Robe des paysannes, sans corsage
croyant saisir la roussalka pour lui donner un baiser, elle fait un bond, le frappe sur l'épaule, et il tombe à ses pieds comme mort... Mais le comte improvisa une variante, qui fut d'étreindre l'espiègle dans ses bras et de l'embrasser bel et bien. Mademoiselle Iwinska poussa un petit cri, rougit beaucoup et alla tomber sur un canapé d'un air boudeur, en se plaignant qu'il l'eût serrée, comme un ours qu'il était. Je vis que la comparaison ne plut pas au comte, car elle lui rappelait un malheur de famille; son front se rembrunit. Pour moi, je remerciai vivement mademoiselle Iwinska, et donnai des éloges à sa danse, qui me parut avoir un caractère tout antique, rappelant les danses sacrées des Grecs. Je fus interrompu par un domestique annonçant le général et la princesse Véliaminof. Mademoiselle Iwinska fit un bond du canapé à ses souliers, y enfonça à la hâte ses petits pieds et courut au-devant de la princesse, à qui elle fit coup sur coup deux profondes révérences. Je remarquai qu'à chacune elle relevait adroitement le quartier de son soulier. Le général amenait deux aides de camp, et, comme nous, venait demander la fortune du pot. Dans tout autre pays, je pense qu'une maîtresse de maison eût été un peu embarrassée de recevoir à la fois six hôtes inattendus et de bon appétit; mais telle est l'abondance et l'hospitalité des maisons lithuaniennes que le dîner ne fut pas retardé, je pense, de plus d'une demi-heure. Seulement il y avait trop de pâtés chauds et froids.
Le dîner fut fort gai. Le général nous donna des détails très intéressants sur les langues qui se parlent dans le Caucase, et dont les unes sont aryennes et les autres tourajiiennes, bien qu'entre les différentes peuplades il y ait une remarquable conformité de mœurs et de coutumes. Je fus obligé moi-même de parler de mes voyages, parce que le comte Szémioth m'ayant félicité sur la manière dont je montais à cheval, et ayant dit qu'il n'avait jamais rencontré de ministre ni de professeur qui pût fournir si lestement une traite telle que celle que nous venions de faire, je dus lui expliquer que, chargé parla Société biblique d'un travail sur la langue des Charmas, j'avais passé trois ans et demi dans la république de l'Uruguay, presque toujours à cheval et vivant dans les pampas, parmi les Indiens. C'est ainsi que je fus conduit à raconter qu'ayant été trois jours égaré dans ces plaines sans fin, n'ayant pas de vivres ni d'eau, j'avais été réduit à faire comme les i^auclios qui m'accompagnaient, c'est-à-dire à saigner mon cheval et à boire son sang.
Toutes les dames poussèrent un cri d'horreur. Le général remarqua que les Kalmouks en usaient de môme en de semblables extrémités. Le comte me demanda comment j'avais trouvé cette boisson.
— Moralement, répondis-je, elle me répugnait fort; mais physiquement je m'en trouvai fort bien,
et c'est à elle que je dois l'honneur de dîner ici aujourd'hui. Beaucoup d'Européens, je veux dire de blancs, qui ont longtemps vécu avec les Indiens, s'y habituent et même y prennent goût. Mon excellent ami, don Fructuoso Rivero, président de la république, perd rarement l'occasion de le satisfaire. Je me souviens qu'un jour, allant au congrès en grand uniforme, il passa devant un rancho où l'on saignait un poulain. Il s'arrêta, descendit de cheval pour demander un chapon, une sucée, après quoi il prononça un de ses plus éloquents discours.
— C'est un affreux monstre que votre président! s'écria mademoiselle Iwinska.
— Pardonnez-moi, chère Pani, luis dis-je, c'est un homme très distingué, d'un esprit supérieur. Il parle merveilleusement plusieurs langues indiennes fort difficiles, surtout le charrua, à cause des innombrables formes que prend le verbe, selon son régime direct ou indirect, et même selon les rapports sociaux existant entre les personnes qui le parlent.
J'allais donner quelques détails assez curieux sur le mécanisme du verbe charrua, mais le comte m'interrompit pour me demander où il fallait saigner les chevaux quand on voulait boire leur sang.
— Pour l'amour de Dieu, mon cher professeur, s'écria mademoiselle Iwinska avec un air de frayeur comique, ne le lui dites pas. Il est homme à tuer toute son écurie, et à nous manger nous-mêmes quand il n'aura plus de chevaux.
Sur cette saillie, les dames quittèrent la table en riant, pour aller préparer le thé et le café, tandis que nous fumerions. Au bout d'un quart d'heure, on envoya demander au salon M. le général. Nous voulions le suivre tous ; mais on nous dit que ces dames ne voulaient qu'un homme à la fois. Bientôt nous entendîmes au salon de grands éclats de rire et des battements de main. — Mademoiselle loulka fait des siennes, dit le comte. — On vint le demander luimême; nouveaux rires, nouveaux applaudissements. Ce fut mon tour après lui. Quand j'entrai dans le salon, toutes les figures avaient pris un semblant de gravité qui n'était pas de trop bon augure. Je m'attendais à quelque niche.
— Monsieur le professeur, me dit le général de son air le plus officiel, ces dames prétendent que nous avons fait trop d'accueil à leur Champagne, et ne veulent nous admettre auprès d'elles qu'après une épreuve. Il s'agit de s'en aller les yeux bandés du milieu du salon à cette muraille, et de la toucher du doigt. Vous voyez que la chose est simple, il suffit de marcher droit. Etes-vous en état d'observer la ligne droite?
— Je le pense. Monsieur le général.
Aussitôt mademoiselle Iwinska me jeta un mouchoir sur les yeux et le serra de toute sa force par derrière. — Vous êtes au milieu du salon, dit-elle, étendez la main. . . Bon ! Je parie que vous ne toucherez pas la muraille.
— En avant, marche! dit le général.
Il n'y avait que cinq ou six pas à faire. Je m'avançai fort lentement, persuadé que je rencontrerais quelque corde ou quelque tabouret, traîtreusement placé sur mon chemin pour me faire trébucher. J'entendais des rires étouffés qui augmentaient mon embarras . Enfin je me croyais tout à fait près du mur lorsque mon doigt, que j'étendais en avant, entra tout à coup dans quelque chose de froid et de visqueux. Je fis une grimace et un saut en arrière, qui fit éclater tous les assistants. J'arrachai mon bandeau, et j'aperçus près de moi mademoiselle Iwinska tenant un pot de miel ou j'avais fourré le doigt, croyant toucher la muraille. Ma consolation fut de voir les deux aides de camp passer par la même épreuve, et ne pas faire meilleure contenance que moi.
Pendant le reste de la soirée, mademoiselle Iwinska ne cessa de donner carrière à son humeur folâtre. Toujours moqueuse, toujours espiègle, elle prenait tantôt l'un, tantôt l'autre pour objet de ses plaisanteries. Je remarquai cependant qu'elle s'adressait le plus souvent au comte, qui, je dois le dire, ne se piquait jamais, et même semblait prendre plaisir à ses agaceries. Au contraire, quand elle s'attaquait à l'un des aides de camp, il fronçait le sourcil, et je voyais son œil briller de ce feu sombre qui en réalité avait quelque chose d'effrayant. « Folâtre comme une chatte et blanche comme la crème. » II me semblait
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qu'en écrivant ce vers Miçkiewicz avait voulu faire le portrait de lâ/janna Iwinska.
On se retira assez tard. Dans beaucoup de grandes maisons lithuaniennes, on voit une argenterie magnifique, de beaux meubles, des tapis de Perse précieux, et il n'y a pas, comme dans notre chère Allemagne, de bons lits de plume à ofFrir à un hôte fatigué. Riche ou pauvre, gentilhomme ou paysa'n, un Slave sait fort bien dormir sur une planche. Le château de Dowghielly ne faisait point exception à la règle générale. Dans la chambre où l'on nous conduisit, le comte et moi, il n'y avait que deux canapés recouverts en maroquin. Cela ne m'effrayait guère, car dans mes voyages j'avais couché souvent sur la terre nue, et je me moquai un peu des exclamations du comte sur le manque de civilisation de ses compatriotes. Un domestique vint nous tirer nos bottes et nous donna des robes de chambre et des pantoufles. Le comte, après avoir ôté son habit, se promena quelque temps en silence, puis, s'arrêtant devant le canapé où déjà je m'étais étendu : — Que pensez-vous, me dit-il, de loulka?
— Je la trouve charmante.
— Oui, mais si coquette!... Croyez-vous qu'elle ait du goût réellement pour ce petit capitaine blond ?
— L'aide de camp?... Comment pourrais-je le savoir?
— C'est un fat... donc il doit plaire aux femmes.
— Je nie la conclusion, Monsieur le comte. Voulez-vous que je vous dise la vérité? M''^ Iwinska pense beaucoup plus à plaire au comte Szémioth qu'à tous les aides de camp de l'armée.
Il rougit sans me répondre; mais il me sembla que mes paroles lui avaient fait un sensible plaisir. Il se promena encore quelque temps sans parler, puis, ayant regardé à sa montre : — Ma foi, dit-il, nous ferions bien de dormir, car il est tard.
Il prit son fusil et son couteau de chasse, qu'on avait déposés dans notre chambre, et les mit dans une armoire dont il retira la clef.
— Voulez-vous la garder? me dit-il en me la remettant à ma grande surprise, je pourrais l'oublier. Assurément vous avez plus de mémoire que moi.
— Le meilleur moyen de ne pas oublier vos armes, lui dis-je, serait de les mettre sur cette table près de votre sofa.
— Non... Tenez, à parler franchement, je n'aime pas à avoir des armes près de moi quand je dors... Et la raison, la voici. Quand j'étais aux hussards de Grodno, je couchais un jour dans une chambre avec un camarade, mes pistolets étaient sur une chaise auprès de moi. La nuit, je suis réveillé par une détonation. J'avais un pistolet à la main; j'avais fait feu, et la balle avait passé à deux pouces de la tête de mon camarade... Je ne me suis jamais rappelé le rêve que j'avais eu.
Cette anecdote me troubla un peu. J'étais bien as-
suré de ne pas avoir de balle dans la tête; mais, quand je considérais la taille élevée, la carrure herculéenne de mon compagnon, ses bras nerveux couverts d'un noir duvet, je ne pouvais m'empêcher de reconnaître qu'il était parfaitement en état de m'étrangler avec ses mains, s'il faisait un mauvais rêve. Toutefois je me gardai de lui montrer la moindre inquiétude ; seulement je plaçai une lumière sur une chaise auprès de mon canapé, et je me mis à lire le Catéchisme de Lawiçki, que j'avais apporté. Le comte me souhaita le bonsoir, s'étendit sur son sofa, s'y retourna cinq ou six fois; enfin, il parut s'assoupir, bien qu'il fût pelotonné comme l'amant d'Horace, qui, renfermé dans un coffre, touche sa tête de ses genoux repliés :
... Turpi clausus in arca, Conlractum genibus tangas caput...
De temps en temps il soupirait avec force, ou faisait entendre une sorte de râle nerveux que j'attribuais à l'étrange position qu'il avait prise pour dormir. Une heure peut-être se passa de la sorte. Je m'assoupissais moi-même. Je fermai mon livre, et je m'arrangeais de mon mieux sur ma couche, lorsqu'un ricanement étrange de mon voisin me fit tressaillir. Je regardai le comte. Il avait les yeux fermés, tout son corps frémissait, et de ses lèvres entr'ouvertes s'échappaient quelques mots à peine articulés.
— Bien fraîche!... bien blanche!... Le professeur ne sait ce qu'il dit... Le cheval ne vaut rien... Quel morceau friand ! . . . — Puis il se mit à mordre à belles dents le coussin où posait sa tête, et en même temps il poussa une sorte de rugissement si fort qu'il se réveilla.
Pour moi, je demeurai immobile sur mon canapé et fis semblant de dormir. Je l'observais pourtant. Il s'assit, se frotta les yeux, soupira tristement et demeura près d'une heure sans changer de posture, absorbé, comme il semblait, dans ses réflexions. J'étais cependant fort mal à mon aise, et je me promis intérieurement de ne jamais coucher à côté de M. le comte. A la longue, pourtant, la fatigue triompha de l'inquiétude, et lorsqu'on entra le matin dans notre chambre, nous dormions l'un et l'autre d'un profond sommeil.
Après le déjeuner, nous retournâmes à Médintiltas. Là, ayant trouvé le docteur Frœber seul, je lui dis que je croyais le comte malade, qu'il avait des rêves affreux, qu'il était peut-être somnambule, et qu'il pouvait être dangereux dans cet état.
— Je me suis aperçu de tout cela, me dit le médecin. Avec une organisation athlétique, il est nerveux comme une jolie femme. Peut-être tient-il cela de sa mère... Elle a été diablement méchante ce matin... Je ne crois pas beaucoup aux histoires de peurs et
d'envies de femmes grosses ; mais ce qui est certain, c'est que la comtesse est maniaque, et la manie est transmissible par le sang...
— Mais le comte, repris-je, est parfaitement raisonnable; il a l'esprit juste, il est instruit, beaucoup plus que je ne l'aurais cru, je vous l'avoue; il aime la lecture...
— D'accord, d'accord, mon cher monsieur, mais il est souvent bizarre. Il s'enferme quelquefois pendant plusieurs jours; souvent il rôde la nuit; il lit des livres incroyables..., de la métaphysique allemande..., de la physiologie, que sais-je! Hier encore, il lui en est arrivé un ballot de Leipzig. Faut-il parler net? un Hercule a besoin d'une Hébé. Il y a ici des paysannes très jolies... Le samedi soir, après le bain, on les prendrait pour des princesses... Il n'y en a pas une qui ne fût fière de distraire monseigneur. A son âge, moi, le diable m'emporte!... Non, il n'a pas de maîtresse, il ne se marie pas, il a tort. Il lui faudrait un dérivatif.
Le matérialisme grossier du docteur me choquant au dernier point, je terminai brusquement l'entretien en lui disant que je faisais des vœux pour que le comte Szémioth trouvât une épouse digne de lui. Ce n'est pas sans surprise, je l'avoue, que j'avais appris du docteur ce goût du comte pour les études philosophiques. Cet officier de hussards, ce chasseur passionné lisant de la métaphysique allemande et s'occupantde physiologie, cela renversait mes idées.
Le docteur avait dit vrai cependant, et dès le jour même j'en eus la preuve.
— Comment expliquez-vous, Monsieur le professeur, me dit-il brusquement vers la fin du dîner, comment expliquez-vous la dualité ou la duplicité de notre nature?... — Et comme il s'aperçut que je ne le comprenais pas parfaitement, il reprit : — Ne vous êtes-vous jamais trouvé au haut d'une tour ou bien au bord d'un précipice, ayant à la fois la tentation de vous élancer dans le vide et un sentiment de terreur absolument contraire?...
— Cela peut s'expliquer par des causes toutes physiques, dit le docteur : 1° la fatigue qu'on éprouve après une marche ascensionnelle détermine un afflux de sang au cerveau, qui...
— Laissons là le sang, docteur, s'écria le comte avec impatience, et prenons un autre exemple. Vous tenez une arme à feu chargée. Votre meilleur ami est là. L'idée vous vient de lui mettre une balle dans la tête. Vous avez la plus grande horreur d'un assassinat, et pourtant vous en avez la pensée. Je crois, Messieurs, que si toutes les pensées qui nous viennent en tête dans l'espace d'une heure..., je crois que si toutes vos pensées, Monsieur le professeur, que je tiens pour un sage, étaient écrites, elles formeraient un volume in-folio peut-être, d'après lequel il n'y a pas un avocat qui ne plaidât avec succès votre interdiction, pas un juge qui ne vous mît en prison ou bien dans une maison de fous.
— Ce juge, Monsieur le comte, ne nie condamnerait pas assurément pour avoir cherché ce matin pendant plus d'une heure la loi mystérieuse d'après laquelle les verbes slaves prennent un sens futur en se combinant avec une préposition; mais si par hasard j'avais eu quelque autre pensée, ([uelle preuve en tirer contre moi ? Je ne suis pas plus maître de mes pensées que des accidents extérieurs qui me les suggèrent. De ce qu'une pensée surgit en moi, on ne peut pas conclure un commencement d'ex,écution , ni même une résolution. Jamais je n'ai eu l'idée de tuer personne; mais si la pensée d'un meurtre me venait, ma raison n'est-elle pas là pour l'écarter?
— Vous parlez de la raison bien à votre aise; mais est-elle toujours là, comme vous dites, pour nous diriger? Pour que la raison parle et se fasse obéir, il faut de la réflexion, c'est-à-dire du temps et du sangfroid. A-t-on toujours l'un et l'autre? Dans un combat, je vois arriver sur moi un boulet qui ricoche, je me détourne et je découvre mon ami, pour lequel j'aurais donné ma vie, si j'avais eu le temps de réfléchir...
J'essayai de lui parler de nos devoirs d'homme et de chrétien, de la nécessité où nous sommes d'imiter le guerrier de l'Ecriture, toujours prêt au combat; enfin je lui fis voir qu'en luttant sans cesse contre nos passions nous acquérions des forces nouvelles pour les affaiblir et les dominer. Je ne réussis, je le
crains, qu'à le réduire au silence, et il ne paraissait pas convaincu.
Je demeurai encore une dizaine de jours au château. Je fis une autre visite à Dowghielly, mais nous n'y couchâmes point. Comme la première fois, mademoiselle Iwinska se montra espiègle et enfant gâtée. Elle exerçait sur le comte une sorte de fascination, et je ne doutai pas qu'il n'en fût fort amoureux. Cependant il connaissait bien ses défauts et ne se faisait pas d'illusions. Il la savait coquette, frivole, indifférente à tout ce qui n'était pas pour elle un amusement. Souvent je m'apercevais qu'il souffrait intérieurement de la savoir si peu raisonnable; mais dès qu'elle lui avait fait quelque petite mignardise, il oubliait tout, sa figure s'illuminait, il rayonnait de joie. Il voulut m'amener une dernière fois à Dowghielly la veille de mon départ, peut-être parce que je restais à causer avec la tante pendant qu'il allait se promener au jardin avec la nièce; mais j'avais fort à travailler, et je dus m'excuser, quelle que fut son insistance. Il revint dîner, bien qu'il nous eût dit de ne pas l'attendre. Il se mit à table, et ne put manger. Pendant tout le repas, il fut sombre et de mauvaise humeur. De temps à autre, ses sourcils se rapprochaient et ses yeux prenaient une expression sinistre. Lorsque le docteur sortît pour se rendre auprès de la comtesse, le comte me suivit dans ma chambre, et me dit tout ce qu'il avait sur le cœur.
— Je me repens bien, s'écria-t-il, de vous avoir
quitté pour aller voir cette petite folle, qui se moque de moi et qui n'aime que les nouveaux visages; mais heureusement tout est fini entre nous, j'en suis profondément dégoûté, et je ne la reverrai jamais...
Il se promena quelque temps de long en large selon son habitude, puis il reprit :
— Vous avez cru peut-être que j'en étais amoureux? C'est ce que pense cet imbécile de docteur. Non, je ne l'ai jamais aimée. Sa mine rieuse m'amusait. Sa peau blanche me plaisait à voir... Voilà'tout ce qu'il y a de bon chez elle... la peau surtout. De cervelle, point. Jamais je n'ai vu en elle autre chose qu'une jolie poupée, bonne à regarder quand on s'ennuie et qu'on n'a pas de livre nouveau... Sans doute on peut dire que c'est une beauté... Sa peau est merveilleuse!... Monsieur le professeur, le sang qui est sous cette peau doit être meilleur que celui d'un cheval?... Qu'en pensez-vous?
Et il se mit à éclater de rire, mais ce rire faisait mal à entendre.
Je prvs congé de lui le lendemain pour continuer mes explorations dans le nord du Palatinat.
Elles durèrent environ deux mois, et je puis dire qu'il n'y a guère de village en Samogitie où je ne me sois arrêté et où je n'aie recueilli quelques documents. Qu'il me soit permis de saisir cette occasion
pour remercier les habitants de cette province, et en particulier MM. les ecclésiastiques, pour le concours vraiment empressé qu'ils ont accordé à mes recherches et les excellentes contributions dont ils ont enrichi mon dictionnaire.
Après un séjour d'une semaine à Szawlé, je me proposais d'aller m'embarquer à Klaypeda (port que nous appelons Memel) pour retourner chez moi, lorsque je reçus du comte Szémioth la lettre suivante, apportée par un de ses chasseurs :
« Monsieur le professeur,
« Permettez-moi de vous écrire en allemand. Je ferais encore plus de solécismes, si je vous écrivais en jmoude, et vous perdriez toute considération pour moi. Je ne sais si vous en avez déjà beaucoup, et la nouvelle que j'ai à vous communiquer ne l'augmentera peut-être pas. Sans plus de préface, je me marie, et vous devinez à qui. Jupiter se rit des serments des amoureux. Ainsi fait Pirkuns, notre Jupiter samogitien. C'est donc mademoiselle Julienne Iwinska que j'épouse le 8 du mois prochain. Vous seriez le plus aimable des hommes si vous veniez assister à la cérémonie. Tous les paysans de Médintiltas et lieux circonvoisins viendront chez moi manger quelques bœufs et d'innombrables cochons, et, quand ils seront ivres, ils danseront dans ce pré, à droite de l'avenue que vous connaissez. Vous verrez des costumes et des coutumes dignes de votre obser-
vation. Vous me ferez le plus grand plaisir et à Julienne aussi. J'ajouterai que votre refus nous jetterait dans le plus triste embarras. Vous savez que j'appartiens à la communion évangélique, de même que ma fiancée; or notre ministre, qui demeure à une trentaine de lieues, est perclus de la goutte, et j'ai osé espérer que vous voudriez bien officier à sa place. Croyez-moi, mon cher professeur, votre bien dévoué,
« Michel SzÉMiOTH. » .
Au bas de la lettre, en forme de post-scriplum, une assez jolie main féminine avait ajouté en j monde :
« Moi, muse de la Lithuanie, j'écris en jmoude. Michel est un impertinent de douter de votre approbation. Il n'y a que moi en effet qui sois assez folle pour vouloir d'un garçon comme lui. Vous verrez, Monsieur le professeur, le 8 du mois prochain, une mariée un peu chic. Ce n'est pas du jmoude, c'est du français. N'allez pas au moins avoir des distractions pendant la cérémonie! »
Ni la lettre ni le post-scriptum ne me plurent. Je trouvai que les fiancés montraient une impardonnable légèreté dans une occasion si solennelle. Cependant, le moyen de refuser ? J'avouerai encore que le spectacle annoncé ne laissait pas de me donner des tentations. Selon toute apparence, dans le grand nombre de gentilshommes qui se réuniraient
au château de Médintiltas, je ne manquerais pas de trouver des personnes instruites qui me fourniraient des renseignements utiles. Mon glossaire jmoude était très riche ; mais le sens d'un certain nombre de mots appris de la bouche de paysans grossiers demeurait encore pour moi enveloppé d'une obscurité relative. Toutes ces considérations réunies eurent assez de force pour m'obliger à consentir à la demande du comte, et je lui répondis que dans la matinée du 8 je serais à Médintiltas. Combien j'eus lieu de m'en repentir!
En entrant dans l'avenue du château, j'aperçus un grand nombre de dames et de messieurs en toilette du matin, groupés sur le perron ou circulant dans les allées du parc. La cour était pleine de paysans endimanchés. Le château avait un air de fête; partout des fleurs, des guirlandes, des drapeaux et des festons. L'intendant me conduisit à la chambre qui m'avait été préparée au rez-de-chaussée, en me demandant pardon de ne pouvoir m'en offrir une plus belle; mais il y avait tant de monde au château qu'il avait été impossible de me conserver l'appartement que j'avais occupé à mon premier séjour, et qui était destiné à la femme du maréchal de la noblesse; ma nouvelle chambre d'ailleurs était très convenable, ayant vue sur le parc, et au-dessous de l'appartement du comte. Je m'habillai en hâte pour la
cérémonie, je revêtis ma robe; mais ni le comte ni sa fiancée ne paraissaient. Le comte était allé la chercher à Dowghielly. Depuis longtemps ils auraient dû être arrivés; mais la toilettte d'une mariée n'est pas une petite affaire, et le docteur avertissait les invités que, le déjeuner ne devant avoir lieu qu'après le service religieux, les appétits trop impatients feraient bien de prendre leurs précautions à un certain buffet garni de gâteaux et de toute sorte de liqueurs. Je remarquai à cette occasion combien l'attente excite à la médisance; deux mères de jolies demoiselles invitées à la fête ne tarissaient pas en épigrammes contre la mariée.
Il était plus de midi quand une salve de boîtes et de coups de fusil signala son arrivée, et bientôt après une calèche de gala entra dans l'avenue traînée par quatre chevaux magnifiques. A l'écume qui couvrait leur poitrail, il était facile de voir que le retard n'était pas de leur fait. Il n'y avait dans la calèche que la mariée, madame Dowghiello et le comte. Il descendit et donna la main à madame Dowghiello. Mademoiselle Iwinska, par un mouvement plein de grâce et de coquetterie enfantine, fit mine de vouloir se cacher sous son châle pour échapper aux regards curieux qui l'entouraient de tous les côtés. Pourtant elle se leva debout dans la calèche, et elle allait prendre la main du comte, quand les chevaux du brancard, effrayés peut-être par la pluie de fleurs que les paysans lançaient à la mariée, peut-être aussi
éprouvant cette étrange terreur que le comte Szémioth inspirait aux animaux, se cabrèrent en s'ébrouant; une roue heurta la borne au pied du perron, et on put croire pendant un moment qu'un accident allait avoir lieu. Mademoiselle Iwinska laissa échapper un petit cri... On fut bientôt rassuré. Le comte, la saisissant dans ses bras, l'emporta jusqu'au haut du perron aussi facilement que s'il n'avait tenu qu'une colombe. Nous applaudissions tous à son adresse et à sa galanterie chevaleresque. Les paysans poussaient des (^^VaHormidables, la mariée, toute rouge, riait et tremblait à la fois. Le comte, qui n'était nullement pressé de se débarrasser de son charmant fardeau, semblait triompher en le montrant à la foule qui l'entourait...
Tout à coup une femme de haute taille, pâle, maigre, les vêtements en désordre, les cheveux épars, et tous les traits contractés par la terreur, parut au haut du perron, sans que personne pût savoir d'où elle venait.
— A l'ours! criait-elle d'une voix aiguë; à l'ours! des fusils!... Il emporte une femme! tuez-le! Feu ! feu !
C'était la comtesse. L'arrivée de la mariée avait attiré tout le monde au perron, dans la cour, ou aux fenêtres du château. Les femmes mêmes qui surveillaient la pauvre folle avaient oublié leur consigne ; elle s'était échappée, et sans être observée de personne était arrivée jusqu'au milieu de nous. Ce fut
une scène très pénible. Il fallut l'emporter malgré ses cris et sa résistance. Beaucoup d'invités ne connaissaient pas sa maladie. On dut leur donner des explications. On chuchota longtemps à voix basse. Tous les visages étaient attristés. — Mauvais présage! — disaient les personnes superstitieuses, et le nombre en est grand en Lithuanie.
Cependant, mademoiselle Iwinska demanda cinq minutes pour faire sa toilette et mettre son voile de mariée, opération qui dura une bonne heure. C'était plus qu'il ne fallait pour que les personnes qui ignoraient la maladie de la comtesse en apprissent la cause et les détails.
Enfin la mariée reparut magnifiquement parée et couverte de diamants. Sa tante la présenta à tous les invités, et, lorsque le moment fut venu de passer à la chapelle, à ma grande surprise, en présence de toute la compagnie, madame Dowghiello appliqua un soufflet sur la joue de sa nièce, assez fort pour faire retourner ceux qui auraient eu quelque distraction. Ce soufflet fut reçu avec la plus parfaite résignation, et personne ne parut s'en étonner; seulement un homme en noir écrivit quelque chose sur un papier qu'il avait apporté et quelques-uns des assistants y apposèrent leur signature de l'air le plus indiiîérent. Ce ne fut qu'à la fin de la cérémonie que j'eus le mot de l'énigme. Si je l'eusse deviné, je n'aurais pas manqué de m'élever avec toute la force de mon ministère sacré contre cette odieuse pratique.
laquelle a pour but d'établir un cas de divorce en simulant que le mariage n'a eu lieu que par suite de violence matérielle exercée contre une des parties contractantes.
Après le service religieux, je crus de mon devoir d'adresser quelques paroles au jeune couple, m'attachant à leur mettre devant les yeux la gravité et la sainteté de l'engagement qui venait de les unir, et comme j'avais encore sur le cœur le post-scriptum déplacé de mademoiselle Iwinska, je lui rappelai qu'elle entrait dans une vie nouvelle, non plus accompagnée d'amusements et de joies juvéniles, mais pleine de devoirs sérieux et de graves épreuves. Il me sembla que cette partie de mon allocution produisit beaucoup d'effet sur la mariée, comme sur toutes les personnes qui comprenaient l'allemand.
Des salves d'armes à feu et des cris de joie accueillirent le cortège au sortir de la chapelle, puis on passa dans la salle à manger. Le repas était magnifique, les appétits fort aiguisés, et d'abord on n'entendit d'autre bruit que celui des couteaux et des fourchettes ; mais bientôt, avec l'aide des vins de Champagne et de Hongrie, on commença à causer, à rire et même à crier. La santé delà mariée fut portée avec enthousiasme. A peine venait-on de se rasseoir, qu'un vieux panek moustaches blanches se leva, et d'une voix formidable :
— Je vois avec douleur, dit-il, que nos vieilles coutumes se perdent. Jamais nos pères n'eussent
Dernières Xouvelles. fO
porté ce toast avec des verres de cristal. Nous buvions dans le soulier de la mariée, et même dans sa botte, car de mon temps les dames portaient des bottes en maroquin rouge. Montrons, amis, que nous sommes encore de vrais Lithuaniens. — Et toi, Madame, daigne me donner ton soulier.
La mariée lui répondit en rougissant avec un petit rire étouffé :
— Viens le prendre, monsieur...; mais je ne te ferai pas raison dans ta botte.
Le pane ne se le fit pas dire deux fois : il se mit galamment à genoux, ôta un petit soulier de satin blanc à talon rouge, l'emplit de vin de Champagne et but si vite et si adroitement, qu'il n'y en eut pas plus de la moitié qui coula sur ses habits. Le soulier passa de main en main, et tous les hommes y burent, mais non sans peine. Le vieux gentilhomme réclama le soulier comme une relique précieuse, et madame Dowghiello fit prévenir une femme de chambre de venir réparer le désordre de la toilette de sa nièce.
Ce toast fut suivi de beaucoup d'autres, et bientôt les convives devinrent si bruyants, qu'il ne me parut plus convenable de demeurer parmi eux. Je m'échappai de la table sans que personne fît attention à moi, et j'allai respirer l'air en dehors du château; mais là encore je trouvai un spectacle peu édifiant. Les domestiques et les paysans, qui avaient eu de la bière et de l'eau-de-vie à discrétion, étaient déjà ivres pour la plupart. Il y avait eu des disputes
et des têtes cassées. Çà et là sur le pré, des ivrognes se vautraient privés de sentiment, et l'aspect général de la fête tenait beaucoup d'un champ de bataille. J'aurais eu quelque curiosité de voir de près les danses populaires; mais la plupart étaient menées par des bohémiennes effrontées, et je ne crus pas qu'il fût bienséant de me hasarder dans cette bagarre. Je rentrai donc dans ma chambre, je lus quelque temps, puis me déshabillai et m'endormis bientôt.
Lorsque je m'éveillai, l'horloge du château sonnait trois heures. La nuit était claire, bien que la lune fût un peu voilée par une légère brume. J'essayai de retrouver le sommeil; je ne pus y parvenir. Selon mon usage en pareille occasion, je voulus prendre un livre et étudier, mais je ne pus trouver les allumettes à ma portée. Je me levai et j'allais tâtonnant dans ma chambre, quand un corps opaque, très gros, passa devant ma fenêtre, et tomba avec un bruit sourd dans le jardin. Ma première impression fut que c'était un homme, et je crus qu'un de nos ivrognes était tombé par la fenêtre. J'ouvris la mienne et regardai; je ne vis rien. J'allumai enfin une bougie, et, m'étant remis au lit, je repassai mon glossaire jusqu'au moment où l'on m'apporta mon thé.
Vers onze heures, je me rendis au salon, où je trouvai beaucoup d'yeux battus et de mines défaites; j'appris en effet qu'on avait quitté la table fort tard. Ni le comte ni la jeune comtesse n'avaient encore
paru. A onze heures et demie, après beaucoup de méchantes plaisanteries, on commença à murmurer, tout bas d'abord, bientôt assez haut. Le docteur Frœber prit sur lui d'envoyer le valet de chambre du comte frapper à la porte de son maître. Au bout d'un quart d'heure, cet homme redescendit, et, un peu ému, rapporta au docteur Frœber qu'il avait frappé plus d'une douzaine de fois, sans obtenir de réponse. Nous nous consultâmes, madame Dowghiello, le docteur et moi. L'inquiétude du valet de chambre m'avait gagné. Nous montâmes tous les trois avec lui. Devant la porte, nous trouvâmes la femme de chambre de la jeune comtesse tout effarée, assurant que quelque malheur devait être arrivé, car la fenêtre de madame était toute grande ouverte. Je me rappelai avec effroi ce corps pesant tombé devant ma fenêtre. Nous frappâmes à grands coups. Point de réponse. Enfin le valet de chambre apporta une barre de fer, et nous enfonçâmes la porte... Non! le courage me manque pour décrire le spectacle qui s'offrit à nos yeux. La jeune comtesse était étendue morte sur son lit, la figure horriblement lacérée, la gorge ouverte, inondée de sang. Le comte avait disparu, et personne depuis n'a eu de ses nouvelles.
Le docteur considéra l'horrible blessure de la jeune femme.
— Ce n'est pas une lame d'acier, s'écria-t-il, ([ui a fait cette plaie... C'est une morsure! ....
Le professeur ferma son livre, et regarda le feu d'un air pensif.
— Et l'histoire est finie? demanda Adélaïde.
— Finie! répondit le professeur d'une voix lugubre.
— Mais, reprit-elle, pourquoi l'avez-vous intitulée LokisP Pas un seul des personnages ne s'appelle ainsi.
— Ce n'est pas un nom d'homme, dit le professeur... Voyons, Théodore, comprenez-vous ce que veut dire Lokis?
— Pas le moins du monde.
— Si vous étiez bien pénétré de la loi de transformation du sanscrit au lithuanien, vous auriez reconnu dans lokis le sanscrit arkcha ou rickscha. On appelle lokis, en lithuanien, l'animal que les Grecs ont nommé àpy.TOç, les Latins ursus et les Allemands bar.
Vous comprenez maintenant mon épigraphe :
Miszka su Lokiit Abu du lokiu.
Vous savez que, dans le roman de Renard, l'ours s'appelle damp Bran. Chez les Slaves, on le nomme Michel, Miszka en lithuanien, et ce surnom remplace presque toujours le nom générique, lokis. C'est ainsi que les Français ont oublié leur mot néolatin Ad goupil ou gorpil pour y substituer celui de renard. Je vous en citerai bien d'autres exemples...
Mais Adélaïde remarqua qu'il était tard, et on se sépara.
Lokis, publié dans la Revue des Deux Mondes, 15 septembre
M. Léon Defîoux possède un exemplaire d'épreuves de cette Revue.
Repris en feuilleton dans V Œuvre, 25 février-ll mars
La Chambre bleue, exemplaire d'épreuves imprimé par l'Imprimerie nationale pour l'édition des Papiers et Correspondance de la famille impériale. In-8° carré.
Cet exemplaire unique se trouve à la bibliothèque de l'Institut. 11 est imprimé sur le recto seulement. La première page porte le numéro 110, la dernière le numéro 128.
Sur la première page, au-dessous du chiffre 110, on lit le chiffre x et au-dessous encore, en trois lignes :
La Chambre bleue.
Nouvelle dédiéea (sic) Madame de la Rhune.
Biarritz, septembre 1866.
La Chambre bleue, nouvelle dédiée à M'^^ de la Rhune. Paris, impr. Jules Claye, 1871, petit in-8°, couv. non impr., 53 p., y compris le titre, et 1 feuDlet blanc. Tiré à 6 exemplaires d'épreuves.
Dans un premier exemplaire, ayant appartenu à M. Charles Delafosse, le feuillet de titre est à l'état d'épreuve ; il porte des corrections manuscrites et dans le haut, imprimé au composteur : l''^ épreuve, 4 août 1871. La nouvelle finit page 47 par la reproduction du croquis de l'auteur. Les pages 49 à 53 sont occupées par une note de Ph. Burty sur la Chambre bleue. Le texte de la nouvelle est imprimé en italique, celui de la note de Burty en ro-
main. Cet exemplaire contient en outre un tirage à part du croquis, sur papier de Chine.
Un deuxième exemplaire, ayant appartenu à M. Maurice Tourneux, se compose de 44 pages, sans titre, ainsi que d'une épreuve sur Chine du croquis de Mérimée. A la première page on lit, imprimé : 1" épreuve, 26 juillet 1871, avec une note manuscrite de Philippe Burty, priant les typographes de respecter l'orthographe de Mérimée, transcrite exactement par lui.
Un troisième exemplaire a appartenu à M. Paul Arnaudet et au vicomte Spoelberch de Lovenjoul.
Un quatrième exemplaire a appartenu à Philippe Burty et se trouve mentionné au catalogue de sa vente.
Un cinquième exemplaire, incomplet de titre, appartient à M. P. Dauze.
Un sixième exemplaire appartient au vicomte de Suzannet ; le feuillet de titre est à l'état d'épreuve ; il porte des corrections manuscrites et ces mots imprimés au composteur :« Le 7 août 1871 » ; «Retour 12 août 1871. «La nouvelle finit à la page 47 par la reproduction du croquis de l'auteur, avec ces mots reproduisant son écriture : « Composé et écrit par P. Mérimée, fou de S. M. l'Impératrice. » Outre un tirage à part du croquis, beaucoup plus net que celui de la fin du livre, il contient encore un tirage à part d'un autre croquis, complètement distinct du premier, la pointe de la pantoufle étant tournée vers la gauche. Enfin, une autre page de titre, distincte de celle portant la date des épreuves, donne l'indication suivante : « Paris, chez Beauvais, Quai Voltaire, 25, 1871. »
La Chambre bleue, nouvelle parue dans VIndépcndance belge, 6 et 7 septembre 1871.
La Chambre bleue, nouvelle dédiée à M™^ de la Rhune. Bruxelles, librairie de la place de la Monnaie, 1872, in-8o, couverture imprimée.
Tirage à 129 exemplaires, dont 20 sur vieux papier de Hollande de Blauw et 9 sur papier de Chine, avec vignette gravée à l'eau-forte de Bracquemont, d'après un croquis
de Mérimée, vu pages d'avertissement, 59 pages de texte. Imprimé par les soins de Poulet-Malassis (avec couverture en papier orange).
La Chambre bleue, nouvelle écrite pour l'Impératrice Eugénie. Seconde édition augmentée. France et Belgique, chez tous les libraires. Bruxelles, impr. -librairie de la place de la Monnaie, 1872, in-16, couverture imprimée.
VIII pages d'avertissement, 53 pages de texte.
En plus du tirage ordinaire, il a été tiré quelques exemplaires sur papier vergé et sur papier de Chine.
La Chambre bleue, nouvelle dédiée à M™^ de la Rhune, par Prosper Mérimée. In-4o, iii-63 pages, avec une couverture illustrée et soixante et une aquarelles d'après Eugène Courboin. Imprimerie Lahure. Librairie Conquet, L. Carteret et C'^, successeurs.
Titre bleu et noir. Papier de Hollande, quelques exemplaires sur Japon. {Journal de la Librairie, 24 décembre 1901.)
Djoûmane, publié dans le Moniteur universel, 9-12 janvier
Dernières Nouvelles de Prosper Mérimée, de l'Académie française : Lokis; Il Viccolo di Madama Lucrezia; La Chambre bleue ; Djoûmane ; Le Coup de Pistolet; Federigo ; Les Sorcières espagnoles. Paris, Michel Lévy frères, éditeurs, rue Auber, 3, place de l'Opéra. Librairie nouvelle, boulevard des Italiens, 15, au coin de la rue de Grammont. (Saint-Germain, impr. Eugène Heutte et C'^), 1873, in-18 Jésus, 361 pages.
Bibliothèque contemporaine.
Édition originale, publiée à 3 fr. 50. 11 a été tiré en outre 10 exemplaires sur papier de Hollande à 12 fr. 50.
Il y a, page 184. en tête de la Chambre bleue, une vignette sur bois qui ne se trouve pas dans tous les exemplaires.
{Journal de la Librairie, 3 janvier 1874.)
Dernières Nouvelles, par Prosper Mérimée, de l'Académie
française, 5® édition, in-18 jésus, 361 pages. Lagny, impr. Aureau ; Paris, libr. Michel Lévy frères ; Librairie nouvelle.
Bibliothèque contemporaine.
{Journal de la Librairie, 28 mars 1874.)