III. MÉRIMÉE AU CINÉMA
La censure allemande vient, paraît-il, d'interdire un film intitulé Le Mariage de VOurs et dont voici le scénario, d'après la Cinémato graphie française :
« La naissance du dernier des comtes Schemmet est enveloppée d'événements sanglants. Le père tue le prétendu amant de sa femme. Celle-ci, devant le cadavre de l'homme, est attaquée par un ours et devient folle. A trente-cinq ans, le jeune comte revient au domicile paternel.
« Drapé dans une peau d'ours, il erre dans la forêt, attaque une jeune paysanne et la mord au cou. Malgré la défense du médecin, il épouse Julia, la fille d'un comte voisin.
« A la noce, un ours qui danse réveille ses instincts, et la nuit de noce même, il tue sa femme par des morsures et s'enfuit. Le bourgogne qu'il a bu a le goût du sang et lui rappelle le sang qu'il a sucé au cou de la paysanne. Quand, après quelque temps, il revient dans la région, il est tué à son tour et son château devient la proie des flammes. »
Le sujet de ce film est cyniquement emprunté à la nouvelle de Mérimée qui a pour titre Lokis. L'auteur du scénario s'est contenté d'ajouter quelques détails mélodramatiques : le meurtre de l'amant de la comtesse, la peau de l'ours que revêt le jeune comte et l'incendie du château.
En somme, il n'a rien fait de plus que ce que font d'ordinaire les adaptateurs de cinéma : il a respecté le sujet en l'extériorisant par certains côtés. Il a seulement oublié de citer le nom de Mérimée.
Quelques journalistes français, scandalisés par le sujet, ont déclamé contre la corruption allemande, ce qui, en la circonstance, paraît fort imprudent.
Il eût été plus juste et plus sage de crier : Au voleur !
Léon Lemonnier.
Mercure de France, 15 juillet 1926.