INTRODUCTION XXXIII
coup de tact et de discrétion, comme le prouve la lettre du mardi 29 septembre 1868 :
« Chère amie, l'important est que cette lecture ne vous ait pas fatiguée. Est-il possible que vous n'aj'ez pas tout de suite deviné combien cet ours était mal léché? Pendant que je lisais, je voyais bien sur votre visage que vous n'admettiez pas ma donnée. Il me faut donc subir la vôtre. Croyez-vous que le lecteur, moins timoré que vous, acceptera ce conte de bonne femme, du regard? Ainsi, c'est un simple regard de l'ours qui a rendu folle cette pauvre femme et qui a valu à monsieur son fils ses instincts sanguinaires? Il sera fait selon votre volonté. Je me suis toujours bien trouvé de vos conseils, mais, cette fois, vous abusez de la permission. »
Pour faire plaisir à l'Inconnue, Mérimée retouche donc la scène en question et atténue encore quelques détails. Le 16 novembre 1868, il écrit de Cannes à la même correspondante :
« J'ai fait, au milieu de mes insomnies, une copie soignée du Trouveur de miel, avec les changements que vous m'avez conseillés et qui paraissent l'avoir amélioré. Il demeure douteux que l'ours ait poussé ses attentats jusqu'au point de troubler une généalogie illustre. Cependant, les personnes intelligentes comme vous comprendront qu'il est arrivé un accident très grave. J'ai envoyé cette nouvelle édition à M. TourguéniefT pour la revision de la couleur locale dont je suis en peine. Le diable, c'est que ni lui ni moi n'avons pu trouver un Lithuanien qui sût sa langue et connût son pays. J'avais quelque envie d'envoyer cela à l'Impératrice pour sa fête; mais j'ai résisté à la tentation et j'ai bien fait. Dieu sait ce que l'ours serait devenu au milieu du monde qui est à Compiègne. »
Mérimée préférait sans doute lire la nouvelle lui-même
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