‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 57 sur 71 · Vers la Pologne, au couchant · texte numérisé non relu

Vers la Pologne, au couchant

Page 107, ligne 6. — louïka, diminutif de Juliana.

— , ligne 10. — Vous vous êtes laissé mystifier. — Cette mj'stification imaginaire du professeur Wittembach par Mlle loulka est le souvenir d'une double mystification réelle.

En effet, Mickiewicz, charmé par la couleur locale de la Guzla, traduisit en polonais la ballade intitulée Le Morlaque à Venise, qu'Ostrowski, traducteur des œuvres de Mickiewicz, remit ingénument en français. M. Léger a publié le texte de Mérimée et celui d'Ostrowski côte à côte dans la Nouvelle Revue (15 juin 1908).

Pouchkine, qui y avait été pris lui aussi, raconte pour s'excuser qu'il avait consulté Mickiewicz au sujet de la Guzla : « Ce poète était, dit-il, un critique clairvoyant et un délicat connaisseur de la poésie slave ; il ne doutait pas de l'authenticité de ces chants. » Voir le livre de M. Voyslav Yovanowitch {La Guzla de P. Mérimée, p. 513), qui conteste d'ailleurs la compétence de Mickiewicz.

D'autre part, Mérimée lui-même avait été mystifié à propos de cette ballade des Fils de Boudrys. Dans l'Épisode de Vhistoire de Russie, p. 79, il lui donne pour auteur Pouchkine. L'adaptation du poète russe fut écrite en 1829 et publiée en 1833.

Page 108, ligne 8. — Le Ghazel est un poème persan composé de cinq ou sept strophes de deux vers.

— , ligne 24. — Folâtre comme une chatte... : La panna Iwinska ressemble à la sœur de l'Autre Inconnue, telle qu'elle apparaît dans les Lettres de Mérimée. C'est une de ces femmes perverses et captivantes comme Mérimée en a tant décrit, et dont le type le plus achevé se trouve sans doute dans le Carrosse du Saint-Sacrement.

Page 110, ligne 21. — Lestaroste... : Starosta désigne primitivement, en polonais, un gentilhomme tenant un fief de la Couronne, avec ou sans juridiction. Le mot peut aussi s'appliquer au régisseur, à l'intendant. Il désigne enfin, et c'est sans doute le cas ici, le préfet, le gouverneur.

Page 112, ligne 3. — J^ai... une prédilection instinctive pour les chats... Jamais un chat ne rn'a griffé... : Mérimée prête au docteur son propre goût pour les chats, et sans doute aussi son expérience personnelle des bêtes. Il aimait tous les animaux, depuis la tortue, « qui répondait à son nom et donnait des baisers », jusqu'au prégadiou, qui mangeait les mouches avec tant de plaisir ; il fut séduit par une chouette à la a physionomie très drôle, ressemblant aux gens remplis de prétentions par son air et son expression ultra-graves », mais sa plus grande affection était pour les chats (F. Chambon, Prosper Mérimée, l'écrivain, l'artiste, 1907, p. 21. Pour le prégadiou, voir les Lettres à une Inconnue, t. I, p. 115).

— , ligne 10. — Une forêt où, à cette heure, existe florissant V empire des bêtes .-Voici le passage de Mickiewicz qui a inspiré Mérimée :

Là, comme dans l'arche de Noé, se conserve pour la reproduction de l'espèce une paire au moins de tous les animaux.

Au milieu, dit-on, s'élèvent les châteaux du vieil auroch, du bison et de l'ours, ces monarques des forêts. Autour d'eux, comme des ministres vigilants, se nichent sur les arbres l'once agile et le glouton vorace.

Plus loin, pareils à de nobles vassaux, tout respectueux, demeurent les sangliers, les loups et les élans aux laides cors. (Traduction de Charles Edmond, La Pologne captive.)

— , ligne 12. — Matecznik : Mot polonais signifiant matrice.

Page 112, ligne 20. — Joubr : Le mot ne se trouve pas dans le vocabulaire lithuanien de Saurusaitis. En polonais, zubr désigne le taureau sauvage, le bison, le buffle.

Selon Elisée Reclus, il ne faut pas confondre l'auroch et le bison. Si les aurochs ont complètement disparu, les bisons ont longtemps persisté dans la forêt de Béloviège. Les derniers ont été tués pendant la guerre de 1914-1918.

Page 112, note 1. — Messire Thadée fut composé à Paris en 1834. Mickiewicz lui-même l'a appelé poème « villageois ». En même temps qu'une très belle épopée, c'est un tableau saisissant de la vie de la vieille noblesse polonaise,

dont l'influence européenne n'avait pas encore affadi les mœurs.

Page 112, note 1. — La Pologne captive et ses trois poètes Mickiewicz, Krasinski, Slowaki, 186k. Leipzig, F.-A. Brockhaus ; Londres, Trubner. A Paris, chez tous les libraires. L'ouvrage, anonyme, avait pour auteur un certain Ghoreçki qui, sous le pseudonyme de Charles Edmond, a écrit en français de nombreuses pièces de théâtre.

Page 113, ligne 3. — Uurus des Commentaires de César, livre VI, chap. xxviii.

Page 113, ligne 14. — Une tchékhole, une housse. Le mot est masculin. Mérimée en fait à tort un féminin.

— , ligne 17 : ... dans la forêt : Les quelques lignes qui suivent sont inspirées de Mickiewicz (voir notre introduction,

p. XLIV).

Page 115, ligne 10. — ... panier rempli de champignons : Mickiewicz parle des arbres « couverts d'affreux champignons » (Charles Edmond, La Pologne captive, p. 40).

Page 115, ligne 23. — Agaricus necator :«. Ce champignon, dont le nom seul épouvante, passe pour être très dangereux. Il paraît pourtant qu'il n'en est pas ainsi, car M. Weimann dit qu'on le mange en Russie » (Charles d'Orbigny, Dictionnaire universel d'histoire naturelle. Paris, 1847, t. I, p. 174).

« Agaricus necator. Propriétés : vénéneux ou au moins indigeste et coriace. Est rejeté par le vomissement chez les chiens. Habitat : toute la France, dans les bois découverts, les bruyères ombragées, les gazons abrités » (H. Bâillon, Iconographie de la flore française, t. V, planche 454).

Page 115, ligne 29. — Pirkuns : «. Un dieu terrible, l'impitoyable Perkounas, déchaînait les orages, lançait la foudre » (Charles Edmond, La Pologne captive, p. 7),

Pirkuns serait donc la forme samogitienne, Perkounas la forme haut-lithuanienne. Ce serait la première fois que Mérimée citerait un mot samogitien. Le reste du temps, et malgré la distinction qu'il a lui-même établie, il n'a cité

que du lithuanien, en précisant certes à chaque fois qu'il s'agissait d'un mot lithuanien, mais sans jamais l'opposer au mot samogitien. Peut-être d'ailleurs emploiet-il ici, en l'estropiant, la forme polonaise Perkuns.

Page 116, ligne 18. — Circé lithuanienne : «Le Lithuanien nourrissait des serpents apprivoisés, qui souvent, à l'heure de ses repas, rampaient tranquillement sur la table et, enlaçant les coupes, s'abreuvaient de miel et de lait » [La Pologne captive, p. 8).

— , ligne 22. — ...les prétendus sorciers, pour la plupart à la fois dupes et fripons : La psychologie moderne confirme tout à fait l'explication de Mérimée. Elle admet couramment qu'il y a, chez les thaumaturges, un bizarre mélange de supercherie et de naïveté ; ils trompent leur public par des pratiques d'une habileté surprenante, mais ils sont les premiers à se prendre à leur propre jeu, un peu comme les menteurs qui, à force de se répéter, finissent par croire euxmêmes à ce qu'ils disent.

— , ligne 25. — ... couleur locale : Mérimée se moque peutêtre de lui-même et de la manière dont, de bric et de broc, il a composé la couleur locale de cette nouvelle. Peut-être aussi est-il, comme les prétendus sorciers dont il parlait tout à l'heure, à la fois dupeur et dupé en matière de couleur locale.

— , ligne 29. — Knauss était un peintre allemand estimé qui travailla huit ans à Paris, de 1852 à 1860 : « A l'exacte observation de la réalité et à la sûreté de métier qui caractérisent les Français, dit le Brockhaus Lexikon, il ajouta la sincérité et la profondeur de la sensibilité allemande. » Il fut un brillant représentant de cette peinture de genre qui tomba, à la fin du xix^ siècle, dans un discrédit complet et que les modernes ont appelée du nom péjoratif de peinture d'anecdote. Pour caractériser la peinture de Knauss, il suffit de citer le titre de quelques-unes de ses œuvres : Enterrement dans un village de Hesse, Le Social démocrate. Le Colporteur, La Femme commissionnaire.

Dernières Nouvelles. <2

Enfants jouant avec une chèvre, La Maison forestière... La Promenade dans un parc fut achetée par le musée du Luxembourg en 1855.

Page 117, note 1. — Les waïdelotes étaient des prêtres chargés de raconter au peuple, dans un langage rythmique, les faits des aïeux, à l'occasion des solennités, notamment de celle du Bélier, en automne.

« Ce pape ou krive-kriveyto... habitait la forêt sacrée de Romove, sur le territoire de la Lithuanie prussienne ; entouré de prêtres-chanteurs ou vaïdelots, groupés hiérarchiquement, il était invisible au peuple des profanes... » (Elisée Reclus, Géographie universelle, t. V, p. 432).

— , ligne 22. — Cest toi qui dois aller là-bas... : D'après Mickiewicz, ce n'est pas le lion Noble qui règne sur l'empire des forêts, mais bien le vieil auroch, le bison et enfin l'ours. Le comte a donc des droits héréditaires à cette mystérieuse couronne.

Page 120, ligne 9. — En matière de mariage... : Réflexion personnelle. Dans la Vénus d'Ille, Mérimée avouait qu'un mariage le rendait toujours triste (édit. Calmann-Lévy, p. 280).

Page 123, ligne 7. — La roussalka est une danse du pays. Les Roussalki étaient des nymphes de la Ross, rivière de l'Ukraine, chantées par Bohdan Zaleski. Elles ressemblaient aux Willis, habitant la Wilia, affluent du Niémen, et que Mickiewicz a chantées ûd^n?, KonradWallenrod. Voir le résumé de la mythologie lithuanienne dans les Œuvres poétiques d'Adam Mickiewicz, traduites par Christian Ostrowski, édition de 1845, p. 332.

Page 124, ligne 1. — La roussalka est à la fois dryade et nymphe des eaux. Ondine folâtre sur les bords du Danube, elle est devenue, dans les sombres forêts du Nord, un esprit malfaisant et vindicatif. Yeux verts, visage pâle, cheveux en désordre, elle attire les gens pour se donner le malin plaisir de les noyer.

Page 124, note 1. — Sarafane, mot russe d'origine orientale

(tatare ou persane), comme la plupart des termes de parure. C'est un vêtement sans manches, pincé à la taille.

Page 125, ligne 14. — Rappelant les danses sacrées des Grecs : Cette danse les rappelle d'autant mieux que Mérimée s'est probablement inspiré des danses grecques pour décrire cette danse lithuanienne.

— , ligne 21. — Quartier de soulier : « La pièce ou les deux pièces de cuir qui environnent le talon » (Littré).

Page 126, ligne 13. — Les Charruas : Indiens du Rio de la Plata.

— , lignes 21-23. — Il est possible que Mérimée ait eu l'idée de cet épisode en lisant le livre du général Daumas, La Vie arabe, que nous avons déjà cité à propos de Djoûmane. On trouve, en effet, à la page 393 : «... Ils saignèrent immédiatement soixante chamelles, burent leur sang, l'eau qu'elles avaient dans l'estomac et furent sauvés. C'est là, en effet, la ressource suprême des Touaregs en cas de disette d'eau. »

— , ligne 25. — Les Kalmouks forment la branche occidentale des Mongols. Ils habitent les régions situées entre le Don et la Volga, l'Altaï et la Chine occidentale.

— , ligne 26. — Le comte me demanda comment f avais trouvé cette boisson... : Nous sommes à un moment important dans la nouvelle et dans l'évolution morbide du comte. Jusqu'ici, il était un être complexe, moitié homme, moitié ours, à qui l'accident de sa naissance avait donné des instincts sanguinaires vagues. Le récit du professeur polarise ces instincts, les fixe sur une image précise. Avant, il était simplement prédisposé ; maintenant, il va être obsédé.

Page 127, ligne 10. — ... chupon : En espagnol, sucée.

Page 130, ligne 6. — // n^y a pas, comme dans notre chère Allemagne, de bons lits de plume... : En effet, l'hôte d'un lit allemand est couché sur une couette et recouvert d'un immense édredon. Comme il n'y a pas de drap supérieur,

c'est la housse de l'édredon qui en tient lieu. Le dormeur est pour ainsi dire plongé dans la plume et ne craint pas le froid.

Page 132, ligne l^. — Turpi clausus... (Horace, Satire II, VII, 59-61). La citation exacte est :

An turpi clausus in arca, Quo te dimisit peccati conscia herilis, Contractum genibus tangas caput?

L'esclave d'Horace, Dave, profitant de la liberté des Saturnales, montre à son maître qu'en dépit de ses prétentions il ne vaut pas mieux que lui. L'un et l'autre ont les mêmes instincts, mais Dave assouvit les siens en s'adressant à la première fille venue, tandis qu'Horace s'introduit sous un déguisement chez une femme mariée, au risque d'être obligé, par un retour imprévu du mari, à se réfugier dans un coffre à habits, où sa tête touche ses genoux.

C'est la satire à laquelle Hugo fait allusion dans sa Dernière Gerbe, lorsqu'il écrit :

Surpris par un mari, lorsqu'une nuit, Horace S'enfuit en laissant choir ses grègues sur sa trace, Et conte l'aventure à son valet-mignon...

Page 134, ligne 12. — Physiologie : Ce mot a changé de sens. A l'époque de Mérimée, la physiologie comprend tout ce que nous rangeons maintenant dans la psychologie pathologique. La table des matières de la Bévue des Deux Mondes, 1831-1874, classe dans la « physiologie » des articles tels que ceux-ci : Des sciences occultes au xix^ siècle ; Le Magnétisme animal ; Le Merveilleux autrefois et aujourd'hui, etc..

Page 135, ligne 6. — La dualité, la duplicité de notre nature : Le passage qui suit paraît inspiré d'Edgar Poe : Le Démon de la Perversité {Nouvelles histoires extraordinaires).

Page 139, ligne 6. — 6'2a«'/é .■ Ville importante où se trouvent des tanneries. En lithuanien, Siauliai.

ÉCLAIRCISSKMENTS DU TEXTE 181

Page 139, ligne 23. — Tous les paysans de Médintiltas... : « Il y a une coutume dans notre famille de se marier au son de la musique du village » (Mickiewicz, traduction Charles Edmond, La Pologne captive).

Page 141, ligne 24. — Le maréchal de la noblesse : Les gentilshommes de chaque province élisaient un président ou maréchal par district. Le mot russe est predsiédatel, le mot polonais marszalek szlachty.

Page 145, ligne 26. — Pane, masculin de pana (voir note de la p. 107, ligne 5).

Page 147, ligne 4. — J'aurais eu quelque curiosité de voir de près les danses populaires... Mérimée, comme nous l'avons déjà dit, a eu soin de ne pas décrire cette fête, pour ne pas imiter Mickiewicz. Il avait d'ailleurs, on le sait, horreur de toute description.

Page 149, ligne 1. — Adélaïde : La sœur ou l'épouse de Théodore.

Page 149, ligne 11. — Si vous étiez bien pénétré. . . ; Cf. Carmen. Mérimée mêle volontiers l'érudition au roman. Au début de Carmen, l'auteur fait la connaissance de son héros, don José, en parcourant à cheval l'Andalousie pour rechercher à quel endroit eut lieu exactement la bataille de Munda où, « pour la dernière fois, César joua quitte ou double contre les champions de la République ». Le roman se termine par d'assez longues considérations sur la race, sur l'organisation sociale et particulièrement sur la langue des romanis (tziganes). « Il paraît, dit Mérimée, qu'un grand nombre de racines et beaucoup de formes grammaticales du romani se retrouvent dans des idiomes dérivés du sanscrit. » Par conséquent, sans doute, dans le lithuanien.

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