‹ [Œuvres complètes]Chapitre 22 sur 135 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

comédie et du goût qui règne généraleiiienl aujourd'hui parmi ceux qui composent l'auditoire de nos théâtres.

« M™" P. — Certainement. Mais, à mesure que les bonnes manières et le bon goût se propagent, il est tout naturel que le public ne souffre plus à présent les grossièretés qui l'amusaient encore il y a cent ans et plus. C'est pour cela aussi que le théâtre de Clara Gazul me déplaît, parce qu'il tendrait, si on pouvait avouer qu'on l'a lu, à nous ramener toutes ces charges comiques et de convention dont je vous ai déjà parlé.

« D. — Tout cela me semble facile à éclaircir avec un fait. Du temps de Molière, lorsqu'on joua le Tartuffe, et plus tard encore, lorsqu'on représenta Turcaret et Figaro, les femmes n'allaient point au spectacle avant d'être mariées, et beaucoup, même après leur mariage, s'abstenaient de ce plaisir. Les enfants n'y paraissaient jamais. Or, vous concevez, madame, l'extrême différence qu'il y a entre un auditoire de 1725 et ceux de 1825. Il y a des convenances qu'on observe malgré soi, et, à mesure que nos théâtres ont été plus fréquentés par les jeunes femmes et les enfants, les auteurs ont senti la nécessité d'adoucir leurs tableaux, de choisir leurs pensées et de les gazer par le style. Il est résulté de là qu'au lieu de donner des peintures vraies qui, comme la nature, ont toujours quelque chose qui blesse notre amour-propre, on s'est efforcé de faire des tableaux moraux, de donner des exemples à suivre et de choisir dans le monde les actions les plus vertueuses ou, au moins, celles où les bienséances et les qualités conventionnelles en donnent le plus les apparences, afin que nos filles, nos sœurs et nos enfants puissent y assister.

Page 1