‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 10 sur 71 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

avoir souvent causé avec lui, a repris et développé la même idée dans son livre Mérimée et ses amis :

« Au fond, Mérimée n'en pensait pas grand bien. Suivant lui, elle était contraire à l'esthétique du genre. Traitée légèrement, elle aurait dû aboutir à une surprise tragique. Du moment que le dénouement est une surprise gaie, il aurait fallu accentuer la terreur dans l'histoire elle-même. Voilà une recette à discuter pour ceux qui croient encore à la vertu des recettes en littérature. Dans l'espèce, le cas peut être proposé ainsi. Deux amants, enfermés dans une chambre d'hôtel où ils tremblent à chaque instant d'être surpris, voient filtrer sous la porte de la chambre voisine, où un voyageur anglais est couché, nn ruisseau de vin de Porto, qu'ils prennent pour un ruisseau de sang, et ils s'épouvantent jusqu'au moment où le quiproquo s'explique. Retournez l'hypothèse : ils prennent un ruisseau de sang pour un ruisseau de porto et s'en égaient jusqu'au moment où l'erreur est découverte. Dans le premier cas, c'est un homme gris qui a renversé sa bouteille, et, dans le second, il y a mort d'homme. J'essaie de me figurer ce qu'aurait été la Chambre bleue récrite en sens inverse, et je la trouve toujours médiocre*. »

Quoi qu'il pensât de cette nouvelle, Mérimée la jugea assez bonne pour l'Impératrice, à qui il envoya le manuscrit, accompagné d'une lettre datée du 30 octobre 1866. C'était un carnet de quarante-huit feuilles in-18 acheté à la papeterie Marquet, rue de la Bourse. Il portait en tête l'indication : Biarritz, septembre 1866. La nouvelle occupait les quarante-trois premiers feuillets, le reste étant laissé en blanc. Elle se terminait par ces

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