‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 56 sur 71 · TEXTE · texte numérisé non relu

TEXTE

Nous avons suivi :

Pour /Z Viccolo, le texte du manuscrit en la possession de M. de

Suzannet*.

Pour la Chambre bleue, le texte des deuxièmes épreuves, en

la possession de M. de Suzannet.

Pour Djoûmane, le texte du Moniteur universel, 9-12 janvier

Pour Lokis, le texte de la Reçue des Deux Mondes, en écartant seulement les particularités orthographiques de la

Revue.

Aucun de ces textes n'ayant été corrigé par Mérimée ne peut

comporter de variantes.

1. M. de Suzannet a bien voulu collationner lui-même le texte de l'édition Calmann-Lévy avec celui du manuscrit. Il nous a é(;rit à ce propos : « Je n'ai pas indiqué toutes les variantes dans la ponctuation, mais seulement celles pour lesquelles le texte imprime ne me semblait pas avoir améliore l'original. Je n'ai pas non plus rétabli l'orthographe de Mérimée. »

IL VICGOLO

Titre. — Le mot italien vicolo ne prend qu'un seul c. Mérimée, dont l'orthographe n'a jamais été très sûre, redouble quelquefois une consonne. C'est ainsi qu'il écrit ailleurs Gallicie, imbécille, cigarre, etc..

Page 5, ligne 16. — Il ne paraît pas exister de portrait de Lucrèce Borgia par Léonard de Vinci. Le musée du Louvre possède, de ce peintre, le portrait d'une certaine Lucrezia Crivelli, qui ne ressemble en rien au portrait décrit par Mérimée. Le même musée possède aussi un Bacchus du Vinci. Peut-être le tableau inventé par notre auteur est-il né dans son esprit du rapprochement de ces deux tableaux.

Page 5, ligne 24. — Par la force de mon génie, c'est-à-dire par une intuition mystérieuse. Ce détail contribue à l'atmosphère fantastique du conte.

Page 7, ligne 3. — ... sentant déjà son cafard... : L'anticléricalisme de Mérimée est connu. « Je suis assez bien, écrit-il par exemple à VioUet-le-Duc, malgré les orages et le mauvais sang que les ratichons m'ont fait faire la semaine passée. Quelle canaille ! et qu'ils seraient dangereux s'ils n'étaient pas si bêtes, si ignorants et si étourdis » (26 mai 1867). Dans une lettre au même, le 4 décembre 1860, nous trouvons deux fois le mot ratichon et deux fois ratichonnerie. Mérimée n'était pas baptisé, et, si

l'on en croit Filon (Mérimée et ses amis, p. 61), il mangea une côtelette le jour du vendredi saint 1847.

Page 9, ligne 28. — Bernin... : Giovanni Lorenzo Bernini, appelé souvent en France le Cavalier, architecte, sculpteur et peintre italien. Ce fut l'artiste le plus célèbre de de son temps (1598-1680).

Page 10, ligne 12. — Que je me promis bien de répéter, c'est-à-dire de renouveler, de recommencer.

Page 10, ligne 22. — Strafdenheim, le séjour des rayons lumineux. Le nom est évidemment ironique.

Page 10, ligne 28. — Voir les yeux de la Vénus d'IUè.

Page 11, ligne 14. — Katzenellenbogen. Mérimée a sans doute rapporté ce nom de son voyage sur les bords du Rhin en juin 1836. Le village de Katzenelnbogen appartient au district de Wiesbaden ; les comtes de Katzenelnbogen ont joué un rôle notable dans l'histoire de l'Allemagne.

Page 11, ligne 17. — Les histoires merveilleuses li'arrivent qu^à des personnes dont les noms sont difficiles à prononcer : Cf. ce joli passage de la Correspondance inédite :

« Il (Sir David Brewster) a une fille qui a vu un revenant. Jusqu'alors, je n'avais rencontré que des personnes qui connaissaient ceux qui en avaient vu... Pourquoi les gens du Nord voient-ils plus de spectres que les Méridionaux, et pourquoi les protestants plus que les catholiques? Expliquez-moi, madame, pourquoi en Italie, où il y a tant de superstitions et d'imaginations, il ne se trouve pas de revenants, tandis qu'en Angleterre il n'y a guère de famille un peu aristocratique qui n'ait son apparition. Avez-vous lu une histoire de revenants que j'ai faite et qui s'appelle la Vénus d'Ille? C'est, suivant moi, mon chef-d'œuvre » [Revue des Deux Mondes, 1896, II, p. 31-32).

Page 11, ligne 20. — ... rempli de patriotisme et de métaphysique... : Ce détail, comme beaucoup d'autres, montre la connaissance qu'avait Mérimée des choses d'Aile-

magne. Le patriotisme allemand se colore volontiers, en effet, de métaphysique. Les philosophes ont eu une grande part dans la formation de ce sentiment et l'on en fait souvent remonter la naissance au Discours à la nation allemande de Fichte.

Page 12. — On a là une de ces scènes de télépathie que l'influence de Swedenborg, de Hoffmann et de la Séraphita de Balzac avaient mises fort à la mode.

Pages 13-14. — La similitude de cette anecdote avec la Vénus (Tille est frappante. Et comme cette dernière nouvelle paraît antérieure à II Viccolo, on pourra s'étonner que Mérimée ait affaibli cette histoire de statue en la répétant et en l'abrégeant.

Page 14, ligne 28. — Littré donne le mot inflammabilité, mais le Dictionnaire de l'Académie ne le donne point.

Page 18, ligne 9. — On retrouve ici une de ces mises en scène de sorcellerie que Mérimée affectionne et dont on trouve des exemples dans Carmen, dans la Chronique du règne de Charles IX et dans Lokis (voir pages 115 et suiv.).

Page 18, ligne 18. — « Paul, monnaie d'argent des États du pape, valant 52 centimes, ainsi dite de Paolo, nom d'un pape. » Littré.

Page 19, 1. 28. — Broccoli : Espèce de chou-fleur originaire d'Italie.

Page 21, ligne 12. — Sisto Tarquino, c'est-à-dire Sextus Tarquinus, celui-là même qui viola Lucrèce, fille de Lucretius Spirus. Mérimée s'est amusé, comme il le dit luimême plus loin, à « mêler les Tarquins aux Borgias ».

Page 22, ligne 2. — La Maremme est une région de l'Italie située le long du littoral, entre l'embouchure de l'Arno et Piombino. Elle s'étend sur une longueur de 140 kilomètres et s'avance dans l'intérieur du pays jusqu'à l'Orbitello, sur une largeur de 10 à 30 kilomètres. C'est une terre marécageuse et insalubre, mais très fertile, o La Maremme », dit un proverbe italion, « enrichit son homme en un an, mais le tue en six mois. t>

Page 23, ligne 20. — Monsieur est athée et philosophe : Mérimée explique fort bien dans la Correspondance inédite quelle est son attitude vis-à-vis du surnaturel : « ... Vous ne pouvez pas comprendre, vous qui êtes née avec le cerveau d'un poète, la difficulté que j'éprouve à croire, et la différence qu'il y a entre les choses qui me plaisent et celles que j'admets comme vraies. Je me plais à supposer des revenants et des fées. Je me ferais dresser les cheveux sur la tête en me racontant moi-même des histoires de revenants. Mais, malgré l'impression toute matérielle que j'éprouve, cela ne m'empêche pas de ne pas croire aux revenants, et sur ce point mon incrédulité est si grande que si je voyais un spectre, je n'y croirais pas davantage » (Lettre du 23 novembre 1856. Revue des Deux Mondes, 1896, II, p. 27).

Page 25, ligne 14. — Pourtant, mon ami, quand je compare ce temps avec le nôtre, je me prends à le regretter : Mérimée a toujours partagé, avec Stendhal et les romantiques, le goût des époques violentes et en particulier du xvi^ siècle. Sa Chronique du règne de Charles IX en est la preuve. Sa correspondance inédite avec M^^ de la Rochejacquelin contient des passages sur le xvi^ siècle. Voir Trahard, La Jeunesse de Mérimée (Champion).

Page 35, ligne 22. — ... Vhistoire de la Nonne sanglante : Allusion à l'épisode le plus fameux, the Bloody Nun, du roman de Lewis, the Monk, paru en Angleterre en 1795. Le livre connut une vogue extraordinaire en France. On consultera à ce propos l'ouvrage d'Alice M. Killen : Le roman « terrifiant » ou roman « noir » de Walpole à Anne Radcliffe et son influence en France jusqu'en ISkO. Paris, Champion, 1915, in-8°. Mérimée connaissait bien le livre de Lewis, et il s'en est souvent inspiré. Voir Trahard, ouvr. cité.

Page 37, ligne 17. — Sa famille... n'aurait jamais consenti à lui laisser épouser une fille d'une condition si fort audessous de la sienne : Mérimée a traité ce thème de la mésalliance dans Inès Mindo [Théâtre de Clara Gazul).

Page 38, ligne 19. — ... la fièvre des maremmes : Les maremmes sont des terrains marécageux et malsains. On appelle aussi la Maremme, comme on l'a vu plus haut, une région particulière.

Madame de la Rhune est l'Impératrice Eugénie. Mérimée l'appelle souvent ainsi dans sa correspondance. Voici, entre autres, un passage qui ne laisse aucun doute. Il est tiré d'une lettre à Panizzi datée du 29 novembre 1866 :

« Il n'est que trop vrai que notre amie M™« de la Rune veut aller à Rome. Tous les gens de la maison, surtout les principaux commis, s'y opposent tant qu'ils peuvent. Je crains bien que M. de la Rune, qui a une peur bleue des scènes, n'ose pas dire son veto. »

On remarquera que Mérimée orthographie ici Rune sans h. Mais son orthographe est souvent incertaine.

Quant à l'origine de ce nom, on en a trouvé l'explication dans la note qui suivait l'édition de 1871 (voir plus haut, p. xiv).

Mérimée cite souvent l'endroit dans sa correspondance avec Panizzi :

« Je suis aussi fatigué de mes dix jours de cour que si je descendais de la Rune » (18 novembre 1862).

« Nous avons fait hier en chemin de fer, en voiture et à pied, une promenade de six heures dans le voisinage de la Rune » (17 octobre 1866).

« Je ne suis plus, comme vous, adaequato à une ascension de la Rune » (20 août 1868).

La Rhune est un pic qui se trouve entre Saint-Jeande-Luz et Cambo et qui atteint 900 mètres au-dessus du niveau de la mer. Du sommet, on découvre tout le pays basque et une partie du Béarn. C'est un des plus beaux points de vue des Pyrénées.

Page 42, ligne 28. — On ne se doute de rien : Cette phrase semble bien donner à entendre que la femme est mariée. Les contemporains de Mérimée, comme on le verra dans

la revue de la presse, ont quelquefois essayé de diminuer ce qu'ils appellent l'immoralité du récit en prétendant que la femme est libre.

Page 43, ligne 6. — Ursule est évidemment la femme de chambre.

— , ligne 20. — Diligence... : « Dans les chemins de fer, on nomme diligences des wagons de première classe qui, devant recevoir moins de voyageurs, ont en effet la forme d'une caisse de diligence » (Littré).

Page 45, ligne 1. — Dans son adaptation dramatique de la Chambre bleue, Charles de la Rounat place l'action à Aillysur-Somme. Rien n'indique que telle ait été la pensée de Mérimée. D'ailleurs, on peut se demander si Ailly-sur- Somme est véritablement « sur la route d'Angleterre ».

Page 45, ligne 26. — Sauta sur la plate-forme, du compartiment voisin : sauta, du compartiment voisin, sur le quai.

Page 46, ligne 6. — Leave me alone, y ou wretch : Laisse-moi tranquille, misérable.

— , ligne 9. — Don^t drive me to despair : Ne me poussez pas à un acte désespéré. L'anglais de Mérimée est excellent.

Page 50, ligne 23. — Ratafia;... : « Liqueur spiri tueuse, composée d'eau-de-vie, de sucre et du jus de certains fruits ou de l'arôme de quelque fleur » (Littré).

— , ... une bouteille à quinze... : Le porto fabriqué par l'aubergiste est évidemment à base de vin ordinaire. Faut-il comprendre qu'il s'agit d'une bouteille de vin à quinze sous?

Page 59, ligne 18. — La botte... : Le matin, on donne aux chevaux une botte de paille et de foin.

Page 60, ligne 24. — Le bouquet de l'Impératrice Eugénie : Mérimée fait sa cour à l'Impératrice d'une façon que l'on peut juger familière, impertinente ou même vulgaire.

DJOUMANE

Page 65, ligne 1. — Le M mai 18... : L'année pourrait être 1843. Mérimée place en effet son action dans la région de Tlemcen, à une époque où cette ville se trouvait sous la domination française. Or, après une apparition de nos troupes en 1836, Tlemcen fut abandonnée en 1837 et devint la capitale d'Abd-el-Kader. Nos troupes la reprirent définitivement en 1842.

Parmi les unités d'occupation, se trouvait un escadron du 2*^ chasseurs d'Afrique (le héros de Mérimée est un chasseur), qui prit part, sous les ordres du général Bedeau, à des opérations chez les Djaffras du 8 au 16 mai 1843 (Léon Galibert, Histoire de V Algérie ancienne et moderne, p. 625).

Cette période du printemps 1843 est celle des premiers succès importants de Bugeaud sur Abd-el-Kader. La prise de la smalah par le duc d'Aumale eut lieu le 16 mai

Page 65, ligne 2. — Nous ramenions bœufs, moutons, chameaux... : Les troupes françaises opéraient, on le sait, des razzias à la manière arabe.

Page 66, ligne 28. — J'eus la pudeur de ne pas m'asseoir dans ma bergère, de peur de m'y endormir. .. .-Ce détail prépare, de façon discrète et habile, la suite du récit : l'officier s'endormira sur son cheval.

Page 67, ligne 4. — Une bande de pèlerins ou de saltimbanques arrivant du Sud... : On peut penser qu'ils appartiennent à la secte des Aissaouas, dont les voyageurs nous ont souvent décrit les exercices curieux, semblables à ceux que rapporte Mérimée. Voir, par exemple, L'Algérie contemporaine illustrée, par Lady Herbert, p. 108.

Page 71, ligne 10. — Sidi-Lala semble être un personnage inventé par Mérimée. La-la signifie non. On trouve, par exemple, dans l'ouvrage du général Daumas, La Vie

Dernières Nouvelles. H

arabe, l'injure suivante : Ould li aamer-ha ma galet la-la : enfant de celle qui n'a jamais dit non. Mérimée, on l'a vu dans notre introduction, connaissait les ouvrages du général Daumas.

Page 71, ligne 14. — ... la Moulaïa : Le nom donne à penser qu'il s'agit de la Moulouïa, ou Molouya, ou Malouïa ou encore M'iouïa, rivière marocaine située à plus de cent kilomètres de Tlemcen. Mais la vraisemblance voudrait plutôt que Mérimée eût ainsi désigné l'Oued-Mouilah, qui, lui, n'est guère qu'à une trentaine de kilomètres de Tlemcen.

— , ligne 27. — Tant il y a que, pour le colonel, il y avait... : La phrase est embarrassée, et la répétition de « il y a » témoigne de quelque négligence.

Page 73, ligne 17. — Cardes de coton... : Apparemment, les flocons qui s'échappent quand on carde le coton. Littré ne donne pas cette acception.

Page 73, ligne 24. — A son chapeau de paille surmonté d'une plume d'autruche... : Mérimée a peut-être emprunté ce détail à la Vie arabe du général Daumas, qu'il connaissait. On lit, en effet, à la page 67 : « Un Arabe ne se découvre jamais la tête pour saluer. Les musulmans n'y sont point tenus, même devant les sultans, et ils ne l'exigent pas des étrangers. Le chapeau de paille — medoll — fait cependant exception ; on ne le garde pas en parlant à un supérieur... On en voit, dans le désert principalement, qui sont entièrement couverts de plumes d'autruche ; à cheval, c'est très joli... »

Page 81, ligne 14. — Cassolette : Réchaud de métal où l'on fait brûler des parfums (Littré).

LOKIS

Page 85. — Le manuscrit du professeur Wittembach : Tel est le titre que porte la nouvelle dans la Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1869, page 257, et tel est, en effet, le véritable titre de la nouvelle tout entière. Lokis est seulement le titre du manuscrit que le professeur

est supposé lire à ses deux auditeurs, Théodore et Adélaïde.

Dans nos commentaires, nous avons conservé le titre habituel, Lokis. C'est celui qui figure dans la table des matières de la Revue des Deux Mondes, le titre véritable ayant sans doute été considéré comme encombrant au point de vue typographique.

Le professeur Wittembach a plus d'un trait commun avec le philologue allemand Auguste Schleicher, né à Meiningen le 19 février 1821. 11 étudia d'abord la théologie à Leipzig, puis abandonna en 1843 la carrière ecclésiastique. Professeur de linguistique à Prague, il fit, aux frais de l'Académie de Vienne, un voyage d'études en Lithuanie d'où il rapporta des oeuvres capitales. Il donna d'abord un Manuel de la langue lithuanienne composé d'un volume de grammaire (1856) et d'un livre de lecture accompagné d'un glossaire (1857). En 1857, il publia, en outre, des Légendes, proverbes, énigmes et chansons de la Lithuanie, et, en 1865, les œuvres du poète lithuanien Christian Donaleitis. Il mourut le 6 décembre 1868, par conséquent à peu près à l'époque où fut écrit Lokis.

On remarquera aussi que le professeur Wittembach n'est pas sans ressemblance avec le vieil antiquaire de la Vénus d'Ille, M. de Peyrehorade.

Wittembach : Il existe un village du nom de Wittewbach en Suisse, dans le canton de Saint-Gall, non loin du lac de Constance. Mais le nom donné par Mérimée à son héros semble plutôt rappeler (avec une intention parodique assez osée de la part d'un familier de la cour de France) le nom du village de Wittelsbach, où se trouvent les ruines du château qui fut le berceau de la famille royale de Bavière.

Page 85, ligne 1. — Théodore : Mérimée ne précise pas quels sont les liens qui unissent ce personnage au professeur. Étant donné que celui-ci lui donne un ordre au début et lui pose une question après la lecture du manuscrit, on peut supposer que Théodore est son secrétaire, ou un ancien élève, ou un jeune ami, peut-être les trois à la fois.

Page 85, ligne 6. — L'aventure du comte Szémioth est supposée se passer en 1866. La lecture du manuscrit par le professeur a sans doute lieu en 1868, l'année même où Mérimée écrivit la nouvelle.

— , ligne 7. — Szémioth : Parmi les correspondants de Mickiewicz on trouve un certain Franciszk Szémioth. Mérimée n'a donc pas inventé ce nom.

Page 87, lignes 6 et 7. — Mérimée ne semble pas avoir inventé ce proverbe.

Pour vérifier ses connaissances en lithuanien, nous nous sommes servi des livres suivants : An abridged dictionary of the Lithuanian-English langues (sic), compiled and edited by the Rev. P. Saurusaitis, Pastor of Joseph Church, Waterbury, Conn. ; Schleicher : Handhuch der Litauischen Sprache, t. H. Prague, 1856-1857.

Ces dictionnaires ne donnent pas Miszka, mais ils donnent les mots suivants :

Lûkys : Bar (ours) ;

su : with (avec) ;

abu : both (tous deux) ;

abudu : both (tous deux) ;

du : two (deux) ;

tokiu : such (tel).

Ces traductions sont, on le voit, conformes à celles de Mérimée.

— , ligne 8. — L'Ancien Testament paraît n'avoir jamais été traduit en samogitien. 11 existe une édition du Nouveau Testament, publiée en 1816 par la Société biblique. Elle est en caractères gothiques. L'édition en caractères romains date de 1902 seulement.

■ — , ligne 9. — La Gazette scientifique et littéraire de Kœnigsberg... : Nous n'avons pu trouver aucune preuve de l'existence de cette publication.

Page 88, ligne 7. — Jmoude : Au x^ siècle, les Lithuaniens étaient divisés en trois branches principales, les Borussiens ou Prussiens habitant les côtes de la Baltique, du

Niémen à la Vistule ; les Lettons plus au nord ; et, entre les deux, les Lithuaniens proprement dits divisés en deux groupes, les Litvas et les Jmoudes ou Samogitiens, habitant la basse vallée du Niémen, entre Kovno et la mer. Déjà au xvii^ siècle la langue prussienne avait disparu. Seuls subsistent de nos jours le letton et le lithuanien, divisé en deux dialectes principaux : le haut-lithuanien, qui est la langue officielle, et le jmoude ou jomaïtique ou samogitien.

Le letton et le lithuanien sont deux langues parentes comme le latin et l'italien, dit Schleicher. Elles sont, paraît-il, si proches du sanscrit que l'on a pu former en sanscrit des phrases qui ont été directement comprises des paysans lithuaniens.

Schleicher fait la distinction suivante : o En Prusse comme en Russie (bien que je n'aie sur ce point qu'une information livresque), le lithuanien se divise en dialectes divers qui pourtant peuvent être classés en deux groupes principaux : le haut-lithuanien et le bas-lithuanien ou jomaïtique (zemaitiskas, tiré de zemas, bas) ; on emploie ordinairement le mot de Jmoudes pour désigner les Lithuaniens de Russie ; pourtant, cet usage correspond mal à la réalité, car sur le territoire russe aussi, on distingue les Lithuaniens (au sud) des Jmoudes (au nord), et le lithuanien de Prusse (le haut-lithuanien) n'est parlé que dans une partie du territoire (au sud) ; tout le nord parle le bas-lithuanien, c'est-à-dire le jmoude. En Prusse, le Memelstrom peut être considéré comme la limite des deux dialectes. En Russie le prolongement de cette ligne séparet-il aussi les deux dialectes? Je n'oserais point l'affirmer, mais je le présume. Les livres qui paraissent en Russie sont écrits en différents dialectes. Pour les habitants du territoire prussien, même pour ceux qui parlent baslithuanien, la langue écrite est uniquement le haut-lithuanien (dialecte de Pilkallen, Instersburg, principalement dans la partie sud du domaine linguistique, pourtant sous une forme un peu plus archaïque et un peu plus pure que la langue actuelle de la conversation)... La diflerence

entre le haut et le bas-lithuanien est comparable à celle qui sépare le haut et le bas-allemand, le grec attiqueionien et le grec éolien-dorique, le slave de Test, celui de l'ouest et celui du sud (serbe-slovène), l'arabe hétraïque et l'aramaïque. Bien que la permanence des dentales devant le / soit la marque d'un stade plus ancien de l'évolution linguistique, et quoique beaucoup d'autres particularités du jmoude indiquent nettement une préservation des formes anciennes, pourtant le haut-lithuanien, c'est-àdire la langue du sud du Memelstrom, qui concorde avec la langue écrite prusso-lithuanienne, est plus importante pour la linguistique que le jmoude. Dans le jmoude usuel, en effet, l'accent se déplace et passe des finales sur la syllabe radicale : les terminaisons perdent ainsi beaucoup de leur netteté et de leur intégralité ; mais en général le baslithuanien n'est guère inférieur au haut-lithuanien pour la fermeté des règles. Il est fâcheux que ce dialecte lithuanien soit si faiblement défendu et que sans doute il soit le premier à devoir disparaître. »

11 nous a malheureusement été impossible de nous procurer en France un dictionnaire samogitien. Nous nous sommes servi, comme nous l'indiquions précédemment, d'un dictionnaire lithuanien-allemand et d'un vocabulaire lithuanien-anglais.

En tout cas, la connaissance qu'avait Mérimée du lithuanien et des langues parentes devait être assez sommaire, puisqu'il écrivait à la famille Childe, le 29 juillet 1869, c'est-à-dire au moment de la publication de Lokis : « Je ne sais ce que c'est que le letton, probablement un dialecte du lithuanien » [Revue de Paris, 1908, p. 340).

Toute la dissertation philologique qu'il fait ici rappelle singulièrement celle qui coupe le récit de la Vénus cCIlle et celle qui termine Carmen. Mérimée, comme Nodier, a le goût de la philologie mêlée au roman. On s'en apercevra encore à la fin de Lokis.

Page 88, ligne 7. — « Palatinat... 3°. Chaque province de la Pologne » (Littré). Le palatinat de Samogitie désigne donc tout simplement la Samogitie, ancienne province de la

Lithuanie, située entre la Baltique et la Gourlande au nord, la Prusse à l'ouest, la Haute-Lithuanie au sud et à l'est. Dans l'Empire des tsars, elle comprenait à peu près les districts de Chavli, Rossieni et Talsze. Elle faisait partie du gouvernement de Kovno et avait pour capitale Rossieni.

Page 88, ligne 12. — Dorpat (en latin Tarbatum), ville de Livonie à 245 kilomètres au nord-est de Riga, sur l'Embach. Elle faisait partie du gouvernement de Livonie dans l'Empire russe ; elle est actuellement en Esthonie. L'Université de Dorpat, Academia Gustaviana, fondée en 1632 et reconstituée en 1802, était si célèbre qu'elle avait été surnommée « l'Heidelberg du Nord ». Longtemps, les cours y furent faits en allemand. C'est seulement à partir de 1889 que le gouvernement du tsar se mit à la russifier. Au commencement du xx^ siècle, seuls étaient faits en allemand les cours de théologie protestante.

— , ligne 18. — Les langues transouraliennes : L'expression ne semble pas d'un usage courant ; son sens est évident.

— , ligne 20. — Ajournant donc mon mariage avec M^^^ Gertrude. . . : Mérimée raille ici les fiançailles allemandes, toujours très longues, comme on sait. Des voyages à l'étranger, une absence de plusieurs années ne leur font point de tort, au contraire. Des lettres copieuses et touchantes apaisent la tristesse de l'éloignement.

En d'autres endroits de la même nouvelle, Mérimée raille encore la sentimentalité allemande. P. 93 : « Je soupirai en pensant à M^^ Gertrude Weber. » P. 99 : « Je passai dans ma chambre et j'écrivis à M^^^ Gertrude. »

Différents passages de Lokis sont certainement une caricature, parfois très appuyée, des mœurs allemandes. En toutes circonstances, le professeur se montre d'une politesse pesante, affectée, souvent proche de la naïveté. P. 103-104 : « Je demande à Votre Excellence la permission de lui faire remarquer que la plus grande difficulté pour apprendre à lire, c'est le manque de livres. »

Mérimée est un des rares Français qui aient eu, avant 1870, une opinion franchement défavorable à l'égard du peuple allemand. Il écrivait, par exemple : « Ce peuple-ci (le suisse) me plaît ; je le soupçonne d'être un peu bête, mais il est bon et franc, le contraire des Allemands à mon avis » (Revue des Deux Mondes, 1896, p. 273). Toutefois, il appréciait Bismarck, qu'il avait vu à Biarritz {Lettres à une Inconnue, édit. Galmann-Lévy, t. II, p. 275).

Page 88, ligne 21. — Kaunas est le nom lithuanien de la ville qui s'appelle Kowno en polonais et en russe.

— , ligne 25. — Daînos, pluriel de daïna. Daïna : « a profane song », c'est-à-dire une chanson profane {Dictionnaire du Rév. Saurusaitis),

— , ligne 26. — Pasakos, pluriel de pasaka. Pasaka : « legend, story » (Saurusaitis). En 1867, avaient paru à Saint- Pétersbourg des chants populaires lithuaniens, avec la traduction en langue russe par Ivan louchkevitch.

Page 89, ligne 2. — Le Catechismus samogiticus du Père Lawicki : Le Père André Lawicki est un jésuite polonais qui suivit le faux Démétrius à Moscou et revint ensuite en Pologne. Mérimée cite son nom dans les Faux Démétrius. Mais le jésuite ne paraît pas avoir écrit le catéchisme dont parle ici Mérimée.

— , ligne 9. — Uancienne langue prussienne : Voir la note de la page 88, ligne 7.

Page 91, ligne 25. — Le docteur Froeber, à vous rendre mes devoirs : L'usage allemand autorise les gens à se présenter eux-mêmes aux inconnus en prononçant leur nom, sans oublier évidemment l'énoncé copieux de leurs titres.

Page 92, ligne 11. — Un verre de cette starka; littéralement, un verre de cette « vieille ». Starka est d'ailleurs un mot polonais.

— , ligne 13. — Drontheim est le nom germanique de la ville norvégienne de Throndhejm.

— , ligne 17. — Vous êtes de Koenigsberg, moi de Memel, mais faifait mes études à léna. Il est assez difficile de comprendre

l'opposition marquée par le mais. A l'époque où fut écrit Lokis, et dès le xviii® siècle, Memel et Koenigsberg faisaient partie du royaume de Prusse. Memel n'a été séparé de la Prusse et rattaché à la Lithuanie qu'en 1919. Il semble donc naturel que le docteur ait fait ses études à léna.

Faut-il supposer que Mérimée ne connaissait pas très bien la situation géographique de Memel? Si l'on veut une preuve de son ignorance en géographie, on relira ce passage d'une lettre à l'Inconnue datée du 5 décembre 1862 : « Si vous aviez à votre portée quelque moj^en d'information, tâchez de savoir si une ville qui en russe s'appelle Lwow ne serait pas par hasard la même que Lemberg en Gallicie [sic). »

Page 93, ligne 1. — Rosienie est un chef-lieu de district dans le gouvernement de Kowno, à 80 kilomètres de cette ville, à vol d'oiseau. Le nom lithuanien est Roseiniai.

— , ligne 25. — Kalouga, chef-lieu de province, à 175 kilomètres au sud de Moscou.

Page 94, ligne 1. — Du meilleur : Cet usage un peu archaïque de meilleur est noté par Littré. Son exemple le plus moderne est celui-ci : « Vivons libres, soutenons ses droits et buvons du meilleur ». Voltaire, Facéties. Quest. sur les mir. — Mérimée adopte volontiers dans ses ouvrages, et même dans ses lettres, un style légèrement archaïque. Cf. note p. 94, ligne 25.

— , lignes 17 à 19. — Elle est de la famille des Keystut... Nous descendons, nous, de Gédymin...

Nous désigne sans doute le père de l'actuel comte Szemioth, avec la famille de qui le docteur s'identifie.

Gédymin est un grand-duc de Lithuanie mort en 1339. Guerrier valeureux, il reprit la Samogitie aux chevaliers de l'Ordre teutonique, conquit la Volhynie et pénétra en Russie au delà de Kiev. Bien que païen lui-même, et adversaire acharné des Teutoniques pour des raisons politiques, il n'empêcha point ses sujets de se faire chrétiens. 11 est le fondateur de Wilno, dont il fit sa capitale.

Keystut, fils de Gédymin, un des héros de la Lithuanie,

reprit, avec son frère Olgherd, la Samogitie, enlevée à leur père par les Teutoniques.

Si le comte descendait de Gédymin et la comtesse de Keystut, qui est le fils de Gédymin, ils avaient donc la même ascendance, et l'opposition marquée par Mérimée ne se comprend pas. Il est probable qu'il ne connaissait pas les liens de parenté unissant les deux héros lithuaniens, dont il n'avait retenu que les noms.

Page 94, ligne 25. — Elle reste en arrière ou dépasse les veneurs, je ne sais lequel : Lequel est ici un pronom neutre. Peut-être Mérimée a-t-il voulu ajouter une touche de couleur locale en imitant le germanisme : « ich weiss nicht was ». Ou peutêtre emploie-t-il une tournure légèrement archaïque.' Voir le Mariage de Figaro, acte III, scène XII : «Vous avez dit qu'elle était passée chez elle. — Passée... ou entrée là, je ne sais lequel. »

Page 95, ligne 7. — Sans doute pour aller la dévorer, ou plutôt, comme le montre la correspondance de Mérimée, pour une raison moins avouable. La comparaison avec les moines, quelques lignes plus loin, prend, dans le second cas, un sens qui rappelle les vieux fabliaux, et qui est tout à fait conforme à l'anticléricalisme de Mérimée.

Page 96, ligne 2. — Codéine : Un des alcaloïdes extraits du suc de pavot et entrant dans la composition de l'opium. On l'emploie sous forme de pilules et surtout de sirops. « Je vais, pour ma part, tout doucement au monument [tombeau]. Je me suis enrhumé il y a quinze jours et j'ai toussé depuis lors à me rompre le crâne. A force de codéine, j'en suis à peu près quitte. » Lettres à Viollet-le-Duc, l®'' janvier

Page 96, ligne 7. — Tuez la béte : Si l'on adopte l'interprétation la plus innocente, on peut supposer que la comtesse se rappelle ici confusément l'agression de l'ours. Mais il faut plutôt comprendre, avec Mérimée lui-même, que la comtesse, dans sa folie, sait que le jeune comte est fils de l'ours.

Page 96, ligne 24. — ...le hurlement : Les psychiatres modernes ont noté le caractère contagieux et épidémique de certaines formes de l'hystérie.

Klik, klikoucha. La note de Mérimée est exacte.

Page 97, ligne 22. — Uourse... lui donne un coup de langue : Simplement pour s'assurer qu'il est bien mort, si la nouvelle est innocente. Mais plutôt parce qu'elle se rend compte qu'elle a affaire à un mâle de son espèce.

Page 98, ligne 1. — Sévastopol : Nous disons généralement Sébastopol. La forme russe est Sévastopol, celle précisément que donne Mérimée.

— , ligne 4. — ... le fameux bastion n° 5, attaqué par le général Forey au début du siège.

Page 98. — Cette conception de l'héroïsme militaire se retrouve dans le Héros et le Soldat de Bernard Shaw. Il y aurait d'ailleurs bien des rapprochements à faire entre le tableau ironique de l'humanité que nous présente le dramaturge irlandais et celui que nous offre Prosper Mérimée.

Page 99, ligne 7. — La préférence est un jeu de cartes qui se joue à trois et qui tire son nom de l'ordre de préférence suivant lequel sont hiérarchisées les catégories de cartes. La couleur supérieure est le cœur, puis vient le carreau, puis le pique et enfin le trèfle.

— , Les douratchki : De douratcJiok (singulier), dont le sens est « sot ». Le sot est naturellement celui qui perd. Ce jeu très simple n'est guère pratiqué que par les enfants. Il est assez singulier que le T)^ Froeber offre au professeur Wittembach de prendre part à des jeux aussi différents comme difficulté que la préférence et les douratchki. Est-ce là un trait d'ironie de Mérimée ou une preuve de son ignorance?

Page 99, ligne 29. — Véclat de ses yeux... : On retrouvera cette même fascination du regard dans la statue de la Vénus d'IUe et dans le portrait d'il Viccolo.

Page 100, ligne 21. — ... robe de chambre boukhare : Boukhara ou Bokhara est une ville du Turkestan, chef-lieu d'un khanat du même nom, situé entre Samarkand et l'Afghanistan. Bokhara exporte des étoffes de pure soie et des étoffes de soie et coton.

Page 102, note 1. — Siatelstvo, plutôt Votre Sérénité, Votre Altesse Sérénissime.

Page 103, ligne 9. — Depuis une trentaine d'années, le prussien n^est plus qu^une langue morte... : Il semble même mort depuis le xvii^ siècle. Voir la note de la page 88, ligne 7.

— , ligne 11. — ...le comique est un dialecte celtique, qui fut parlé en Cornouailles. En 1865 parut à Londres le Lexicon Cornu-Britannicum de Williams.

Page 104. — Les Trois Boudris (titre polonais) est une légende lithuanienne racontée par A. Mickiewicz dans le Bomancero (1845). Nous reproduisons la traduction littérale donnée par Ostrowski (t. II, p. 306). Il est intéressant de comparer les deux textes pour apprécier la façon dont Mérimée traduit Mickiewicz.

Le vieux père Boudris appelle ses trois fils, tous bons Lithuaniens comme lui, dans la cour du castel, et leur dit : « Apprêtez les chevaux et les selles, aiguisez vos glaives et vos dards ;

« Car on m'a dit à Vilna qu'on va incontinent déclarer la guerre aux trois coins du monde. Olgierd marchera contre les Russes, Skirgellon contre nos voisins les Polonais et le prince Keystout tombera sur les Teutons *.

« Vous êtes jeunes et dispos ; allez servir le pays ; que les dieux lithuaniens vous conduisent. Je ne sers pas en plaine cette année ; mais je veux vous donner un conseil ; vous êtes trois, et vous avez trois routes à suivre.

« Un d'entre vous doit suivre Olgierd en Russie vers les bords du lac Ilmen et les murs de Novgorod. Là, il trouvera des queues d'hermine et des étoffes brodées à foison, et chez les marchands des roubles comme de la glace 2.

1, Olgierd, Keystout et Skisgellon sont les trois fils de Gédymin.

2. Les roubles étaient autrefois taillés à coups de hache dans des barres d'argent.

« Que le second s'enrôle dans les gardes du prince Keystout ; qu'il extirpe cette racaille de croisés', il trouvera de l'ambre jaune comme du sable, des draps d'un lustre merveilleux et des rubis dans les oripeaux des prêtres.

« Que le troisième passe le Niémen à la suite de Skirgellon ; il y trouvera de chétifs instruments de ménage, mais en revanche il pourra choisir de bonnes lances, de fameux boucliers, et qu'il en ramène une belle fdle !

« Car les amantes des Polonais ont plus d'attraits que les captives de tous les pays : folâtres comme de petites chattes, elles ont les joues plus blanches que le lait, les paupières ornées de beaux sourcils noirs, et les yeux brillants comme deux étoiles.

« C'est de là que j'amenai, il y a un demi-siècle, quand j'étais jeune, la captive polonaise qui fut ma femme, et, quoiqu'elle soit déjà dans le tombeau, je ne puis regarder de ce côté^ sans me la rappeler. »

Ayant ainsi donné ses avis, il ajouta sa bénédiction ; les garçons s'élancent à cheval, saisissent leurs armes et disparaissent. L'automne et l'hiver passent, les fils ne reviennent pas ; le vieux Boudris pense déjà qu'ils sont morts.

A travers grêle et vent, un guerrier accourt au village, et sa bourka se gonfle sur quelque doux fardeau. « Ha I Ha ! c'est une caisse ! et cette caisse est pleine de roubles de Novgorod ! — Non, mon père, c'est une belle fille de Pologne. »

A travers grêle et vent, un guerrier accourt au village, et sa bourka se gonfle sur quelque doux fardeau. « Ha! ha! sans doute tu nous apportes un sac d'ambre jaune d'Allemagne ! — Non, mon père, c'est une belle fille de Pologne. »

A travers grêle et vent, un guerrier accourt au village, et sa bourka se gonfle sur quelque doux fardeau... mais, avant qu'il n'ait montré son butin, le vieux Boudris fit prier ses amis pour une troisième noce.

Page 107, ligne 2. — Katazyna. Il faudrait Katarzyna, c'està-dire Catherine en polonais.

— , ligne 5. — La panna Iwinska : o Pana, unmarried lady » (Saurusaitis),« Pana, fraûlein (aus des poln.) » (Schleicher, Glossaire annexé au Handbuch der litauischen Sprache, t. II). Mérimée adopte la forme polonaise panna.

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