‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 31 sur 71 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

Mais, si l'Autre Inconnue a été en quelque manière l'inspiratrice du conte, c'est la première Inconnue qui a exercé son influence sur la rédaction même. Le 2 septembre 1868, à propos d'un séjour qu'il avait fait chez l'Impératrice, à Fontainebleau, Mérimée annonce à l'Inconnue qu'il vient d'achever une nouvelle, et il ajoute :

« Mais le plus étrange, c'est que j'avais à peine fini que j'ai commencé une autre nouvelle; la recrudescence de cette maladie de jeunesse m'alarme et ressemble beaucoup à une seconde enfance. Bien entendu, rien de cela n'est pour le public. Lorsque j'étais dans ce château, on lisait des romans modernes prodigieux, dont les auteurs m'étaient parfaitement inconnus. C'est pour imiter ces messieurs que cette dernière nouvelle est faite. La scène se passe en Lithuanie, pays qui vous est fort connu. On y parle le sanscrit presque pur. Une grande dame du pays étant à la chasse a eu le malheur d'être prise et emportée par un ours dépourvu de sensibilité, de quoi elle est restée folle; ce qui ne l'a pas empêchée de donner le jour à un garçon bien constitué qui grandit et devient charmant; seulement il a des humeurs noires et des bizarreries inexplicables. On le marie et, la première nuit de ses noces, il mange la femme toute crue. Vous qui connaissez les ficelles, puisque je vous les dévoile, vous devinez tout de suite le pourquoi. C'est que ce monsieur est le fils illégitime de cet ours mal élevé. Che invenzione prelibata! Veuillez m'en donner votre avis, je vous en prie. »

II y tient d'ailleurs beaucoup, car il répète dans le post-scriptum de la même lettre :

« Dites-moi très candidement votre avis sur l'invention de l'ours. »

Dans le courant de septembre, Mérimée lut la nouvelle à l'Inconnue. Il avait rédigé la scène de l'ours avec beau-

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