OU LE PRÉJUGÉ VAINCU
Le thème du mariage qui se heurte aux convenances sociales et aux préjugés nobiliaires revient souvent dans le théâtre espagnol ; entre autres pièces, Mérimée s'inspire de Las très justicias en una de Calderon (cf. J. I, se. 1) et de El Baron de Moratin. Il s'inspire également du Moine de Lewis (cf. ch. v, p. 195). Mais la première partie de Inès Mendo n'est que la mise à la scène des idées développées par Rousseau dans le livre V de VÉmile. « Voulezvous prévenir les abus et faire d'heureux mariages, étouffez les préjugés, oubliez les institutions humaines et consultez la nature... Je dis que... il y a telle convenance de goûts, d'humeurs, de sentiments, de caractères, qui devrait engager un père sage, fùt-il prince, fût-il monarque, à donner sans balancer à son fils la fille avec laquelle il aurait toutes ces convenances, fût-elle née dans une famille déshonnête, fût-elle la fille du bourreau » {Œuvres complètes de J.-J. Rousseau. Paris, Furne, 1846, 4 vol. in-8«, t. II, p. 668).
Le thème sera repris par G. Sand dans Valentine.
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Page 487, ligne 4. — Sease ella. ...... qu^elle soit madame, et qu'il
en arrive tout ce quil pourra » (réplique de Sancho à Thérèse, dans Don Quichotte, partie II, 1. V, ch. v, trad. Filleau de Saint-Martin. Paris, A. Sautelet, 1826, 6 vol. in-S», avec une Notice de Mérimée, t. III, p. 53). L'épigraphe indique la « source » même de la pièce : Mérimée s'inspire ici de la dispute qui éclate entre Sancho et sa femme Thérèse : Sancho veut marier sa fille à un noble ; le bon sens de Thérèse s'y oppose. « Marion sera comtesse, quand tu devrais en crever, et quelque chose que tu en dises » [Ibid., p. 55), déclare Sancho, que l'ambition dévore. Dans la première partie de Inès Mendo, l'héroïne de Mérimée n'est autre que Marion devenue, en effet, comtesse.
Page 189, ligne 9. — ...le style culto : Mérimée s'expliquera sur ce point dans sa Notice sur Cervantes, publiée en 1826 (cf. Portraits historiques et littéraires, éd. Calmann-Lévy, p. 21), dans sa seconde étude sur Cervantes publiée dans la Revue des Deux Mondes du 15 décembre 1877 (cf. p. 753), enfin dans son article sur History of Spanish Literature, by G. Ticknor, publié dans la Revue des Deux Mondes du 15 avril 1851 (cf. Mélanges historiques et littéraires, éd. Calmann-Lévy, p. 258-259). — Contre le style culto, cf. Moreto, El desdén con el desdén (dialogue entre Ricardo et le duc).
Page 190, ligne 12. — ... en Galice...: La Galice avait la réputation d'un pays sauvage et arriéré. Cf. Lope de Vega, La Moza de Càntaro, J. II, se. 6. — El Mejor Alcalde el Rey, .1. I (trad. E. Baret, p. 69).
Page 191, ligne 16. — U alcade : alcalde est la vraie forme. .\lcade est un barbarisme français, mais l'usage a prévalu.
— , ligne 19. — Quand j'entraidans les ordres ... : Le Curé, dont le langage va devenir vraiment espagnol, rappelle d'abord Antonio et Hafaâl de Une Femme est un Diable.
Page 192, ligne 3. — Un inquisiteur qui condamne... : Voilà la contre-partie des paroles de Rafaël et do Domingo dans Une Femme est un Diable (se. 1, p. 151).
Page 193, ligpne 18. — Je vous baise les pieds : Cf. Alarcon,
Ganar Amigos, J. I, se. 3; J. II, se. 5; J. III, se. 4 et se. 13 (trad. A. Royer, p. 185, 221, 258, 274). — La Verdad sospechosa, J. I, se. 2 (Ibid., p. 25). — Cervantes, dédicace de Persiles et Sigismunda (cf. Portraits historiques et littéraires, p. 52), ete... Le baise-main était, semble-t-il, réservé aux hommes. Cf. Romancero General, t. I, p. 502, pièce 771. — Lazarille de Tormes, trad. Viardot. Paris, J.-J. Duboehet, 1846, in-8°, ch. iv, p. xxxiv. — Mérimée marquera la nuance p. 200, ligne 13.
Page 1 94, ligne 9. — Nous sommes pauvres. . . .• Sur ces préjugés, cf. Lewis, Le Moine, dont Mérimée s'inspire ici autant que de Don Quichotte (cf. le Moine, p. 18, 195-196. — Don Quichotte, t. III, p. 57).
— , ligne 22. — Mais, prends-y garde... : Cf. Lewis, ouvr. cité, p. 18, réplique de Lorenzo au comte de Cristoval. — Cervantes, Don Quichotte, t. III, 2® partie, 1. V, ch. V, p. 53 : réplique de Thérèse à Sancho). — Il ne faut pas oublier que Mérimée reprend un thème à la mode (cf. M™e de Genlis, Mademoiselle de Clermont. — M^^^ de Duras, Ourika, Edouard).
Page 195, ligne 1. — ... il estime autant un paysan... il dit qu'un noble peut bien épouser une roturière... Il n^y a que les professions... : Cette théorie est empruntée à Calderon (cf. El Alcalde de Zalamea, J. I, se. 16).
Page 197, ligne 23. — Et c'est dans les anciens... : Toutes les idées qu'expose Don Luis font songer aux philosophes français du xviii» siècle plus encore qu'à Sénèque ; mais Sénèque, que Don Luis évoque à plusieurs reprises, est un écrivain cher aux Espagnols, et, jusqu'au xviii^ siècle, sa vogue sera considérable dans la Péninsule.
Page 203, ligne 3. — Don Esteban lui donnant un soufflet... Cette querelle rappelle les innombrables querelles qui éclatent dans la comédie espagnole dès que le point d'honneur est en jeu : un mot, une rencontre, un geste suffisent à faire couler le sang (cf. Cervantes, El Rufian dichoso, J. I (trad. Royer, p. 145-162). — Lope de Vega, Amar sin
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saberaquien, J. I, se. 1 (trad. Damas- Hinard, t. II, p. 279). — Guilhem de Castro, Las Mocedades del Cid, J. I, se. 4.
Page 203, ligne 9. — Je me sauve à Madrid : Cf. la fuite de Don Fernand après le meurtre de Don Pèdre dans Amar sin saber a quien de Lope de Vega (J. I, se. 1).
Page 204, ligne 19. — ... dans un couvent : Le couvent joue un grand rôle dans les pièces espagnoles et dans les romans français du xviii* siècle.
Page 206, ligne 27. — Une Inès épouser un Mendoza!... Le raisonnement de Mendo n'est autre que celui de Thérèse dans Don Quichotte (t. III, p. 53).
Page 207, ligne 1. — L'infant Don Pedro... : En réalité, Inès de Castro n'était pas la fille d'un laboureur. Elle appartenait à une ancienne et illustre famille de la Galice. Dame d'honneur en 1340 à la cour de Portugal, elle fut aimée par Don Pedro, fils du roi Alphonse IV, qui l'épousa secrètement et en eut des enfants : Alphonse IV la fit tuer, et Don Pedro se vengea cruellement plus tard des meurtriers. — Les chroniques portugaises et les romances populaires, auxquelles Mérimée fait allusion, ont rendu célèbre cette histoire qui fut exploitée par nombre d'écrivains portugais, espagnols, français...
Page 212, ligne 16. — ... avec sa vare : Cf. Calderon, El Alcalde de Zalamea, J. III, se. 17. — Ramon de la Cruz, La Viuda hipocrita y avarienta.
Page 216, ligne 6. — ... a épousé la fille d'un bourreau : Cf. Rousseau, Emile, 1. V, t. II, p. 668 de l'édition citée. — Restif de la Bretonne, Les Contemporaines mêlées. Paris, Charpentier, s. d., 2 vol. in-12. T. I, p. 233 : La *** (qu'on devinera)... Le thème sera repris par A. Dumas, Richard Darlington. Prologue et fin de l'acte III.
Page 219, ligne 29. — Vous êtes un Romain... : Cf. Lope de Vega, La Estrella de Sevilla, J. III, se. 4, trad. Baret, p. 55 : « Les gens de ce pays-ci font vraiment pâlir la vertu romaine, n
Page 21 9, ligne 30. — Le roi entre. . . : Cf. Calderoii, VAlcaldede Zalamea, J. III, se. 4. — Alarcon, Ganar Amigos, J. III en entier.
Page 221, ligne 2. — Note 1 : Les dramaturges espagnols ont souvent mis dans la bouche de paysans grossiers le patois galicien. Cf. Alarcon, Los Pechos Privilegiados (Jiména, paysanne, nourrice de Rodrigo de Villagomez, parle galicien). — Ramon de la Cruz, Las Damas Apuradas (patois galicien du domestique Domingo). A ce propos, le traducteur de La Tour met une note, qui semble copiée sur celle de Mérimée. « Comme Domingo s'exprime en patois de Galice, on nous dispensera de chercher à reproduire ce patois. » (Trad. A. de La Tour. Paris, M. Lévy. 1865, in-12, p. 234.)
Page 221, ligne 16. — Note 7 ; ... et cent autres... : C'est beaucoup dire !
— , ligne 17. — Il existe une vieille chronique et une romance. . . : L'indication est trop vague pour que j'aie pu retrouver l'une et l'autre dans la littérature espagnole.
Selpuveda raconte... : Mérimée fait sans doute allusion à Jean Ginez de Sepulveda, dont il orthographie mal le nom. A première vue, il semblerait que le trait qu'il rapporte soit tiré de l'ouvrage : De rébus Hispanorum geslis ad novum orbem Mexicumque, qui fait partie du t. III des Joannis Genesii Sepulvedae Cordubensis opéra (Matriti, 1780, 4 vol. in-4°). Cet ouvrage, écrit en latin, est composé de sept livres (t. III, p. 1 à 244), où Sepulveda raconte la conquête du Mexique par Cortez : c'est une longue suite de massacres et d'atrocités où le jeune auteur de la Famille de Carvajal a pu trouver l'atmosphère de ce mélodrame, et certaines touches de couleur locale dont il usera dans le Carrosse du Saint- Sacrement. Mais je n'y ai pas découvert l'anecdote de l'Indien qui se coupe le poing. Tout au plus est-il question de plusieurs Indiens à qui Cortez fait couper la main droite (« omnes comprehenduntur, amputalisque dextris, ad suos redire Cortesius et renuntiare jubet... », 1. IV, p. 110), Il faut remarquer d'ailleurs que,
dans l'édition de 1842 et dans les éditions postérieures, Mérimée a supprimé la partie de cette note qui concerne Sepulveda, la romance et la chronique. Lui a-t-on signalé l'erreur, ou s'est-il rendu compte que son érudition était fragile?
Page 223. INÈS MENDO