‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 38 sur 71 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

l'usage des jeunes filles. C'était une supercherie dédaigneuse et élégante qui devait séduire l'auteur vieilli du Théâtre de Clara Gazul.

Recueilli en 1873 avec les Dernières nouvelles, Lokis fut repris en feuilleton cinquante-quatre ans plus tard par un journal quotidien.

Le 23 février 1927, Y Œuvre publiait la note suivante, reproduite encore le lendemain :

« On sait que l'œuvre de Prosper Mérimée, le grand conteur de Carmen, de Colomba, de la Chronique du règne de Charles IX, vient de tomber dans le domaine public. Nous allons publier, à cette occasion, une nouvelle de Mérimée qui, pour être moins connue du grand public que les ouvrages cités plus haut, n'en est pas moins une des plus caractéristiques de son talent.

LOKIS

est une des nouvelles écrites par Prosper Mérimée peu de temps avant sa mort, en 1869, alors qu'il étudiait et traduisait Pouchkine, Gogol et Tourguéneff. On y discerne l'influence slave. Mais on y trouve surtout ce qui fait l'agrément de cet écrivain, son art sobre, sa précision, son ironie en demi-teinte. »

La publication commença le 25 février pour se terminer le 11 mars. Nous nous sommes adressé, à ce propos, à M. Léon Deffoux, l'érudit connu, rédacteur littéraire à V Œuvre. Il a bien voulu rédiger pour nous la note suivante :

« Le manuscrit du professeur Wittembach , Lokis, fut reproduit en feuilleton par V Œuvre sous le titre de Lokis,

INTRODUCTION XLl

« Le texte repris fut celui de la Bévue des Deux Mondes, livraison du 15 septembre 1869. On supprima la deuxième phrase de la note placée page 257 [Michaelium cum Lokide ambo [duo] ipsissimi) ; la première phrase de cette note [les deux font la paire : mot à mot Mic/ion [Michel) avec Lokis, tous les deux les mêmes) fut répétée dans le dernier feuilleton en renvoi à l'épigraphe — également répétée page 290 :

Miszka zu Lokiu Abu du tokiu

« On ne suivit pas l'orthographe de la Revue des Deux Mondes (instans, diamans, bruyans, etc.).

« Cette publication obtint un vif succès. Nous reçûmes de nombreuses demandes de réassortiment et plusieurs lettres nous parvinrent de Prague, nous priant d'indiquer le volume de Mérimée qui contient cette nouvelle.

« Léon Deffoux. »

Étudions maintenant l'histoire en elle-même. La couleur locale a des sources fort nettes : Mérimée l'a empruntée à MickicNvicz.

La Pologne était fort à la mode en France vers 1864; aucun autre pays ne lui disputait l'attention. Grâce à nos troupes, en effet, l'Italie avait déjà conquis son indépendance, et il ne restait guère en suspens que la question romaine, qui devait paraître assez mesquine aux esprits aventureux. La Pologne, au contraire, restait divisée aux mains de ses ennemis. En 1863 et en 1864, l'agitation fut grande dans toute la partie soumise à la Russie : ce fut la période de l'insurrection. De la Pologne, d'ailleurs, on ne séparait guère la Lithuanie : le 10 octobre 1861, à

Dernières Nouvelles. «'

XUI INTRODUCTION

Horodlo, sur la frontière commune des deux pays, une foule immense, composée de Polonais et de Lithuaniens, avait célébré l'anniversaire de leur longue union.

Les Polonais réfugiés en France ne permettaient pas à l'opinion publique d'oublier ce qui se passait là-bas. Et, parmi eux, il y avait un homme qui dépassait de beaucoup les autres par son génie poétique : c'était Mickiewiez. De 1840 à 1844, il professa un cours au Collège de France sur la littérature polonaise. Les revues lui consacrèrent des articles. Ses œuvres furent traduites en français, et l'un de ses traducteurs fut le prince Napoléon lui-même.

Un ouvrage important consacré à la littérature polonaise et publié en français parut à cette époque ; c'est la Pologne captive et ses trois poètes : Mickiewicz , Krasinski, Sloivaki*. L'ouvrage est anonyme, mais l'auteur est connu : c'est un certain Ghoiecki, réfugié polonais, qui, sous le pseudonyme de Charles Edmond, a signé plusieurs pièces en collaboration avec Adolphe d'Ennery.

Cet ouvrage, Mérimée l'a connu, puisqu'il le cite dans une note de Lokis. Mais il est loin d'avoir indiqué tout ce qu'il lui doit : en fait, c'est toute la couleur locale de la nouvelle.

Quoique littéraire, le livre de Charles Edmond se rattache nettement à l'agitation politique de l'époque et commémore les grands événements de 1831. Les premières phrases sont caractéristiques à ce sujet :

« Trente-trois ans se sont écoulés depuis les funestes

1. 1864. Leipzig, F. A. Brockhaus; Londres, Trubner and Gomp. ; Paris, chez tous les libraires.

Page 1