INTRODUCTION XLVII
De simples détails montrent que le conte allemand est présent à l'esprit de Mérimée. Il cherche des noms pour les deux auditeurs du professeur Wittembach , et il trouve Adélaïde et Théodore ; ce sont les noms de deux personnages importants du Majorât; Théodore est le prénom d'Hoffmann lui-même, qui parle à la première personne.
Mais l'atmosphère surtout est semblable. Nous sommes, ici et là, dans un château des provinces baltiques situé au milieu des forêts. Le propriétaire est un baron aux allures sauvages qui chasse le loup et l'ours. Une aventure de chasse — une femme emportée par un ours, un loup tué par un jeune homme — devient l'incident capital du récit. Dans l'un et l'autre château vit une femme étrange, folle peut-être ; et le baron a une épouse qui souffre de le voir si rude et si grossier. Enfin, pour servir de témoin aux événements, se trouve un personnage très différent du 'baron, ici un homme d'église, là un homme de loi, tous deux gens d'étude et de réflexion, un peu étonnés de se trouver en ce milieu farouche.
Entre le Majorât et Lokis, il n'y a pourtant aucune ressemblance si l'on envisage le sujet lui-même. Mais, à cet égard, il faut noter l'analogie entre Lokis et un autre conte d'Hoffmann, Mademoiselle de Scudéry, surtout si, dans la nouvelle de Mérimée, on s'en tient à l'explication du « regard », la seule qui reste dans la forme définitive.
Dans le conte des Phantasiestûcke, le très riche orfèvre Gardillac est victime d'une sorte de dédoublement de la personnalité qui le pousse, la nuit venue, à sortir de son hôtel pour aller assassiner, d'un coup de dague