‹ [Œuvres complètes]Chapitre 10 sur 135 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

« Tous ces messieurs, les auditeurs, qui sont romantiques n'ont pas voulu répondre à une question que je ne cessais de leur répéter : un auditoire ordinaire et composé de femmes, comment serait-il affecté par la représentation ou seulement la lecture d'une semblable pièce? Ils répondent toujours à cette objection que ces pièces ne sont pas faites pour le théâtre. Mais alors la grande difliculté n'est point résolue en faveur du romantisme, puisque ses apôtres prétendent qu'il faut avant tout plaire généralement en se rendant intelligible et agréable à tous. Or, je prétends que les pièces de Mérimée et celles de Rémusat, qui sont si amusantespour un auditoire choisi, seraient offensantes pour un auditoire public, payant, et où se trouveraient rassemblées des personnes d'âges, de sexe et d'opinions différents.

« Au surplus il y a eu peu de discussion à la suite de cette lecture ; tous ceux qui étaient là sont enragés romantiques, hommes de parti, voulant faire triompher leur opinion en dépit de la vérité. On va imprimer les pièces de Mérimée et je crains bien que cet essai ne tourne au détriment du genre, car le public goûtera certainement moins le mérite qui s'y trouve qu'il ne sera choqué de la hardiesse des opinions et de la liberté des peintures qu'on y a introduites. »

Le surlendemain, Delécluze écrit :

« 12 avril.

|« Dans la matinée, Mérimée est venu me voir et j'ai fait d'après lui le portrait de Clara Gazul, actrice espagnole, sous le nom de laquelle il veut publier son Théâtre. Celte petite supercherie a assez bien réussi, et à présent le personnage de Clara Gazul a pris une réalité que reu-

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