‹ [Œuvres complètes]Chapitre 20 sur 135 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

ductions éphémères. Or, sauf erreur de ma pari, il me semble que la peinture du vrai de tous les temps, de l'homme considéré depuis le palais jusqu'à la chaumière se retrouve dans le Théâtre de Clara Gazul.

« M""" P. — Allons, j'ai tort...; mais, dites-moi, vous trouvez donc cet ouvrage parfait?

« D. — Non, certainement.

« M*"" P. — Et quels sont les défauts qui vous blessent?

« D. — Par exemple les prêtres et plusieurs personnages corrompus qui sont rais en scène y tiennent un langage qui n'est point naturel. J^es méchants et les hypocrites, loin de s'avouer mutuellement leurs défauts, ne se les disent pas à eux-mêmes. Le monologue, en ce cas, n'est pas même tolérable, et, dans son Tartujfe, Molière les a toujours évités...

« M""= P. — Mon Dieu ! Je meurs d'envie de vous faire un aveu.

« D. — Faites, madame.

« M™^ P. — Je vais certainement perdre beaucoup dans votre esprit, mais puisque j'ai osé vous dire que je n'aime point le Théâtre de Clara Gazul, que je ne le trouve surtout pas vrai, et que de tout ce qui choque le plus mon goût ce sont les vérités hardies quand elles sont communes (?), je vous avouerai que ce Tartuffe tant vanté, sur la vérité duquel tout le monde se récrie, ne me parait pas vrai, à moi...

« D. — Gomment, madame?...

« M""* P. — Je vous le répète, je condamne mon jugement; je dois avoir tort, puisque tant de gens de mérite, comme vous, pensent le contraire; mais enfin je juge d'après ce que je sens, d'après ce que j'ai vu et je ne puis

lîiTRODUCTION XXV

VOUS dissimuler (juc je n'ai jamais vu de Tartuffe, que je ne le sens ni [ne] le comprends. J'en dirai autant des Orgons : qui est-ce qui a vu des gens si crédules? Croyezvous que jamais il se soit passé une scène semblable à celle où Tarlulle parle à la femme lorsque son mari est sous la table? Ce sont des exagérations, des charges comiques et de convention ; je ne puis y reconnaître la nature. On s'est dit que cela est vrai une fois et on continue à le dire. Pour moi la comédie la plus excellente de Molière, parce qu'elle est la plus vraie, est le Misant/irope. Partout y règne un ton noble et décent; on n'y voit figurer aucun personnage bas, aucun de ces êtres dégradés de la nature humaine par leurs habitudes vicieuses... Oh! non, non... Tartuffe n'est pas vrai.

« D. — Permettez, madame; croyez-vous qu'il y ait des hommes qui battent leurs femmes?

« M"* P. — Oui, parmi le peuple.

« D. — Pardon; vous ne répondez pas précisément. Croyez-vous qu'il y ait des hommes de la société qui battent leurs femmes et leurs gens?

« M'"*" P. — Gela arrive sans doute, mais c'est si rare qu'une exception ne fait pas règle. D'ailleurs, quand ce malheur arrive, le respect que la société se doit à ellemême lui fait un devoir de cacher ses plaies, et je ne vois pas quel plaisir on peut prendre à rechercher des turpitudes assez rares quand on a d'ailleurs des tableaux plus agréables à offrir. C'est là où l'on reconnaît les gens de bon goût et bien élevés, c'est au choix qu'ils font dans les anecdotes qu'ils recueillent, à la manière décente avec laquelle ils les racontent. A vous dire la vérité, Molière, dans son Tartuffe, a tourné en ridicule tout ce que la so-

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