièce comme une charte carlovingienne. J'ai de temps à autre un peu de répit. Puis on ouvre une porte, ou je fais quelques pas hors de chez moi, alors je me réenrhume et je suis plus mal qu'auparavant
Je m'aperçois que ma vue s'en va et je me demande ce que je deviendrai quand je ne pourrai plus lire ni écrire. Pourquoi ne meurt-on pas tout à la fois, au lieu de s'en aller petit à petit'? Enfin, il paraît que c'est un règlement qu'on ne peut amender, et il faut en prendre son parti. Je ne me résigne pas facilement à la bêtise croissante de ce temps. Les conférences du Pré-aux-Clercs*, la souscription Baudin^, le procès des empoisonneurs de Marseille me désolent*. Trop bête! Trop bête! comme nous disions sans cesse en 1848. Que faire d'un pays où l'on discute pendant trois mois s'il faut supprimer le capital? Où l'on fait un cierge à la bonne mère pour que la justice ne découvre pas l'arsenic qu'on donne à son mari. Où un des avocats les plus éminents, carliste patenté en outre, souscrit pour faire une statue à un goujat à qui personne n'aurait voulu parler? Or, on veut donner à toute cette fripouille des institutions qui conviendraient à des gens de bon sens et d'esprit.
Les Anglais ont manqué cette année à Cannes et les olives aussi; c'est pourquoi la désolation est grande. Les élections d'une part et la petite vérole de
l'autre y sont pour quelque chose, mais la grande raison, je crois, est que les perfides insulaires s'ennuient d'être écorchés par les maîtres d'hAtel. Quant à la petite vérole, ce n'a pas été grand'chose S et je ne sais que M"*" Courmont qui ait été malade. Courmont n'a rien eu qu'une courbature à la suite de son métier très fatigant de garde-malade. Je ne sais pas si elle sera marquée. Le docteur Maure ^ espère que non.
Panizzi'^ est avec nous, fort pris par les jambes, mais sensiblement mieux qu'il n'était à Londres il y a quelques mois.
Nous avons un temps doux, couvert et ennuyeux. On regrette le mistral et le beau ciel bleu (ju'il amène.
Vous ne reconnaîtriez pas Cannes à présent. On a bâti de tous les côtés, toujours, bien entendu, en dépit du climat et du sens commun. On fait des égouts, on a du gaz, on a de l'eau de la Siagne, malgré les ponts et chaussées qui ont fait le canal à ciel ouvert sur des pentes abruptes. Toutes les fois qu'il pleut, la berge A s'en va dans la vallée et l'eau avec. La compagnie n'a plus d'argent, mais pas mal de procès. On espère que, lorqu'elle sera ruinée, il en viendra une autre qui fera mieux les choses. La morale est qu'il est fâcheux que les in- ' génieurs civils forment un corps où les imbéciles sont protégés par les intelligents.
Lettres de Mérimée H
162 PKOSPER MÉRIMÉK
Adieu, mon cher ami, portez-vous bien. Quand je
serai à Paris, si j'y reviens, j'aurai une bouteille de
diablement bon vin à vous faire boire, qui vous fera
peut-être goûter une petite drôlerie que je vous lirai ' .
Cannes, 28 décembre 1868.
Mon cher Ami,
Un mot à la hâte. La Saussaie m'écrit de Lyon pour me demander si vous voudriez de l'héritage, (académique seulement) du duc de Luynes^, Il croit que vous auriez de très grandes chances.
Je lui réponds que je vous communique sa proposition, mais que je crois que vous pourriez avoir un fauteuil non libre, lorsque l'Académie des Inscriptions trouvera qu'elle a assez de pions de collège dans son sein. Réfléchissez cependant.
Je suis toujours dolent, malgré un temps magnifique. J'étouffe les matins et les soirs; le jour je vais tellement quellement.
Mille amitiés. *
P. Mérimée.
Cannes, 2 janvier 1869.
Mon cher Ami,
Bonne année, etc. Elle commence assez mal pour moi"^. Mon catarrhe ne guérit pas; cependant je ne
puis me plaindre du temps, ni m'accuser d'imprudence. Je souffre beaucoup. Le jour j'en prends encore mon parti. Mais la nuit je n'ai plus de fermeté philosophique. Il y a des maladies aiguës qui vous laissent de l'énergie morale. Ces diables d'affections des voies respiratoires vous avilissent leur homme. Autant vaudrait-il dire à quelqu'un qui se noie de prendre patience et de songer à conserver le calme convenable à un homme bien élevé. Ce qui est aussi fort embêtant, c'est que je n'ai pu encore découvrir ce qui me fait du mal et ce qui me fait du bien. Croyez que l'air d'ici est fort bon et le temps depuis quelques jours est vraiment admirable. Nous n'avons pas eu encore de froid. 11 y a dans les champs des feuilles de vigne nouvelles. Les anémones sont d'un mois en avance. Enfin, je n'ai pas le moindre droit d'accuser la providence, excepté pour ne m'avoir pas fait des poumons cuirassés.
Quelle sotte facétie que cette apoplexie de Nieuwerkerke', et quelle canaille que les journalistes! Ne trouvez-vous pas dur d'être gouverné par ce monde-là?
Avez-vous eu la curiosité d'aller entendre les conférences du Pré-aux-Clercs? On dit qu'on n'a jamais été plus bête en 1848. Je serais curieux de savoir l'effet que cela produit sur les bourgeois de Paris. Quelles sortes de gens vont là? Prend-on la chose comme une parade d'un genre nouveau? Il semble que le gouvernement a pris le parti de laisser faire,
164 PROSPEH MÉRIMÉE
et je crois qu'il a raison. C'est peut-être une soupape? Mais il en sort de bien puante vapeur!
Je ne sais pas trop quel est le cas de Courmont. Je soupçonne qu'il est tourmenté par des hémorroïdes, maladie que je lui connais depuis longtemps. On a eu, il y a une quinzaine de jours, la crainte d'une fistule qui aurait nécessité une opération. Il parait que le danger est passé. Il prend des bains de vapeur et s'en trouve mieux. De temps à autre, après une mauvaise nuit, il est un peu démoralisé, puis il reprend son aplomb. Je l'ai vu aujourd'hui et je l'ai trouvé bien au physique et au moral.
Edouard Fould ne jette pas non plus un très beau coton. Son affaire n'est pas bonne. Il souffre beaucoup par moments et je crains qu'il ne soit pas tout à fait quitte du bistouri. Il a perdu une esquille d'os il y a une huitaine de jours. Sera-ce la dernière? Il a un courage admirable.
Je suis fâché de ce que vous me dites de Sainte- Beuve. Je le croyais beaucoup mieux. Quel dommage qu'un si charmant esprit n'ait pas été logé dans un corps plus solide î Vous a-t-il parlé de l'Académie et de ce qu'on se propose d'y faire? Il y a, ce me semble, trois places à donner. J'ai reçu une lettre de P. Lacroix qui me recommande son frère. C'est un homme de talent et un bon garçon. Je voudrais bien qu'il fût agréé par MM. les burgraves qui nous gouvernent. Je pense que Théophile Gautier' a beaucoup de chances, s'il ne fait pas peur à nos grands hommes avec sa barbe et son odeur de cigare.
Adieu, mon cher ami, j'espère que vous êtes toujours fort comme un lion et que vous demeurerez
longtemps teP.
Cannes, 12 janvier 1869.
Mon cher Ami,
Un mot à la hâte. Un artiste anglais, M. Lear, revient de Corse où il a fait beaucoup de croquis. 11 voudrait publier son voyage avec des illustrations. Il croit qu'on taillera ses bois à Paris mieux qu'à Londres et à meilleur marché. Mais il faudra qu'on transporte ses dessins sur le bois et en quelque sorte qu'on les traduise, car ils sont faits au pinceau et à la plume, avec les fioritures anglaises. Vous qui êtes en rapport avec tous les graveurs sur bois, aurlezvous la bonté de me dire ce que coûteraient cinquante bois excellents, assez grands pour tenir une page d'un grand in-8° anglais? M. Barthélémy Saint-Hilaire, qui part pour Paris ce soir, enverra chez vous quatre bois spécimens qui vous donneront la grandeur des gravures et vous montreront la manière du peintre. Veuillez encore me dire combien de temps il faudrait pour exécuter ces cinquante gravures.
Je suis toujours dans le même état. Peut-être un peu mieux, mais bien tourmenté. M"® Lagden est fort malade^: elle a une fièvre qui menaçait d'être typhoïde, mais, qui, je l'espère, n'est pas si sérieuse. Vous pouvez juger cependant que moi, qui suis très
166 PHOSFEU MÉRIMÉE
incapable de me soigner moi-même, je me trouve fort embarrassé pour être garde-malade. Je vois toujours les choses en noir et je ne puis me faire la contenance convenable qu'avec un cfîort que je paye plus tard.
La princesse M...' a eu la bonté de m'écrire. Elle m'a dit quelque chose de ses griefs contre Sainte- Beuve. Je n'approuve pas qu'il ait porté ses articles au Temps'', parce qu'il aurait trouvé des journaux meilleurs, s'il avait voulu; mais ce qui me paraît inconcevable, c'est que les gens qui ont fait cette révolution du Moniteur n'aient pas songea retenir par un traité un homme qui leur était si utile. 11 eût été poli et convenable au moins de lui foire la proposition. Or, ni M. Rouher, ni M. Pinard, ni personne ne lui ont dit un mot.
Si j'étais plus homme de lettres que je ne suis, je pourrais m'étonner aussi qu'on ne m'ait pas prié de continuer une collaboration qui consistait en un article par an. Je m'en suis vengé en donnant une tartine à M. Dalloz sur les mémoires de Pepys^. Comme tout le monde lutte de bons procédés, Dalloz ne m'a pas envoyé le numéro de son journal.
J'oubliais de vous prier de vouloir bien renvoyer les bois qu'on mettra chez vous, chez M. Saint-Hilaire, 29 bis, rue d'Astorg. Il sera une huitaine de jours à Paris, pas davantage.
Adieu, mon cher ami, portez-vous bien et rappelez-moi au souvenir de nos amis.
Cannes, 21 janvier 1869'.
Mon cher Ami,
Merci de votre bonne lettre. Je trouve comme vous qu'on a été léger et impoli à l'égard de Sainte-Beuve ; c'est la faconde ces messieurs, bien que leur maître soit l'homme le plus poli de l'Empire; mais il n'a pas fait d'élèves. Par exemple, un M. Norbert Billart me nomme ou me fait nommer d'une commission pour examiner les articles de philosophie, science et littérature à insérer dans le journal officiel. Il ne prend pas la peine de me demander si cela me convient; mais il m'écrit que j'ai été nommé il y a dix jours (ce que j'ignorais) et que, le 17, il y a séance, et il m'écrit ici le 16.
Je lui ai répondu très poliment en le priant de s'adresser à d'autres. Je ne suis pas susceptible et cela ne m'empêchera pas de vouloir du bien à M. Rouher; mais où prennent-ils leurs agents? Et quelle drôle de chose qu'un directeur de journaux officiels qu'on prend probablement parce qu'il a du génie, et qui ne peut apprécier sans une commission un article de philosophie ou de littérature ! Le fait est qu'il y a force gens qui aiment les titres et les appointements, mais bien peu veulent faire la besogne. Cela me rappelle un citoyen sculptier qu'on avait mis au ministère des Beaux-Arts en 1848, et qui voulait avoir un secrétaire parce qu'il ne savait pas écrire.
Mes inquiétudes, qui ont été grandes la semaine passée, car je croyais la pauvre malade perdue-, ont
presque disparu depuis deux jours. La fièvre a cessé et tous les symptômes sont favorables. Elle a mangé un peu et dans quelques jours j'espère qu'elle pourra se lever. F^c docteur Maure et un autre médecin, ami de Robin, qui la soigne, m'assurent qu'il n'y a plus de danger et que la convalescence a commencé. Tout ce tracas n'a pas été sans me secouer fortement'; j'ai passé quelques mauvaises nuits, et pardessus le marché j'ai attrapé un gros rhume. Pour moi c'est une maladie, mais je la trouve légère au prix de l'inquiétude que j'avais.
Je vous remercie des renseignements que vous me donnez sur les bois. Je n'ai pas revu le peintre anglais. Il a, je le crains, une un peu trop bonne opinion de ses ouvrages et tient trop à ce qu'on les grave exactement. Il y a dans tout ce qu'il fait beaucoup de chic qu'il est impossible de conserver, mais comme il traite la nature assez cavalièrement, il ne devrait pas exiger que ses graveurs fissent du facsimilé. Il a, entre autres, des idées que je crois très peu fondées sur l'acuité des montagnes. Je me rappelle que, dans le Tyrol, vous m'avez appris à les voir moins pointues.
J'ai eu la visite de Denuelle, qui est venu passer quelques jours à Nice. Je regrette de n'être pas en état de le promener un peu.
Nous avons depuis quelques jours un temps magnifique et des couchers de soleil merveilleux ; mais j'ai perdu cette année mon enthousiasme pittoresque
et je suis d'ailleurs trop patraque pour me hasarder à regarder la nature face à face. Ce n'est plus qu'en été que je puis l'admirer.
Adieu, mon cher ami, rappelez-moi au souvenir de nos amis, portez-vous bien et donnez-moi quel- (juefois de vos nouvelles, entre un livre et une cathédrale.
Courmont et Ed. Fould vont bien*.
P. Mérimék.
Cannes, 11 avril 1869.
Mon cher Ami,
Merci de votre bonne lettre. .le n'ai pas besoin d'exhortations pour revenir à Paris. .l'y ai des devoirs et des inclinations. Vous savez sans doute la mort de mon cousin Léonor^. J'ai déplus trois élections à l'Académie''. Mais la grande affaire, c'est la force matérielle.
Depuis une huitaine de jours, je sors avec un pliant et, moyennant que je m'assieds tous les cinquante pas, je ne marche pas trop mal. J'espère être assez robuste vers le 25 de ce mois pour me mettre en route. C'est extraordinaire comme huit jours de fièvre m'ont abattu. J'étais passé à l'état de squelette. Je commence à me remplumer, mais il me semble toujours (pie mes genoux ont deux jointures.
Je suis bien fâché d'apprendre la façon dont on
désorganise notre commission' et tout ce service qui, du temps de M. Fouid, allait si bien. Je crois comme vous qu'on graisse les bottes d'un vilain et qu'on ne tirera guère de profit de tant de gaspillage. Vous devriez parler un peu au Maître dans l'occasion, et à Pierrefonds vous aurez toute facilité de dire : « A propos de monuments... »
Vous avez raison, je crois, de voir l'avenir en noir. Il est noir partout, et je ne sais pas si nous sommes dans la pire situation, comparés au reste de l'Europe. Je ne parle pas de l'Espagne, bien entendu. Ce qui me frappe et m'afflige surtout, c'est la disette d'hommes. Prenez toute l'opposition, à commencer par M. Thiers; y trouvez-vous un homme d'Etat ou même un ministre? Il en est de même partout en Europe. M. de Bismarck et M. de Beust sont bons pour des Allemands et peut-être ne vaudr.Tient-ils pas grand'chose ailleurs. 11 est évident qu'une grande révolution se brasse*. Elle éclatera un de ces jours et probablement prendra tout le monde par surprise, bien qu'on ait conscience de son appreche; mais chacun espère qu'elle tardera assez pour qu'on lui échappe. A vous dire vrai, je n'en devine nullement le caractère. Toutes les révolutions dont j'ai été témoin, ou dont j'ai lu l'histoire, ont vengé des méfaits passés, ont fait cesser des situations anti-naturelles. Aujourd'hui, je ne vois ni méfaits à venger, ni changement social à opérer qui ne soit en contradiction directe avec la nature humaine. Changer le droit de pro-
LETTRES A VIOLLET-LE-DUC 17l
priété ne me parait pas chose plus facile que changer la place du foie ou de la rate. Il est impossible d'arriver à l'égalité que rêvent les disciples de Louis Blanc, bien que, grâce aux progrès de la civilisation, il y ait une tendance à niveler les intelligences. *I1 n'y a plus d'Homère, mais, dans un temps donné, tout le monde saura lire et écrire. C'est là ce qu'on appelle le progrès.
Ce que je voudrais bien savoir, c'est l'impression produite sur nos ouvriers par les discours qui se tiennent dans les réunions publiques. On espère que les bourgeois seront effrayés et se serreront autour du gouvernement. Je n'en crois rien. La peur ne fait jamais rien faire de sensé.
Adieu, mon cher ami, je serai le 29 à l'Académie,
à moins que je sois hors d'état de partir. Le temps
est admirable et j'en attends au moins autant d'effet
que de l'arsenic dont je me nourris.
Mille amitiés*.
P. Mérimée.
Cannes, 23 avril 1869 2.
Mon cher Ami,
Merci de votre lettre. Je trouve que vous voyez les choses un peu en noir. Je crois que le gris est la teinte la plus vraie.
Il me parait certain que la masse des souffrances a diminué, ainsi que celle des iniquités et des injustices.
172 HROSPER MÉRIMÉE
Restent les sottises; cela est considérable sans doute, mais pourtant pas assez à mon avis pour amener une catastrophe, d'autant plus que le nombre de ceux qui voient les sottises et s'en indignent n'est pas si grand. D'un autre côté, il est impossible de ne pas regretter qu'on préfère souvent les fiocchi^ aux améliorations sérieuses.
Je crois que ce que les Français aiment par-dessus tout, c'est moins la liberté qu'une bonne administration. Des préfets intelligents et polis feraient aimer le gouvernement, et, en y mettant des formes, obtiendraient beaucoup de leurs départements. Malheureusement, il y en a un grand nombre qui ne visent qu'à paraître tout-puissants. On se moque d'eux et ils sont en fait sans autorité. J'ai quelque espoir que le ministre de l'Intérieur actuel- montrera plus de tact que ses prédécesseurs. Mais le laissera-t-on faire?
Je reviens à Paris'^ et m'embarque le 25 de ce mois. Je ne suis pas encore très bien^. Je ne suis pas guéri de ma vieille bronchite et je suis toujours bien faible. Si je n'avais pas ma pauvre cousine à voir^, je serais resté ici jusqu'à la fin de mai. Il y a ici un véritable printemps. La chaleur est modérée; il y a toujours un venticello très agréable pour tempérer le soleil. La végétation est admirable. On voit les feuilles et les fleurs se développer avec une rapidité inconnue dans le Nord.
J'ai eu, avant-hier, la visite du prince Napoléon*',
qui m'a paru maigri, mais parfaitement rétabli. 11 a été aussi gracieux et aimable que possible. Il va croiser dans l'Adriatique et voir les côtes de l'Illyrie, que personne ne visite. J'ai essayé de le mettre sur la politique, mais il n'a pas rendu. Il venait de Grasse, où il était allé voir les tableaux de Fragonard qu'il m'a paru apprécier médiocrement.
Est-il vrai, comme on me l'écrit de Paris, qu'on donnera le prix de 100,000 francs à l'auteur de l'Opéra? Quelque habitude qu'ait l'Académie de se moquer du inonde, je doute qu'elle ait le courage de couronner un ouvrage que tout le monde a si justement critiqué. On peut bien déclarer grand homme l'auteur d'un livre que personne n'a lu, mais l'auteur d'une abomination qui fait lever les épaules à tous les passants ! S'il fallait trouver un moyen de décerner ce prix, je proposerais de laisser toute liberté au ministre. La responsabilité le rendrait prudent et probablement juste. Au moins y aurait-il cet avantage qu'on saurait à qui s'en prendre.
Adieu, mon cher ami, à bientôt, j'espère. Si je deviens un peu moins patraque, il faut que vous me montriez Pierrefonds que je n'ai pas vu depuis tantôt deux ans.
Courmont va bien et fait ses préparatifs pour être
à Paris dans le milieu du mois prochain.
Tout à vous.
174 PHOSPEU MÉIUMÉK
2 août 1869.
Mon cher Ami,
Je viens de passer un mois à Saint-CIoud'. I^a villégiature m'avait d'abord assez bien réussi; puis je reviens tout dolent et respirant aussi mal que jamais.
J'ai trouvé ici un téléiconoscope que m'a envoyé M. Révoil'^, à qui j'avais dit de m'inscrire parmi ses premiers souscripteurs. Il ne me dit pas la façon de s'en servir. J'espère que vous voudrez bien me donner une leçon lorsque vous passerez par mon quartier.
M. Révoil ne m'a pas dit ce que je lui devais, ni où envoyer le prix de son instrument. Il y manque un pied. Où en trouverai-je un?
M™" Fresnel se désespère de ne pas vous voir. Elle a des réparations à faire faire, notamment au pavage de sa porte et de sa cour. Vous pourriez peutêtre lui envoyer un de vos jeunes aides de camp.
Mille amitiés.
Paris, 6 septembre 1869.
Mon cher Ami,
J'ai répondu à S. M. 3 que j'étais bien touché de son offre, mais en vérité il y aurait de l'indiscrétion à moi de l'accepter. Je ne suis plus bon à rien. Je n'ai jamais la certitude d'un bon jour. Un rien me rend malade.
Il faut faire comme les animaux qui se cachent quand ils sont sur leurs fins^.
La nuit passée, j'ai éprouvé un accès d'oppression
des plus pénibles. Ce matin, je suis tolérablement.
C'est vous dire que je reste ici et que, lorsque vous
ne saurez où dîner, vous me ferez bien plaisir de
venir. Le mieux serait de m'écrire un mot la veille
ou le matin pour ne pas risquer la fortune du pot,
qui est souvent pénible chez moi.
Mille amitiés.
P. Mérimée.
Cannes, 29 décembre 1869.
Mon cher Ami,
Merci de votre aimable et bon souvenir. Messieurs les Parisiens ne me gâtent pas.
Pour commencer par ma santé ', elle est pitoyable. Je soulFre toujours et rien ne me donne une heure de bon temps. A présent l'asthme ne me tourmente pas beaucoup. Il a été remplacé par des douleurs d'estomac et d'entrailles qui ne valent pas mieux. Ajoutez à cela un dégoût pour les aliments qui croît tous les jours et qu'il m'est impossible de vaincre. Je sors presque tous les jours, mais je ne peux pas aller loin. Au bout de (juelques pas, je suis tout essoufflé et obligé de m'asseoir. Le moindre froid me met à bas. Ne mangeant pas et ne faisant pas d'exercice, je dors très mal ; d'ailleurs, c'est la nuit surtout que je souffre le plus de ces douleurs abdominales. « Les nerfs », disent les médecins, c'est-à-dire : « c'est
au delà de notre science ». Bref, l'animal est vieux et fort éreinté. Il a fait son temps. Le diable, c'est d'écorcher la queue de l'anguille.
Nous avons en ici, il y a trois jours, pour ni'achever de peindre, un froid tel que depuis 1829 on n'en avait pas vu dans ce pays. Il a pris par surprise les plantes et les gens qui se croyaient en plein printemps. C'est quelque chose de vraiment triste que de voir partout des masses de plantes et de (leurs qu'on jette dans les jardins. H y a ici une grande plante appelée aralia papy ri fer a, qui a huit à dix pieds de haut, des feuilles dans le genre de celles du marronnier d'Inde, mais d'un mètre de large; les wigandia, autre plante magnifique : tout cela est réduit en bouillie puante. C'est quelque chose de très singulier, que je n'avais pas encore observé, que l'odeur d'une plante : c'est une odeur de putréfaction sui generis.
Cette putréfaction ressemble à celle de la société^. Je n'ai rien vu de plus dégoûtant que ce commencement de session. Nous ne pouvons comprendre les Byzantins disputant sur un iota souscrit, tandis que les Turcs étaient à leurs portes. Aujourd'hui, nous ne faisons pas autre chose.
La France, dit-on, veut se gouverner elle-même, mais personne ne veut prendre le gouvernail, et chacun est prêt à gêner de tous ses efforts celui qui s'offrira pour être pilote.
Je me demande souvent où nous allons? Et je n'ai
jamais pu avoir une idée de cette crise. Ou l'histoire ne sait ce qu'elle dit, ou le triomphe du populaire ne sera jamais qu'un accident transitoire. Il faudrait, pour qu'il en fût autrement, que la nature humaine change radicalement. Nous n'allons donc pas à une révolution sociale. Revenir au droit divin ou au despotisme me paraît également impossible. Reste à tourner dans un cercle et à passer tour à tour par le désordre et les saturnales démagogiques et par la dictature. Je n'aime ni l'un ni l'autre i.
On m'écrit de Paris toutes sortes de cancans sur le surintendant qu'on dit amoureux et très méchant pour notre amie de la rue de Courcelles. Je crois qu'il y a quelque anicroche de ce côté, sans qu'il soit besoin d'amour pour l'expliquer. Je suis fâché pour la pauvre princesse^, si bonne et si aimante, de toutes les sottises que la canaille littéraire débite sur son compte.
J'ai lu le roman de Flaubert^. Hélas! C'est un mathématicien qui se trompe et qui va de l'avant imperturbablement sans s'apercevoir que sa base est fausse. Il croit à son système, et c'est par attachement pour les règles de sa poétique qu'à chaque scène de son roman il se croit obligé de mettre un petit paysage de sa composition, aussi intéressant qu'une vue de Pantin, peut-être. Quand les romantiques font des règles, ils les font encore plus extravagantes que les classiques.
Adieu, mon cher ami, portez-vous b\en ; rappelezmoi à nos amis.
Letlret de Mérimée 13
178 FROSFEU MÉKIMÉE
Cannes, 26 janvier 1870'.
Mon cher Ami,
Pour commencer par ma santé^, elle est toujours aussi piètre. Je ne dors pas, j'étouffe souvent, je ne puis pas manger et je suis extrêmement faible. Le temps, qui est fort bien pour la vue, est très désagréable au toucher. Je veux dire qu'avec un soleil brillant il y a un vent des Alpes glacial. J'attends avec impatience les premiers jours de printemps. Il faut bien se cramponner toujours à quelque espérance.
On dit que notre nouveau ministre, je parle de celui des Beaux-Arts 3, a tous les talents et toutes les vertus. Si je suis bien informé, il commence par déranger les choses pour arranger les hommes. Il faudrait prendre des ministres misanthropes qui n'eussent pas d'amis. Ce serait une belle occasion, cependant, pour faire quelque chose de bien, si on avait des idées, ou une idée seulement, et si on savait vouloir. Je crois qu'un ministre qui oserait ferait en France de grandes choses. Oser vingt fois, et ne se tromper que dix-neuf, et on a réussi, et on sera un grand homme. Le nôtre a-t-il de l'audace? Ce n'est pas une vertu de ce temps-ci. Il n'y en a ni dans le gouvernement, ni dans l'opposition. Rochefort fait peur^ et il a lui-même une peur bleue du chassepot.
Que pense le bon peuple de cette affaire d'Auteuil •*. Y a-t-il eu jamais un homme plus malheureux en cousins que notre Empereur^? Ce sauvage qui, pen-
LETTRES A VIOLLKT-LE-UUC 179
dant dix-huit ans, n'a fait que hurler avec tous les ennemis du gouvernement, s'avise de tuer un soidisant homme de lettres, au moment où il aurait dû se laisser assassiner. Mais il était trop Corse pour être pris sans vert. Je crois à sa version et nullement à celle du manœuvre de Rochefort, mais les princes sont hors la loi pour le moment. C'est une triste affaire. Je regrette qu'il ne soit pas jugé par un jury d'épiciers. Une haute cour de justice passera toujours pour un tribunal corrompu aux yeux des Parisiens, un des peuples les plus bêtes que j'aie jamais connus.
J'ai écrit à la princesse M...' un mot de condoléance, mais je ne sais trop comment elle l'aura pris.
Je voudrais travailler, mais je n'en ai guère le moyen. D'une part, mes bouquins me manquent; de l'autre, je suis souvent trop souiï'rant pourécrire des drôleries. J'en ai commencé une^ cependant, que je finirai, j'espère, si j'ai de bons jours. J'ai lu beaucoup de toutes sortes de livres, entre autres V Education sentimentale de Flaubert. Je ne l'ai vu qu'une fois ou deux et il m'a plu. N'y a-t-il personne qui put lui donner un bon conseil et le tirer d'une vilaine ornière où il s'engage sans avoir l'air de s'en apercevoir?
Adieu, mon cher ami, quand vous aurez le loisir de me donner des nouvelles du monde, vous me ferez bien plaisir-^
180 PROSPEIl MÉRIMÉE
Cannes, 7 février 1870.
Mon cher Ami,
Merci de votre lettre, qui me montre ce qui se passe dans les coulisses. Je vois que les questions de personnes ^ passent, comme toujours, avant toutes les autres, et qu'avant de réformer un abus on s'empresse d'en faire un, afin d'être agréable à quelqu'un ou quelqu'une. Il me revient d'ailleurs de tous les côtés que le nouveau ministre a de l'esprit et le désir de bien faire. Je souhaite vivement qu'il /asse, dûtil même ne pas faire bien tout de suite. L'important est de sortir de l'ornière et d'essayer.
Je ne m'explique pas trop comment tournera l'exposition de cette année, administrée républicainement. Comment les 3,000 artistes qui ont envoyé leurs ouvrages au Salon s'entendront-ils pour les accrocher? Quelle est l'idée du ministre? Est-ce de montrer par l'exemple du gâchis populaire- ce qu'il y a de bon dans le despotisme? Pour moi, je regrette qu'on n'ait pas encore expérimenté mon système, qui est un pacha responsable. II en fait à sa tête, et s'il se trompe il est tellement vilipendé que le monde est satisfait et que la terreur du châtiment fait oublier le crime.
D'après ce que me dit Du Sommerard, le ministre désirerait étendre son empire-^ et y faire entrer les lettres. Malheureusement, je crois qu'il est un peu tard pour faire des changements d'attributions, quelque rationnels qu'ils puissent être. Il y a des occasions où tout est possible, mais il faut les saisir au vol.
Avez-vous entendu dire que le duc d'Aumale se présentât à l'Académie * pour un des fauteuils viicants? L'Académie a fait à peu près toutes les bêtises possibles et celle-ci ne me surprendrait pas beaucoup; mais le prince, qui a la réputation d'un homme d'esprit, se laisserait-il faire? A part la question politique, son bagage littéraire n'est pas bien gros, et, depuis que l'histoire de la maison de Condé se vend publiquement, je n'ai pas entendu dire qu'on la lise beaucoup.
On m'a montré un journal américain'^ où on parle du coup de pistolet d'Auteuil. Le Yankee, qui a la grande expérience de ces sortes d'affaires, très fréquentes dans son pays, comme vous savez, trouve que le prince n'a fait rien qui ne fût à faire, et ajoute : « Quelle confiance peut-on avoir dans un témoin qui, ayant des armes sur lui, a laissé tuer son camarade sans le défendre? » Il me semble que le Yankee ne raisonne pas trop mal.
Je suis toujours bien malade '^ Je puisa peine me traîner, et c'est une grosse affaire que d'aller à cent pas de chez moi. Etouffements continuels, pas de sommeil. Ajoutez à cela une saison exceptionnelle ; des pluies froides, de la neige, des vents glacés. Si je survis à cet hiver, je ne sais où je pourrai aller l'année prochaise. Enfin, sarà cio clie sarà^.
Adieu, mon cher ami, conservez votre bonne santé et rappelez-moi au souvenir de nos amis.
P. Mérimée.
182 PROSPEH MÉRIMÉE
Cannes, IH février 1870.
Mon cher Ami,
Merci de votre lettre. Vos impressions sont celles que me laisse la lecture des journaux. Comme en février 1848, je suis frappé de la bêtise du temps'. Je persiste à croire que jamais peuple ne fut plus impropre à se gouverner lui-même que le peuple français, mais je crois, comme vous, qu'il ne faut pas songer maintenant à lui retirer ce qu'on lui a donné un peu trop vite. Je me creuse la tête à deviner ce que produira le suffrage universel. Un mensonge évidemment, mais lequel?
A Rome, les électeurs étaient achetés le plus souvent, quelquefois intimidés. Aujourd'hui, aux Etats- Unis, il y a, paraît-il, une grande corruption, mais les habitudes du self governrnent sont telles dans ce pays, que toutes les fois que vient une question très sérieuse le vote est également sérieux. Il en était de même d'ailleurs à Rome, et Marins fut nommé consul tant que les Cimbres furent menaçants.
Ici, il paraît que déjà la corruption joue un assez grand rôle dans les élections. J'en sais plusieurs, entre autres celles du second fils de notre regretté ami M. Fould, qui ont été payées à beaux deniers comptants.
C'est peut-être un remède à un excès. Cependant, il y aura toujours en France certains grands centres où la corruption ne pourra pas s'exercer, mais où le bon sens non plus n'aura part. Ainsi, Paris me parait
condamné ad «lernum à envoyer des Rochefort. D'un autre cAté, dans les départements où il n'y a pas de grandes industries, je crois que le suffrage universel se portera presque toujours sur des gens intelligents et ayant, par leur fortune et leur position, leur place dans l'aristocratie. Cela promet un antagonisme éternel dans le Corps législatif. Ce qu'il y a de plus triste, c'est le peu de respect que la loi inspire en France. Ceux-là même qui sont chargés de la faire observer semblent douter d'eux-mêmes. On condamne Rochefort à six mois de prison', à la demande du gouvernement, dit-on. Il se trouve, je crois, fort heureux là, loin de ses amis qui auraient fini par le faire tuer.
En Angleterre, on n'a pas de ces ménagements. O'Donovan Rossa, le fenian qu'on a essayé de nommer député, est en prison, au régime de la prison, et passe son temps à défaire de vieux cordages. Je vois nos ministres se féliciter que dans la dernière émeute- il n'y ait pas eu de coups de fusil tirés par la troupe. Au fond, ils ne se soucient pas de pareille responsabilité. On a fait des barricades à quelques mètres d'une caserne d'où, en tirant cinq ou six coups de feu, on aurait chassé les émeutiers en un instant. On aurait tué peut-être un garçon épicier de grande espérance assistant en curieuj^ à la construction de la barricade. Mais ce qu'il faudrait démontrer atout le monde, c'est le danger qu'on court en désobéissant à la loi.
Je suis toujours bien patraque'. J'ai pu cependant faire quelques pas hier et aujourd'hui sur la plage sans trop grande fatigue. Xous avons depuis deux jours un peu de beau temps. Ce n'est plus que du soleil que j'attends un peu de soulagement.
Adieu, mon cher ami, santé, joie et prospérité.
Rappelez-moi au souvenir de nos amis.
' Cannes, 15 mars 1870.
Mon cher Ami,
Merci de votre bonne lettre; merci des articles que vous m'avez envoyés et que j'ai lus avec grand intérêt^. On me dit de tous côtés que le ministre est un homme d'esprit, mais qu'il ne sait rien de son affaire; qu'il est entre les mains des rédacteurs de la Gazette des Beaux-Arts; mais que, si on lui donne de bonnes raisons, il les comprendra et agira en conséquence.
Pendant que vous écriviez dans le Centre gauche, je faisais mentalement des interpellations au ministre dans le même sens. Si jamais je reviens à Paris, et si j'y ai un peu de santé, je donnerai peut-être suite à ce projet. Je voudrais lui olîrir à boire et à manger, je veux dire lui faire des compliments et des critiques, le plus courtoisement du monde, bien entendu. Dites-moi votre avis sur ce point.
On a changé de système. La responsabilité niinis-
térielle est à l'ordre du jour'. Pourquoi, depuis lors, les ministres ne font-ils autre chose que s'enlourfr de commissions i/vc.v/^o/j.sY/^/e.v, qui les débarrassent de leur responsabilité et tic leur initiative? Pour moi, j'estime qu'un ministre doué de bon sens, et qui consulte toutes les personnes compétentes, qui écoute toutes les coteries, mais sous toutes réserves, surtout qui tient compte de l'opinion, j'estime, dis-je, que ce ministre fera mieux que toutes les commissions possibles.
Vous proposez, avec raison, je pense, de substituer l'exposition annuelle au concours de Rome*. Ne croyez-vous pas qu'à la fin de l'exposition le ministre a tous les éléments nécessaires pour prononcer un bon jugement et pour décerner lui-même les récompenses, parmi lesquelles pourrait être l'envoi de pensionnaires à Rome ou ailleurs.' Observez qu'en ce qui concerne les commandes d'ouvrages d'art et les encouragements, il n'y a pas de jurys et (|uc le choix des artistes est laissé à la discrétion du ministre. Serait-il bien regrettable <}u'il usât de la même discrétion pour les prix de Rome? Quand le pouvoir est accompagné d'une grande responsabilité, il est impossible d'en abuser, et je crois qu'il n'y aurait pas plus d'injustices commises par un ministre seul que par un jury sans vergogne, parce qu'il juge en secret.
11 me semble encore qu'en matière d'art il arrive toujours qu'un jury, même honnête [rara avis), tient
pins de compte aux concurrents de l'absence de défauts que de qualités saillantes. On tombe facilement d'accord sur les défauts réels ; mais ce qui est qualité pour l'un est un défaut pour l'autre. M. Ingres ne tiendra pas compte à Rubens de sa couleur ; Jordaens ne fera pas attention au dessin de Raphaël. Or, en matière d'art, l'appréciation des qualités doit passer avant celle des défauts. On peut être un grand artiste lorsqu'on a certaines qualités, malgré certains défauts. Si vous trouvez mon idée juste, je compte la développer.
Je suis toujours bien souffrant et souvent je doute que je puisse jamais revenir à Paris. A mes étouffements se joint une répugnance étrange pour la nourriture. On me dit de manger, sous peine de surexcitation nerveuse. Mais le moyen de manger quand non seulement on n'a pas d'appétit, mais encore lorsque le creur vous tourne à la première bouchée? Enfin, mon cher ami, mon cas est mauvais et s'empire*, je le crains.
Mille amitiés.
P. Mérimée.
('annes, 23 février 1870.
Mon cher Ami,
La princesse M. écrit à Du Sommerard que vous
pensiez à venir ici au commencement de mars. Du
Sommerard a évacué sa chambre hier. Elle est à vos
ordres quand vous voudrez. Ecrivez-moi seulement pour qu'on aille vous prendre à la gare.
Je suis toujours bien soulîrant, bien patraque, mais je serai heureux de passer quelques bons moments avec vous'.
Mille amitiés.
P. Mérimék.
Cannes, 10 avril 1870.
Mon cher Ami,
Je suis dans mon lit, repris de bronchite. On dit que ce n'est pas si mauvais que l'année dernière, et que j'en ai seulement pour trois ou quatre jours à rester dans mon lit. En attendant, je suis fort patraque et ennuyé.
J'ai lu votre dernier article* qui m'a paru excellent. J'ai à peu près terminé la petite tartine dont je vous ai parlé^; je l'ai montrée à Courmont qui approuve.
Voici le point sur lequel j'insiste particulièrement. Les jurys, de quelque façon qu'ils soient composés, ont une malheureuse tendance à n'apprécier un ouvrage que par les défauts qu'il n'a pas, et comment en serait-il autrement? Un certain nombre de jurés ne s'entendent jamais sur les qualités des concurrents, parce qu'ils ne sentent pas de la même manière, et que même ce qui parait une ({ualité à un juge sera un défaut pour un autre.
Or, c'est justement par les qualités qu On peut juger sainement d'un ouvrage d'art. Un artiste qui, à vingt-cinq ans, n'a pu arriver (|u'à une correction froide ne fera jamais rien qui vaille. Une qualité brillante, au contraire, rachètera beaucoup de défauts.
Supposez que Michel-Ange et Rubens entrent en loges pour le prix de Rome avec un peintre de troisième ordre, mais prudent, sage, honnêtement médiocre. Les dessinateurs v<>teront pour Michel-Ange, les coloristes pour Rubens, sans pouvoir s'accorder. Il y a grande apparence que leur concurrent, qui ne choquera personne, réunira la majorité. Où est le remède.*
Il me semble que vous l'avez trouvé en demandant (pi'après les expositions générales on décerne les prix. Mais qui cet on? Je propose que le ministre en décide.
Au fond, après chaque exposition, ne sait-on pas parfaitement qui s'est distingué? Pourquoi un ministre, qui a nécessairement de l'impartialité, qui de plus a une responsabilité réelle, qui est entouré de tous les conseils, ne jugerait-il pas en dernier ressort ?
Observez que ce pouvoir que je réclame pour lui il le possède pour des décisions bien autrement importantes. Il peut charger qui il voudra de bâtir un monument immense, de couvrir des milliers de mètres carrés de peintures ou de sculptures. Pour-
quoi n'enverrait-il pas à Rome, proprio motu, un artiste dont le mérite aurait été distingué?
Je ne comprends plus rien à la politique (ju'on fait à Paris. Je crains que le plébiscite ne tourne fort mal'. Le mieux qui puisse arriver c'est que la Constitution obtienne une majorité très inférieure à celle de l'Empire. Je ne réponds même pas que les non ne l'emportent. Tout cela me semble de la témérité. Qu'en dites-vous?
Je vois le gouvernement, de plus en plus désarmé, doubler les enjeux, comme un joueur qui se coule.
Adieu, mon cher ami, je suis trop mal à mon aise
dans mon lit pour vous en dire plus long. Vous ferez
œuvre de charité en me donnant des nouvelles.
P. Mkrimée.
Cannes, 24 avril 1870.
Mon cher Ami,
Je suis toujours dans mon lit, mais sans fièvre, extrêmement faible, ne toussant plus que deux ou trois fois par nuit. Mon médecin me dit que je vais de mieux en mieux, mais qu'il ne veut pas me risquer à l'air avant que la bronchite ne soit pleinement guérie. J'enrage en voyant de ma fenêtre un temps magnifique.
Vos matelas jetés dans la rue m'ont fait rire, quoique le sujet soit triste'-. La comparaison est excellente.
190 IMIOSFKU MÉUIMÉE
La trahison, comme on la pratiquait au xvi" siècle, exigeait une certaine force d'esprit qui n'est plus de notre temps. Nous valons mieux et moins que les hommes d'autrefois*. Tirer son épingle du jeu, c'est la grande afl'aire aujourd'hui.
Que pensez-vous de toutes ces grèves? Il me semble que l'argent manque aux meneurs et leur manquera d'autant plus qu'ils feront plus de tentatives mal combinées. On cherche ici à faire une grève parmi les maçons, mais cela ne prend guère, la plupart étant des Piémontais qui sont très heureux de gagner à Cannes trois ou quatre fois plus que dans leur pays.
J'ai broché une grande tartine que je vous montrerai. J'engage le ministre à se délivrer des commissions et à décider lui-même après avoir consulté tout le monde. Les réformes que je propose sont : 1" la suppression des prix de Rome et de l'Académie de France qui ne sert, comme vous l'avez fort bien démontré, qu'à entretenir une camaraderie peu avantageuse au progrès. — 2" Après les expositions annuelles le ministre accorderait des pensions temporaires à de jeunes artistes qui se seraient distingués et qui réuniraient certaines conditions. On les engagerait à voyager, sans exiger d'eux autre chose que d'instruire l'administration de leurs mouvements. On leur assurerait pendant trois ou quatre ans la vie matérielle. Puis ce serait à eux à prouver par leurs ouvrages qu'ils ont du talent et qu'ils sont
dignes d'être employés. — 3" Suppression de toutes les copies et petites commandes, espèces d'aumônes déguisées, en retour desquelles on exige des ouvrages détestables, qui, placés dans des mairies et des musées de province, font dire à tous les apprentis cordonniers : E anche io sarô pittore^ . Au lieu de ces commandes, qu'on donne de l'argent, et que les inspecteurs des Beaux-Arts aillent voir de temps en temps si on travaille.
Voici une visite qui m 'arrive.
Adieu, mon cher ami, portez-vous bien et rappelez-moi au souvenir de nos amis.
Cannes, 17 mai 1870.
Mon cher Ami,
Nouvelle rechute au moment où j'allais me mettre en route. Me voici couvert de vésicatoires, condamné à la retraite la plus absolue, dont je prendrais bien mon parti si je ne souffrais cruellement. Ce qui me fait le plus de mal c'est la privation de sommeil. Je ne peux pas accuser le temps de mes maux. Nous avons plus de 25 degrés et un temps admirable. Enfin, que voulez-vous, l'animal est vieux et a fait son temps.
J'ai fini mon speech'^-, mais pourrai-je le prononcer? Si je ne puis être à Paris avant la fin de la session, j'en ferai un article pour la Revue.
192 PUUSFEH MÉRIMÉE
Adieu, mon cher ami, j'ai toutes les peines du monde à écrire et mes vésicatoires m'agacent horriblement. Je voulais seulement vous remercier de votre lettre et de vos derniers articles.
Tout à vous.
P. Mérimée.
Paris, 2 juin 18701.
Je suis arrivé hier matin en assez mauvais état de conservation. Je ne puis sortir et je suis toujours très souffrant. Lorsque vous passerez dans mon quartier, vous ferez œuvre de charité en venant me voir.
J'ai reçu ce matin votre lettre et votre article^. Je trouve comme vous que les choses vont à la diable. Les hommes manquent et les idées aussi.
Adieu, mon cher ami, vous êtes bien heureux de
pouvoir vous absorber en travaillant.
Mille amitiés.
P. Mérimék.
[Extrait d'une lettre de Viollet-le-Duc à sa femmes datée du 2k juin 1870^.]
... Mérimée est bien mal depuis son retour. Il y a quelques jours, nous avons cru qu'il ne passerait pas la journée. Il va un peu mieux en ce moment, mais cela ne peut aller loin...
[Autre extrait d'une lettre datée du i"^ juillet 1870^.]
... Mon pauvre ami Mérimée est bien mal et peut s'en aller d'un jour à l'autre. Les jambes enflentdepuis une huitaine, ce qui est mauvais signe. Il n'est pas couché et va un peu mieux, relativement, depuis trois jours. Mais il n'y a pas d'espoir de rétablissement. Il voit parfaitement son état et ne se fait pas d'illusions. Je le vois à peu près tous les jours...
[Autre extrait d'une lettre datée du 3 juillet 1870^.]
... .le laisse mon ami Mérimée sensiblement mieux depuis avant-hier soir; c'est un répit et j'espère encore le revoir à mon retour, à moins d'accidents. Cela jetait un sombre sur mon voyage de penser que je ne le retrouverais pas en rentrant. La vie n'étant qu'une question de plus ou de moins, l'affaire est de croire qu'on reverra encore au moins une fois ses amis en les quittant-^...
LeUret de Mérimée 13
Note de Mérimée
SUR LES ARMES DE LA FAMILLE TeBA ' (18.Vj)