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Molière a prêtés à Tartuffe, et notez qu'il ne manque pas encore d'Orgons pour s'écrier en parlant de M. S. : « Le « pauvre homme! » Non, madame, la race de Tartuffe n'est point éteinte, et si vous doutiez encore de ce que j'affirme ici, vous n'auriez qu'à repasser dans votre mémoire le langage de tous ceux qui ont successivement gouverné les rênes de l'État depuis dix ans. Ils se sont servi de la religion comme d'un levier pour mettre en équilibre l'édifice politique qu'ils veulent élever. Comme Tartuffe au cinquième acte, ils sont tellement sûrs de leur affaire, ils la poussent avec tant d'impudence qu'ils ne craignent plus, en montrant encore les dehors religieux, d'avouer leur incrédulité réelle ; ils se sont établis parmi nous en faisant parade des sentiments les plus nobles, du désintéressement le plus complet ; et voilà que cette année où ils ont été investis loyalement, quoique fort injustement, de tous les genres de pouvoir, ils lèvent le masque, foulent au pied les lois dont ils se sont servi pour acquérir le pouvoir et n'en font usage que pour se donner une indemnité qui sera en partie payée par des gens qui ont autant souffert qu'eux '. Ces descendants de Tartuffe sont en grand nombre parmi nous : vous en connaissez plusieurs et il est inutile que je les nomme. Ces Tartuffes on les reçoit, que dis-je? on les recherche, on les flatte, on les adule! Le devoir du poète comique est de flétrir ces vices en les produisant sur la scène ; mais les Tartuffes de nos jours, plus puissants et plus adroits encore
1. Delécluze reprend ici ses attaques politiques contre les hommes d'Etat Jésuites de 1825 (cf. le passage daté du 12 avril). Les excès du gouvernement de Charles X le rendent presque libéral, et il rejoint ses jeunes aiuis, Mérimée en particulier.
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que leur grand-père, ont établi la censure et, par cet acte, ont assuré leur succès pour longtemps.
« M"" P. — Voilà qui devient tout à fait sérieux.
« D. — Pas plus que le Tartuffe de Molière, madame. La peste a succédé à la lèpre, voilà tout.
« M""" P. — Vous ne voyez pas le monde en beau, au moins. Je ne m'étonne plus de ce que vous défendez si chaudement les œuvres de votre chère Clara Gazul.
« D. — On n'est jamais très sensible au beau sans être vivement blessé par les impressions que fait le laid. Je suis en cela fort différent d'opinion avec les gens du monde qui se plaisent on général dans une atmosphère de médiocrité qui étouffe les sentiments d'admiration ou de haine. Je vous l'ai dit souvent, madame, il y a quelque chose d'un peu sauvage dans mon âme, qui fait que je ne m'arrange pas de ce qui n'a pas des qualités assez franches pour que je l'aime ou que je le haïsse.
« M"" P. — Votre colère m'amuse et, quoique je ne sois pas entièrement de votre avis, je regrette de ne pouvoir converserplus longtemps avec vous. Pardon si je vous renvoie : je vais retrouver B. qui est au lit. Je lui raconterai notre querelle, ce qui, j'en suis certain, lui donnera un grand regret de n'avoir pu y prendre part... »
liC lundi 4 juillet, Delécluze engage L... à lire le Théâtre de Clora Gazul. « Je suis curieux de savoir le jugement qu'elle en portera, si elle se prononce, dit-il. Nous avons beaucoup parlé de la comédie, traitant la question à peu près dans le même sens qu'elle l'est dans la conversation que j'ai rapportée plus haut... » Le 7 juillet il met Mérimée au courant de cette conversation. « Mérimée est venu me prendre pour aller hors de la
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Barrière de l'Etoile voir le jardin d'un particulier qui cultive de beaux œillets. Avant de partir je lui ai lu la conversation, écrite dans ce livre, que j'ai eue avec M'"" P. au sujet du Théâtre de Clara Gazu/ et du Tartuffe de Molière. Cette scène de comédie toute faite lui a plu. y Mérimée, en belle humeur, conduit Delécluze chez un « soldat philosophe et fleuriste », amateur d'oeillets qui rappelle singulièrement l'amateur de tulipes, et, au retour, il lui raconte le mariage tragi-comique du soldat, dont il admire le caractère « brusque et bouillant « : c'est un excellent type de comédie, et le jeune Mérimée n'a garde de l'oublier'.
1. Ce soldat philosophe « n'a conservé de ces goûts des camps que la simplicité et lu rudesse de la vie ordinaire. Il ne mange qu'une fois par jour et ne s'occupe le reste du temps que de la culture de ses fleurs ». Obligeamment il invite Mérimée et Delécluze à partager son unique repas. Ceux-ci refusent. « ... Par malheur j'ai parlé de la grâce qu'il mettait à son olTre en motivant mon refus, dit Delécluze, et le mot de grâce a été relevé par l'homme cosaque qui m'a dit : « De la grâce? Non : du bon « cœur! » Soit! je n'ai pu m'empêcher de remarquer à ce sujet combien la vanité humaine reste toujours la même de quelque voile que l'on cherche à la couvrir. Ce soldat philosophe et fleuriste met, je l'ai bien vu, de la coquetterie à être négligé dans ses vêtements et brusque dans ses discours... Il y a un fond de cette nature dans son caractère, mais il l'exploite, il l'exagère et c'est pour lui un maintien que lu brusquerie, comme le ton mielleux et bienveillant en est un pour les gens du monde, qui ont d'ailleurs le caractère âpre et difficile... » Mérimée raconte l'histoire du mariage de Friez (c'est le nom du soldat) et il conclut. « Telle est... l'histoire tragique du mariage de l'homme aux œillets. C'est un de ces caractères brusques et bouillants qui renversent tous les obstacles quand il s'en présente, et qui retombent après dans les habitudes les plus douces. Je dois ajouter cependant qu'il a une disposition singulière à dominer tous ceux qui l'entourent >• [Inédit).