XXII INTRODUCTION
Gazul. Je mets de eôté ce qui peut blesser une âme religieuse. J'ai toujours eu la faculté de séparer le mérite d'un ouvrage des opinions qu'il expose; ainsi je passe par-dessus l'impiété du livre, comme cela m'est arrivé en lisant certains ouvrages de Voltaire. Mais ce qui m'a choquée dans Clara Gazul ce sont les idées fausses et communes; c'est l'ignorance complète du cœur humain qui se montre à chaque ligne; c'est le manque de développement dans les caractères et dans les intrigues et l'absence absolue de dialogue.
« D. — Que vous m'étonnez, madame!
« M""' P. — J'ai tort, je n'en doute pas. Quand je pense à toutes les personnes de mérite à qui cet ouvrage a plu, je suis bien forcée de condamner mon jugement, mais ce que je me permets de vous dire n'est que l'expression de ce que j'ai éprouvé ; je vous le dis tout naturellement.
« D. — Gomment? vous n'avez pas été frappée de la vérité des caractères de ces deux espionnes dans les Espagnols en Pïonie? Que cette peinture vous ait blessée, je le conçois, mais enfin, vous, madame, vous devez sentir ce qu'il y a de vrai dans cette peinture?
« M""^ P. — Tout cela est tellement commun et si bas que, si cette nature existe, je demanderais qui est-ce qui la connaît? Pourquoi vient-on nous faire des copies d'ori ginaux que personne ne voit et que chacun évite? Nous demandons la peinture du monde et, pour mon compte, je vous avoue que je ne connais rien à celui-là.
« D. — Ah ! ça ! Entendons-nous, car il me semble que nous sommes sur le point de parler de deux choses fort différentes en croyant nous occuper de la même. Le mot monde dans la conversation a un sens illimité, chacun