‹ [Œuvres complètes]Chapitre 27 sur 135 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

« D. — A l'histoire de quelqu'un que vous connaissez encore, car je ne veux pas que vous puissiez ra'accuser de choisir des exemples en l'air.

« M'"" P. — Voyons donc cette belle histoire.

« D. — Tout le monde sait que M. S. était brave selon le monde, l'épée à la main, pour défendre le point d'honneur. Le duel qui l'a forcé de passer en Amérique en fait foi. Tous ceux qui ont connu cet homme s'accordent aussi à dire que, dans le cours ordinaire de la vie, il était bon, obligeant et charitable.

« M"*" P. — Oui, cela est vrai. Il y a cependant un irait de lui qui ne lui fait point honneur. Condorcet, son ami intime, proscrit, mis hors de la loi, déguisé, mourant de faim et courant la campagne en 1793, a tout à coup l'idée d'aller chercher un asile chez son ami S. La porte lui est fermée et Condorcet meurt de faim dans un champ de blé. Je fais ici une part bien large à la faiblesse humaine, en accordant que, dans ces moments terribles, M. S., craignant plus encore pour sa famille que pour lui-même, n'a pas cru devoir recueillir son ami, qu'il n'aurait pu sauver, et qui aurait causé la perte de ses Ilotes ; je ne le juge pas. Mais que doit-on penser de l'étrange apologie que M'"'' S. a imaginée pour excuser son mari?

« M""" P. — Ah oui! je sais. Ellp prétend que, quand M. Suard a su l'état où était Condorcet, il a dit qu'il ne pourrait jamais souffrir la vue d'un tel spectacle.

« I). — Précisément. Et que sa sensibilité naturelle ne pourrait jamais lui donner la force de voir son ami Condorcet proscrit, déguenillé et mourant de faim. Si je m'y connais bien, voilà un trait plus forcé que tous ceux que

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