‹ [Œuvres complètes]Chapitre 24 sur 135 · INTRODUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXI

« D. — Vous voyez que nous avons déjà trouvé une bonne partie de la dame de Tourville mise en scène par Clara Gazul.

« M""" P. — Il est vrai, mais avouez au moins que les formes de M""' G. adoucissent un peu ce que son caractère peut avoir de répréhensible. Ses propos n'ont rien qui blesse et j'aurais voulu que dans la comédie des Espagnols le langage et les manières de ces femmes fissent illusion sur leurs véritables sentiments.

« D. — Oui, vous avez raison, la chose eût été plus vraie et le tour plus dramatique. Vous vous connaissez mieux en comédie que vous ne croyez, et je ne désespère pas de vous voir reconnaître un jour la vérité du caractère de Tartuffe, quand bien même il continuerait à blesser votre goût délicat. Le traducteur de Clara Gazul, à qui on a déjà fait cette objection sur la bassesse de ces deux femmes, en aurait peut-être modifié la laideur, si, avant de composer sa pièce, il eût eu avec M'"" G. la conversation qu'il m'a rapportée l'autre jour.

« M""" P. — Que lui a-t-elle dit?

« D. — On était rassemblé chez M™* *** pour entendre M"* Delphine réciter ses vers sur le sacre de Charles X. Mérimée était du nombre des auditeurs ' . Après les chants de la jeune Muse, on eut l'idée de rapprocher Delphine et Mérimée comme les auteurs qu'un succès égal, quoique bien différent, couronnait également. Lorsqu'ils eurent échangé plusieurs bouffées de compliments, M"" G. prit Mérimée à part, et, dès qu'elle eut épuisé toutes les for-

1. C'est l'enlrnvue dont il a été question plus haut; on voit que Delécluze en tient le récit de Mérimée lui-même.

XXXII INTHODUCTION

muk's banales de la louange : k A peine si l'on peut « avouer qu'on a lu votre ouvrage, lui dit-elle, mais je ne « puis cependant vous cacher combien tout ce que vous « avez dit et peint est vrai. Ces deux femmes surtout, « M"""' de Tourville et de Coulanges, c'est la chose même ! « Ah ! j'en ai tant vu de ces femmes qui faisaient ce vil mé- « tieretqui ne craignaient pas de promener leurs filles pour « faire tomber les malheureux dans leurs lacs! Bravo, « bravo, jeune homme! C'est la vérité même. »

« M'"" P. — Clara Gazul s'est amusée de vous. Elle veut refaire sa pièce et vous aura fait ce petit conte pour autoriser ses corrections.

« D. — Non, c'est la vérité même, et il suffit même de connaître le caractère et l'esprit de M"" G. pour que cette anecdote cesse de paraître invraisemblable. Remarquez qu'elle est bien loin de penser comme vous sur Tartuffe, car elle se modèle sur lui. Une autre femme que M'"*^ G., une sotte, en se fâchant, aurait trahi l'humeur que pouvait lui donner une peinture qui semble faite d'après elle. Mais M""' G., qui connaît son monde, mais M'"" G., qui a lu attentivement son Tartuffe, tient le même langage que lui en modifiant seulement ses exclamations d'après le goût du jour et la différence des personnages dramatiques. Ainsi au lieu de dire, comme Tartuffe :

« Tout le monde me prend pour un homme de bien ; « Mais la vérité pure est que je ne vaux rien ', »

elle dit la même chose en d'autres termes et en employant un trope opposé :

« Ali! s'écrie-t-cUe, en «'adressant à celui même qui

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