‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 46 sur 71 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

L INTRODUCTION

plus, elle s'empare de lui par degrés. Quelqu'un, dans la conversation, a raconté qu'il avait bu du sang de cheval et voici la curiosité du comte allumée; le soir même, il rêve qu'il suce du sang et voilà l'impulsion installée chez lui; elle n'a pas encore d'objet; peut-être même, comm«; le dit le docteur, trouverait-elle un dérivatif si le comte avait une maîtresse ; mais la chasteté exaspère le désir impulsif qui s'assouvira finalement dans la gorge de l'épousée.

Ce crescendo d'une image morbide tendant peu à peu à se résoudre en acte, c'est la formule même de certains contes de Poe, du Démon de la perversité comme du Cœur révélateur.

Ainsi, dans Lokis, Mérimée a uni la couleur locale de Mickiewicz, l'atmosphère d'Hoffmann et la méthode d'Edgar Poe.

Est-pe à dire qu'il n'ait point fait œuvre originale?

D'abord, il n'a jamais copié personne. Il n'a point suivi Mickiewicz pas à pas, il a traité un sujet plus audacieux que celui d'Hoffmann, et il savait composer un conte avec des gradations savantes avant même que parût Edgar Poe.

Il a d'ailleurs su éviter les défauts de chacun de ses modèles. Il ne donne point dans les superstitions grossières de Nodier, il n'est point incohérent comme Hoffmann, ni tendu et fiévreux comme Edgar Poe.

Son originalité , c'est précisément d'avoir su unir ces influences en un tout harmonieux. Si l'on croyait à l'évolution des genres et que l'on voulût écrire l'histoire

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