VI INTRODUCTION
une belle chose. Le Moniteur, en parlant do lui, l'appelait toujours le traître La Romana; en effet, il est malhonnête de quitter son caporal pour aller défendre son papa ! — car vous savez que le pays est notre père à tous. Remarquez, s'il vous plaît, que c'est Clara Gazul qui vous fait la demande susdite. La drôlesse est bien paresseuse. Elle a voulu finir Berg-op-Zoom, mais bientôt elle a quitté sa grosse brasseuse et le téméraire Max, qui n'en peut jamais venir à une conclusion : je dis bientôt, et cependant vingt pages bonnes ou mauvaises ont été conçues au commencement. En relisant cet ouvrage j'ai beaucoup admiré certain prologue, et pour le conserver j ai pris le parti de faire une pièce tout exprès. M. Delille, qui était classique, faisait bien un poème pour encadrer ses épisodes; pourquoi ne ferais-je pas une comédie pour mon prologue ?
« J'ai commencé aussi un roman, mais je n'ai écrit que le titre, car on est venu m'arracher mes crayons pour me donner une cravache et me mener dans les environs de Coulommiers sur un petit cheval gris, qui serait votre fait parfaitement. Cette pauvre bête a bien souffert aujourd'hui de la prise de Pampelune. J'étais d'une humeur de chien, car on m'avait dit que la citadelle était imprenable. Aussi je me suis persuadé que mon cheval gris était le maréchal Lauriston et je l'ai fouetté à outrance. Dieu le lui rende !
« Je ne doute pas que nous ne prenions Cadix d'assaut, car le prince généralissime et la cocarde blanche feront tout faire aux automates à dix sous par jour, que l'on nomme Français. Convenez qu'il est déplorable de vivre dans un siècle aussi vil que le nôtre. La génération qui
INTRODUCTION Vil
s'élève est déjà corrompue, les Jésuites s'apprêtent déjà à convertir nos petits cnfans. Plus d'espoir de liberté! () rives de l'Ohio, quand vous reverrai-je? O Caïmans femelles! O miss W...!
« Vous vous consolez des malheurs de la patrie avec votre histoire de la Restauration. J'imagine que vous y travaillez avec ardeur, ainsi qu'à votre tableau, que vous m'avez promis pour le 15 octobre. Je serai à Paris avant ce teras là et je vous aiderai à corriger les épreuves.
« Je sors du spectacle. Il nous est arrivé quatre acteurs mâles et femelles qui nous ont joué une pièce en vers intitulée Caroline. J'avais juré de noter tous les vers qui seraient au-dessus de quinze pieds, mais bientôt le papier dont je me servais ne s'est pas trouvé suffisant. Il y avait parmi les actrices une petite souillon, très ressemblante, vérolée jusqu'à la moelle, mais qui ne manquait pas d'une certaine grâce, qui m'a fait pensera Mariquita.
« J'aurais voulu vous envoyer vos tablettes, mais le
menuisier ne les a pas encore apportées. Voulez-vous
présenter mes respects à Madame, et [lui] dire les choses
les plus aimables de ma part?
Les allusions à CromiveU, au roman ébauché avec le marquis de Varennes, au Théâtre de Clara Gazul sont transparentes; Cromwell est presque achevé, le roman se réduit au titre, le Théâtre de Clara Gasu/ comprend déjà le Prologue, les Espagnols en Daneniarck et Une femme est un Diable. Ainsi, dès l'année 1822, et sans doute dès 1821 (puisque Cromwell est presque achevé au début d'avril 1822), le jeune homme, qui a dix-neuf ans, mène trois œuvres de front.