II. — La Chambre bleue, opéra-comique
La nouvelle de Mérimée a fourni le sujet de la Chambre bleue, opéra-comique en un acte, paroles d'Edouard Noël, musique de Jules Bouval, représenté pour la première fois sur le théâtre national de l'Opéra-Comique le 16 janvier
Cette pièce présente une- grosse supériorité, quant à l'habileté de l'affabulation et à la gaîté des répliques, sur le vaudeville de M. de la Rounat.
L'action se passe à Fontainebleau le jour où le commandant de Prémaillac, personnage ajouté, fête son quatrième galon en même temps qu'il enterre sa vie de garçon. Dans l'opéra-comique, les deux amoureux sont, comme dans la nouvelle de Mérimée, des amants clandestins, et, pour corser la situation, Léon est même substitut.
Pour la présentation des deux Anglais, la situation est habilement renversée. C'est avec le neveu, hâve, déguenillé, que les amants ont voj^agé, et c'est par le bavardage de l'hôte qu'ils apprennent l'existence de l'oncle et sa parenté avec l'inquiétant voyageur.
D'ailleurs, le vieux milord signale lui-même assez bruyamment sa présence en appelant la bonne tous les quarts d'heure pour obtenir une nouvelle ration de porto. C'est là un effet de comique à répétition assez banal, mais qui ne doit point manquer d'être efficace au théâtre. On entend bientôt, dans la pièce voisine, les éclats de voix d'une dispute entre les deux Anglais, l'oncle et le neveu.
Comme dans le vaudeville de La Rounat, la maîtresse de Léon s'endort, exténuée, et le petit jour peut venir sans trop d'invraisemblance.
Quant au dénoùment, il se trouve corsé avec quelque maladresse. L'hôtelier, voulant préparer la note, prend, sur la table de la chambre bleue, une feuille de papier à lettre tachée de rouge. « C'est du sang. L'Anglais a été assassiné ! » s'écrie Léon devant l'hôte et le commandant de Prémaillac.
En effet, de Prémaillac, qui est entré la veille dans la chambre bleue sous un vague prétexte et qui a reconnu en Léon un vieux labadens, vient de revenir sous un prétexte encore plus vague. C'est lui qui, doué d'un sang-froid tout militaire, découvre le premier l'erreur de Léon en entendant éternuer le vieux milord.
Il est assez difficile de comprendre les raisons qui ont poussé l'auteur à créer ce rôle inutile et inconsistant de Prémaillac. Sans doute y a-t-il été obligé par les nécessités musicales, pour introduire une voix de baryton.