INTRODUCTION III
queiuent c'est Lingay qui est le premier maître. Nous en avons un témoignage dans les lettres que Mérimée lui écrit. Deux seulement nous sont parvenues; précieuses en elles-mêmes, elles ont l'avantage de nous montrer le le jeune homme au travail. Gomme elles sont inédites* et que nous n'avons aucun document qui nous permette de remonter plus haut, les voici. Mérimée a dix-neuf ans, il est élève à la Faculté de droit. En mars et en avril 1822, en septembre 1823, il vient se reposer à Goulommiers, chez les Régnier. Tout en flânant à travers la campagne et en fréquentant les salons de la petite ville, il ébauche plusieurs oeuvres à la fois; et il écrit à Lingay, qui est resté à Paris :
« Goulommiers, 9 avril 1822^.
« Mon cher maître, « Je suis à la campagne depuis plus de quinze jours et je n'ai encore que fort peu travaillé. Cependant j'ai rempli les lacunes que j'avais laissées et j'ai même ajouté une espèce d'épisode. De plus, j'ai copié à peu près un tiers de mon grimoire. L'air frais de la campagne m'a entièrement délivré de mes maux de tête, mais malheureusement pour moi ma fièvre tragique m'a quitté, et je ne puis voir sans frémir mes monstrueux cahiers. Si je ne vous avais promis de vous les rapporter lisibles, il y aurait longtemps que Cromwell aurait péri dans les flammes. Vous ne sau-
1. J'en avais publié des fragments dans la Jeunesse de J'rosper Mérimée, t. I, p. 86 et suiv.
2. Les originaux de ces deux lettres sont conservés à la bibliothèque de Chantilly, fonds Spoelberch de Lovenjoul, B. 395. J'ai cru devoir corriger quelques fautes d'orthographe, qui sont des inadvertances. Les mots en italiques ont été soulignés pur Mérimée.