INTRODUCTION XLIII
part on ne trouve la trace d'une lecture ou d'une indiscrétion. Il semble que Mérimée ait travaille, cette fois-ci, à l'écart des salons et des coteries littéraires. Toutefois, entre 182»5 et 1829, un homme a exercé sur lui une influence que je me borne à signaler, que d'autres, mieux renseignés, préciseront. De bonne heure, la famille de Mérimée fut liée avec le docteur François-Désiré Roulin; une jolie lettre de M'""" Mérimée, antérieure sans doute à 1832, représente M. Roulin comme « un des meilleurs amis de son fils » , et son propre médecin ' . Né à Rennes le l" août 1797, Roulin étudie la médecine à Paris, où il suit les cours de Magendie et de Cuvier. Reçu docteur en 1820, il part en 1821 pour occuper une chaire de physiologie dans la nouvelle république de Colombie. Mais la vie lui est difficile; mal payé, il quitte sa chaire, se livre à des travaux de topographie, voyage pendant sept ans dans les différentes parties de l'Amérique méridionale. En 1827, il revient en France « avec une ample moisson d'observations sur la géographie et l'histoire naturelle des contrées qu'il a parcourues' ». Immédiatement il publie dans difTércntes revues, en particulier dans la Revue des Deux Mondes, parfois sous un
1. Je dois ces renseignements à rextième obligeance de M"" Marguerite Combes, qui possède la lettre en question de M"" Mérimée, et qui préparc un ouvrage sur Roulin; je lui adresse ici mes remerciements les plus vifs. — Je dois également des remerciements ù .M. le docteur Maurice Genty, dont l'aimable érudition m'a été d'un grand secours.
2. E. Beaugrand, article sur Boulin dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médiévales, t. V, 3* série, 1877. Cf. également : Journal intime de Antoine Fontaney publié par M. R. Jasinski (Paris, « Les Presses Françaises », in-12, 1925, p. 113, note 2).
XMV INTRODUCTION
nom d'emprunt, dos chroniques pittoresques où il utilise les connaissances qu'il a acquises pendant son long séjour en Amérique.
Il est probable que, dès son retour en France, Roulin retrouve la famille de Mérimée et se lie intimement avec l'auteur du Théâtre de Clara Gazul. Le Journal intime de Fontaney nous montre Roulin accompagnant Mérimée à l'Arsenal en 1831, et chez le baron Gérard en 1831 et en 1832'. Bien entendu, la conversation porte souvent sur l'Amérique où Roulin a l'intention de retourner. « Causé longtemps avec Roulin de l'Amérique et des visites que nous y ferions à travers les Cordillères ^ », note Fontaney le 1" février 1832. Quel prestige l'aimable et docte voyageur ne doit-il pas avoir dans celte petite société romantique, éprise d'exotisme, où il coudoie Taylor, Nodier, V. Hugo, M™* Ancelot, Delphine Gay, J.-J. Ampère, etc. . . ! Ne se pourrait-il pas que, entre 1827 et 1829, Roulin, qui est le docteur de la famille, ait initié Mérimée aux mœurs de l'Amérique du Sud? J'ignore si Mérimée lui doit le Carrosse du Saint-Sacrement e\. l'Occasion. Mais, à défaut du sujet, ne lui doit-il pas des détails pittoresques sur les colonies espagnoles et sur leurs habitants, ne lui doit-il pas, comme on disait alors, « la couleur locale »? Mérimée lit beaucoup, et les deux nouvelles pièces, qui ne sont pas de pures fantaisies, reposent sur des documents écrits. Je persiste néanmoins à croire
1. Cf. Fontaney, ouvr. cité, p. !», 6.5, 79, 102, 113, 117, 145 et 185.
2. Cf. Fontaney, p. 113. Roulin reparaîtra dans la Correspondance de Mérimée (cf. Lettre à Lenormant, Dijon, 12 août [1843], dans Chambon, Notes sur Prosper Mérimée, p. 183, et Repue de Paris, 15 novembre 1895, p. 436).