ON DEV
D'accord. Mais que cette idée at-elle d'effrayant? Ge serait une épidémie de bons et de mauvais génies ; les lois les plus constantes de la nature seraient interrompues par des agents natürels; notre physique générale en deviendrait plus dillicile, mais il n'y aurait point de miracles,
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
En vérité, il faut être bien eirconspect sur ce qu'on assure et sur ce qu'on nie,
BORDEU
Allez, celui qui vous raconterait un phénomène de ce genre aurait l'air d'un grand menteur. Mais laissons là tous ces êtres imaginaires, sans en excepler votre araignée à réseaux infinis : revenons au vôtre et à sa formation.
MADEMOISELLE DE L'ÉSPINASSE.
J'y consens. «
D'ALEMBERT
Mademoiselle, vous êtes avec quelqu'un : qui est-ce qui cause là avec vous?
nie Mau ce subie pars nt Sec ve se diversifie par les organes émanés de
toucher que nous appelons odeur; un quatrième formant un œil, donne naissance à une quatrième espèce de tcucher que nous appelons couleur.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
is, si je vous ai bien compris, ceux qui nient la possibilité d'un sixième sens, un véritable hermaphrodite, sont des étourdis. Qui est-ce qui leur a dit que nature ne pourrait former | mn faisceau avec un brin singulier qui donneralt naissance à un
organe qui nous est inconnu?
NONDEU.,
Ou avec les deux brins qui caractérisent les deux sexes? Vous avez raisons il y a plaisir à causer avec vous : vous ne saisissez pas seulement ce qu'on vous dit, vous en lirez encore des conséquences d'une justesse qui m'étonne.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Non, ma foi, je vous dis ce q je pare.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Je vois bien l'emploi de quelques-uns des brins du faisceau ; mais les autres, que deviennent-ils?
FONDEU.
Ei vous croyez qu'une autre que vous aurait songé à cette m?
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
à BOBDEU.
Vous n'êtes pas vaine. Le reste des brins va former autant d'sntres espèces de touenér, qu'il y a de diversité entre les organes et les parties du corps.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE. # Et comment les sppelle1-on? Je n'en ai jamais rer parler.
Ils n'ont pas de nom.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Et pourquoi?
BORDEU
C'est qu'il n'y a pas autant de différence entre les sensations excitées par leur moyen qu'il y,en a entre les sensations excitées parle moyen des autres organes.
MADEMOISELLE DE L'ÉSPINANSE.
Très-sérieusement vous pensez que le pied, la main, les cuisses, le ventre, l'estomac, la poitrine, le poumon, le cœur ont leurs sensations particulières ?
DORDEU,
Je le pense. Si j sais, je vous demanderais si parmi ces seu sations qu'on ne uormme pas...
MADEMOISELLE DE L'ESVINARSE.
Je vous entends. Non. Gelle-là est toute seule de son espèce, et c'est dommage. Mais quelle raison avez-vous de cctie/multiplicité de sensations plus douloureuses qu'agréables dont il vous plait de nous gratifier?
BONDEU.
La raison? c'est que nous les discernons en grande partie Si cetie ini iversité de toucher n'existait pas, On saurait qu'on éprouve du plaisir ou de la douleur, mais on ne sauraitoi les rapporter. 1] faudrait le secours de la vue. Ce ne serait plus une affaire de sensation, ce serait une affaire d'expérience et d'observation.
MADEMOISELLE DE L Quand je dirais que j'ai mal au doigt, pourquoi j'assure que c'est au doigt que j'ai mal, il faudrait que je répondisse non pas que je le sens, mais que je sens du F# et que je vois que mon doigt est malade BORDEU, C'est cela. Venez que je vous embrasse.
BORDEU
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Très-volontiers. :
D'ALEMBERT
Docteur, vous embrâssez mademoiselle, c'est fort bien fait à
ee BORDEL.
J'y ai beaucoup réfléchi, et il m'a semblé que la direction et
le lieu de la secousse ne suffraïent pas pour déterminer le jugeame si subit de l'origine du faisceau.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Je n'en sais rien. L BORDEU.
Votre doute me plaît. Il est si commun de prendre des quelité naturelles pour des habitudes acquises et presque aussi vie£kles que nous.
* MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Et réciproquement.
BORDEU
Quoi qu'il en soit, vous voyez que dans une question où il S'ægrit de la formation première de l'animal, c'est #’y prendre trop
Larel que d'attacher son regard et ses réllexions sur l'animal formé; qu'il faut remonter à ses premiers rudimens, et qu'il eat à propos de vous dépouiller de votre organisation actuelle, et de revenir à un instant où vous n'étiez qu'une substance molle, teuse, informe, vermiculaire, plus analogue au bulbe et à la d'une plante qu'à un animal.
= MADEMOISELLE DR L'ESPINASSE, Si c'était l'usage d'aller toute nue dans les rues, je ne serais Hi La première ni la dernière à m'y conformer. Ainsi faites de Moï tout ce qu'il vous plaira, pourvu que je m'instruise. Vous Mayer ditque chaque brin du faisceau formait un organe par- Beulier; ét quelle preuve que cela est ainsi? BORDEU, Faites par la pensée ce que nature fait quelquefois; mutilez Le faisceau d'un de ses brins; par exemple, du brin qui formera les veux; que croyez-vous qu'il en arrive?
MADEMOISRLLE DE L'ESPINASSE, Que l'animal n'aura point d'yeux peut-être,
us RÊVE DE D'ALEMBERT.
BORDEU, Où n'en aura qu'un placé au milieu du front.
MADEMOISELLE DK L'ESPINASSE,
Ce sers un Cyelope.
Un Cyelope.
MAPEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Le Cyclope pourrait dane bien ne pas être un être fabuleux. DOBDEU.
Si peu, que je vous en ferai voir un quand vous voudrez !. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE, Et qui sait la cause de cette diversité?
BORDEU. ë Celui qui a disséqué ce monstre et qui ne lui a trouvé qu'un filet optique. Faites pur la pénece ce que nature fait quelquefois. Supprimez un autre brin du faisceau, le briri qui doit former le nez, l'animal sera sans nez. Supprimez le brin qui doit former l'oreille, l'animal sera saus oreilles, ou n'en aura qu'une, et l'anstomisie ne trouvera dans la dissection ni les filets olfactifs, ni les filets auditifs, ou ne trouvera qu'un de ceux-el. Continuez la su, ion des brins, et l'animal sera sans iête, sans p es où der en ee MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Etil y a des exemples de cola?
BORDEU, Assurément. Ce n’est tout. Doublez quelques-uns des brins du faisceau, et lu SR NS De
BORDEL
Nr) Ace mars DE L'ESPINASSE.
me semble qu'une machine aussi composée qu'un animal, une machine qui nalt d'un point, d'un fluide agi, peut-être de deux fluides brouillés au hasard, car on ne sait guère alors ce qu'on fait: une machine qui s’avance à sa perfection par une infinité de développements successifs ; une machine don ls formation régulière ou irrégulière dépend d'un paquet de fils minces, déliés et flexibles, d'une espèce d'écheveau où le moindre brin ne peut être cassé, rompu , déplacé, manquant, sans conséquence fâcheuse pour le tout, devrait se nouer, sem barrasser encore plus souvent dans le lieu de sa formation que mes soies sur ma tournette, 2 BORDEU, * p
Aussi en souifre-1-elle beaucoup plus qu'on ne pense. On ne dissèque pas assez, et les idées sur sa formation sont bien éloignées de la vérité,
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Aton des exemples remarquables de ces difformités origi= , autres que les bossus et les boiteux, dont on pourrait attribuer l'état maléficié à quelque vice héréditaire ? RONDE.
1}y en a sans nombre, et tout nouvellement vient de mourir à la Charité de Paris, à l'âge de vingt-cinq ans, des suites d’une fluxion de poitrine, un charpentier né à Troyes, appelé Jean-
Macé 1, qui avait les viscères intérieurs de la poitrine et de l'abdomen dans une situation renversée, le cœur à droite précisément comme vous l'avez à gauche ; le foie à gauche; l'es Lomae, Ja rate, le pancréas à l'hypocondre droit ; la veine-porte sufoie du côté gauche ce qu'elle est au foie du côté droit: mème transposition au long canal des intestins; les reins, sévssés l'un à l'autre sur les vertèbres des lombes, imitaient la figure d'un fer à cheval. Et qu'on vienne après cela nous parler de causes finales !
MADENOISELLE DE L'ESFINASSE.
Coin est singulier.
4. Gus Hits e tanspañtion des organes sont assos communs. Buffon, d'après Winsiow, Kiolan, en rapporte plusieurs. Nous no citons que œux que Diderot A pa csenaltre, On 40 s constaté d'autres do nos jours. à
BORDED. Si Jean-Baptiste Macé a été marié et qu'il ait eu des
enfants.
MADEMOISELLE DE L'HÉPINASSE.
Eh bien, docteur, ces enfants.
FORDEU.
Suivront la conformation générale; mais quelqu'un des enfants de leurs enfants, au bout d'une centaine d'années, car ces irrégularités ont des sauts, reviendra à ls conformation bizarre de son aïeul*,
MADEMOISELLE DE L'ESFINASSE.
Et d'où viennent ces sauts?
BORDEO. F
Qui le sait? Pour faire un enfant on est deux, comme vous savez. Peut-être qu'un des agents répare le. vice dé l'autre, et que le réseau défectueux ne renaît que dans le moment où le descendant de La race monstruéuse prédominé et donne Is loi 4 la formation du réseau. Le faisceau de fils constitué la diffé rence originelle et première de toutes les espèces d'animaux.
Les variétés du faisceau d'une espèce font toutes les variétés monstrueuses de cette espèce,
Laprès nn long ailence, mademoiselle de l'Rspinasse senti de ns révoris
{et tira le decteur de la sieano par ia question sairasté :}
11 me vient une idée bien folle.
BORDEL
Quelle?
L'homme n’est peut-être que le monstre de la femme, où Ja femme le monstre de l'homme.
RORDEU.
Cette idée vous serait venue bien plus vite encôre, si vous eussiez su que la femme a toutes les parties de l'homme, etque la seule différence qu'il y ait est celle d'une bourse pendante en dehors, ou d'une bourse retournée en dedans: qu'un fœtus femelle ressemble, à s'y tromper, à un fatus mâle; que la partie qui occasionne l'erreur s'affaisse dans le fœtus femelle à mesure
12 Crest co qu'ua appelle aujourd'hui les phénombnes d'atarisme,
que la bourse intérieure s'étend; qu'elle ne s'oblitère jamais au for es ira ri qu'elle garde cette forme le des mêmes mouvements; qu'elle ns Ja volupté; qu'elle a son gland, son prépuce, et qu'on remarque à son extrémité un point qui paraîtrait avoir été l'orifice d'un canal urinaire qui s'est fermé; qu'il ya dans l'homme, depuis l'anus jusqu'au scrotum, intervalle qu'on appelle le périnée, et du scrotum jusqu'à l'extrémité de la verge, une couture qui sembleêtre la reprise d'une valve faufilée; que les femmes qui ont le clitoris excessif ont de la barbe; que les eunuques n'en ont point, que leurs cuisses se fortifient, que leurs hanches s'évasent, que leurs genoux s'arrondissent, et qu'en perdant l'organisation caractéristique d'un sexe, ils semblent s'en retourner à la conformation caractéristique de l'autre. Ceux d'entre les Arabes que l'équitation habituelle a châtrés perdent la barbe, prennent une voix grêle, s’habillent en femmes, se rangent parmi elles sur les chariots, s'accroupissent pour pisser, et en affectent les mœurs et les usages. Mais nous voilà bien loin de notre objet, Revenons à notre faisceau de filaments animés et vivants.
D'ALEMBERT, Je crois que vous dites des ordures à mademoiselle de l'Es-
s BORDEU.
Quand on parle science, il faut se sérvir des mois tech-
D'ALEMBENT.
Nous avez raïson ; alors ils perdent le cortége d'idées acces- Soires qui les rendraient malhonnètes. Continuez, docteur. Vous Misiez donc à mademoiselle que la matrice n'est autre chose ‘Qu'un scrotum retourné de dehors en dedans, mouvement dans Tequel les testicules ont été jetés hors de la bourse qui les ren- Lermait, et dispersés de droite et de gauche dans la cavité du orps; que le clitoris est un membre viril en petit; que ce nembre viril de femme va toujours en diminuant, à mesure que la matrice ou le scrotum retourné s'étend, et que.
+ MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Oui, out, taisez-vous, et ne vous mêlez pas de nos affaires.
MADEMOISELLE DE L'ESTINASSE.
Que je devennis immense.
BORDEL
Que leur pied touchait au çiel de leur lit, MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE,
Que mes bras et mes jambes s'allongeaient à l'infini, que le reste : ‘de moû corps prenait un volume propartionné ; que l'Ence- Inde de la fable n'était qu'un pygmée; que l'Amphitrite d'Ovide, dont les longs bras allaient former une ceinture immense à la terre, n'était qu'une naine en comparaison de moi, et que j'escatocein le ciel, et que j'enlaçais les deux hémisphères,
Fort bien, Et moi j'ai connu une femme en qui le phénomène s'exécutait en sens contraire.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Quoi !'elle se rapetissait par degrés, et rentrait en elle-mêmet
BORDEU
Au point de se sentir aussi menue qu'une aiguille : elle
elle entendait, elle raisonnait, elle jugeait; elle avait un
wfroi mortel de se perdre; elle frémissait à l'approche des moindres objets; ellesp'osnit bouger de sa place. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Noilà un singulier réve, bien ficheux, bien incommode.
20nDEU.
Elle ne révait point; c'était un des accidents de la cessation de l'écoulement périodique.
MADEMOISBLLE DE L'ESPINASSE, Et demeurait-elle longtemps sous cette menue, impercepble forme de petite femme ?
3onpEU, Une heure, deux Peures, après lesquelles elle revenait suc <essivement à son volume naturel.
MADEMOISELLE DE L'HSPINASSE.
Et la raison de ces sensations bizarres ?
HORDEU.
Dans leur état naturel et tranquille, les brins du faisceau ont Une certaine tension, un ton, une énergie habituelle qui cir- Conserit l'étendue réelle ou imaginaire du corps. Je dis réelle
Et qu'est-ce que ce peut être?
BORDEL
La fable de Castor et de Pollux réalisée: deux enfants dont la vie de l'un était aussitôt suivie de la mort de l'e autre, et la
vie de celui-ci aussitôe suivie de la mort du premier. . MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Oh] le bon conte. Et cela dura-t-il longtemps?
La durée de certe existence fur de deux jours qu'ils se partagèrent également et à différentes reprises, en sorte que chacun eut pour sa part un jour de vie et un jour de mort. MADEMOISELLE DE L'ESFINASSH Je erains, docteur, que vous n'abusiez un peu de ma crédu-
lité, Prenez-y garde, si vous me trompez une fois, je ne vous croirai plus.
BORDEU
Lisez-vous quelquefois la Gazette de France?
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Jamais, quoique ce soit le chef-d'œuvre de deux hommes d'esprit'.
NONDEU.
Faites-vous prêter là feuille du À de ce mois de septembre, et vous verrez qu'à abastens, diocèse d'Alby, deux filles maquirent dos à dos, unies par leurs dernières vertèbres lombaires, leurs fesses et la région hypogastrique. L'on ne pouvait tenir l'une debout que l'autre n’eût la tête en bas. Couchées, “les se regardaient; leurs ‘cuisses étaient fléchies entre leurs
troncs, et leurs jambes élevées; sur le milieu de la ligne cireulire commune qui les attachait par leurs hypogastres on disétait leur sexe, et entre la cuisse droite de l'une qui correspondait à la cuisse gauche de sa sœur, dans une cavité il y avait 1 petit anus par lequel s'écoulait lé méconium, MADEMOISELLE DE L'HSTINASSE.
Voilà une espèce assez bizarre,
M= Depuis 1703 la Gazoite de France avait 6 confiée par lo gourernement à à Suard. …
BORDEL
Quelle sorte de correspondance l'expérience de tous les moments de ln vie, la plus forte des habitudes qu'on puisse imagimer, aurait établie entre ces deux cerveaux ?
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Des sens doubles, une mémoire double, une imagination double,une double application, la moitié d'un être qui observe, lit, médite, tandis que son autre moitié repose : cette moitié-<i reprenant les mèmes fonctions, qüand sa compagne est lasse; la vie doublée d'un être doublé,
BORDEU, Cela est posiblet et la nature amenant avec le temps tout ce qui est possible, elle formera quelque étrange composé. MADEMOTSELLE DE L'ESPINASSE.
Que nôus serions pauvres en comparaison d'un pareil être! ! BORDEU.
Etpourquoi® Il y a déjà tant d'incertitudes, de contradic tions, de folies dans un entendement simple, que je ne sais plus ce que cela deviendraitavec un entendement double. Mais il est dix heures et demie, et j'entends du faubourg jusqu'ici un malade qui m'appelle.
MADEMOISELLE DE L'ESFINASSE.
M aurait-il bien du danger pour lui à ce que vous ne le vissiez pas?
BORDEL
Moins peut-être qu'à le voir*. Si la nature ne fait pas la
sans moi, nous aurons bien de la peine à la faire ensemble, et à coup sûr je ne la ferai pas sans elle. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Restez donc.
ET AceunEnT.
Docteur, encore un mot, et je vous envoie à voire paticot. À travers toutes les vicissitudes que je subis dans le cours de
I. Ious avons dé sigaaté (tome 1°, p. 402, no) ce qui a d'urroné dans cote Ssppodaion. Malgré les rapports des deux corps, les doux corveaux sont indépannés, «4 la in dans cos conditions n'est pas le doublement des facullés d'un soul sm Bêné dans l'escreleo da cos ficultés chez deux dtros malencontreusc»
Mont massciés.
#2 Os accassit ondou do professer le scepticisme à l'égard de Purt qu'il exor-
fait œwice tant dl'halleus et de conscionen.
de votre vie. Qu'aurait donc été pour vous le temps de votre jeunesse que rien n'eût lié a moment de votre décrépitude? D'Alembert décrépit n'eût pas eu le moindre souvenir de D'Alembert jeune.
ADEMOISELLE DE L'ESPISASSE,
= Dans ls grappe d'abeilles, il n’y en aurait pas une qui eût eu le temps de prendre l'esprit du corps.
Qu'est-ce que vous dites là?
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Je dis que l'esprit monastique se conserve parce que le mo- Mastère se refait peu à peu, et quand il entre un moine nou veau, il en trouve une centaine de vieux qui l'entrainent à pen ser et à sentir comme eux. Une abeille s'en va, il en succède dans la grappe une autre qui se met bientôt au courant,
D'ALEMBENT. û
Allez, vous extravaguez avec vos moines, vos abeilles, votre,
grappe et voire couvent.
= LL] Pas tant que vous croiriez bien. S'il n'y a qu'une conscience
dans l'animal, il y a une infinité de volontés; chaque organe a la sienne.
D'ALEMBERT
Comment avez-vous dit}
BORDEL
Jai dit que l'estomac veut des aliments, que le palais n'en Neut point, et que la différence du palais et de l'estomac avec Théma entièr, c'est que l'animal sait qu'il veut, et que l'esto- Mac et le palais veulent sans le savoir ; c'est que l'estomac où le palais sont l'un à l'autre à peu près comme l'homme et In Heuie, Les abeilles perdent lelrs consciences et retiennent leurs appôüts ou volontés, La fibre est un animal simple, l'homme est Lux animal composé; mais ga dons ce rexte pour une autre fois. A Autun événement bien moindre qu'une décrépitude pour,
à l'homme la conscience er Un moribond re
MADEMOISEULE DE L'ESPINASSE,
Quoi qu'il en soit, savez-vous quelle fut la suite de cet aocident? Ia même qu'à votre pédant: il oublia tout ce qu'il savait; il fut restitué à son bas âge; il eut une seconde enfance, et qui dura. 11 était ersintif et pusillanime ; il s'amusait à dés joujoux. S'il avait mal fait et qu'on le grondât, il allait se cacher dans un coin; il demandait à faire son petit tour et son grand tour. On lui apprit à lire et à écrire; mais j'oubliais de vous dire qu'il fallut lui rapprendre à marcher*. Il redevint homme et hablle homme, et il à laissé un ouvrage d'histoire naturelle,
BOnDEU,
Ce sont des gravures, les planches de M. Zulyer sur les insectes, d'après le système de Linnœus. Je connaissais ce fait ; fl est arrivé dans le canton de Zurich en Suisse, et il y a nombre d'exemples pareils. Dérangez l'origine du faisceau, vous changez V'animal ; il semble qu'il soit là tout entier, tantôt dominant les ramifications, tantôt dominé par elles,
» MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE, Et l'animal est sous le despotisme ou sous l'anarchie, BORDEU,
Sous le despotisme, c'est fort bien dit. L'origine du faisceau commande, et tout le reste obéit. L'animal-est maître de soi, amenlis compos.
MADEMOISELLE DE L'ESFINASSE,
Sous l'anarchie, où tous les filets du réseau sont soulevés
contre leur chef, et où il n'y a plus d'autorité suprême,
BON DE. 3 A merveille. Dans les grands accès de passion, dans les délires, dans les périls imminents, si le maitre porte toutes les Forces de ses sujels vers un point, l'animal le plus faible montre une force incroyable, « MAPEMOISELLE BE L'ESPINASSE.
Dans les vapeurs, sorte d'anarchie qui nous est si particu=
RORDEU.
C'estl'image d'une administration faible, où chacun tire à soi l'autorité du maître. Je ne connais qu'un moyen de guérir ;
4: De parells effets 0 présentont souvent dans les cas d'aphaslo.
il est difficile, mais sûr; c'est que l'origine. du réseau sensible, eette partie qui constitue le $oï, puisse être affectée d'un motif violent de recouvrer son autorité, MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE, Et qu'en arrive-t-il?
BORDEU
Hen arrive qu'il la recouvre en effet, où que l'animal périt. Si j'en avais le temps, je vous dirais là-dessus deux faits singuliers. à MADEMOLSELLE DE L'RÉPINASSE.
Mais, docteur, l'heure de votre visite est passée, et votre malade ne vous attend plus,
BORDEL
Il ne faut venir ici que quand on n'a rien à faire, car on ne saurait s'en tirer.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Voilà une bouffée d'humeur tout à fait honnête; mais vos histoires ? Û
Pour aujourd'hui vous vous contenterez de celle-ci : Une femme tomba à la suite d'une couche, dans l'état vaporeux Je plus effrayant; c'étaient des pleurs et des ris involontaires, des étouffements, des convulsions, des gonflements de gorge, du silence morhe, des cris aigus, tout ce qu'il y a de pis : cela dura plusieurs années. Elle aimait passionnément, et elle crut s'apercevoir que son amant, fatigué de sa maladie, commençait à se détacher; alors elle résolut de guérir ou de périr, I s'étsbliten elle une guerre civile dans laquelle c'était tantôt le maître qui l'emportait, tantôt c'étaient les sujets. S'il arrivait que l'action des filets du réseau fût égale à la réaction de leur origine, elle tombait comme morte; on la portait sur san lit où elle restait des heures entières sans mouvement et presque sans vie; d'autres fois elle en était quitte pour des lassitudes, une défaillance générale, une extinction qui semblait devoir être finale. Elle persiste six mois dans cet état de lutte. La révolte commençait toujours par les filets; elle la sentait arriver. Au premier symptôme elle se levait, elle courait, elle se livrait aux exercices Jos elle montait, elle descendait ses escaliers; elle scinit du elle béchait la terre. L'organe de sa volonté, l'origine du faisceau *
se roidissait ; elle se disait à elle-même : vaincre où mourir. Après un pombre infini de victoires et de défaites, le chef resta le maître, et les sujets devinrent si soumis que, quoique cette femne ait éprouvé loutes sortes de peines domestiques, et qu'elle ait essuyé différentes maladies, il n'à plus été question de vapeurs, MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Cela est brave, mais je crois que j'en aurais bien fait autant. BORDEL.
C'est que vous aimeriez bien si vous aimiez', et que vous êtes ferme, MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
J'entends, On est ferme, si, d'habitude ou d'organisation , l'origine du faisceau domine les filets; faible, au contraire, si elle en est dominée.
11 y a bien d'autres conséquences à tirer de là. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Mais votre autre histoire, et vous les tirerez après.
BORDEU
Une jeune femme avait donné dans quelques écarts. Elle prit un EE parti de fermer sa porte au plaisir, La voilà seule, la voilà mélancolique et vaporeuse. Elle me fit appeler. Je lui conseillaï de prendre l'habit de paysanne, de bécher la terre toute la journée, de coucher sur la paille et de vivre de pain dur. Ce régime ne lui plut pas. Voyagez donc, lui dis-je. Elle ft le tour de l'Europe, et retrouva la santé sur les grands chemins. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Ce n'est pas là ee que vous aviez à dire ; n'importe, venons vos A nORDEU, Cela ne finirait point.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Haut mieux. Dites toujours.
4: La mot était juste. Très-pou de temps après I date de enits conversation eu 4712, Mie de L'Expinosse écrivait au marquis de More cos lettres Paasçanées qui » brülent le papier. «
vérité de ls religion. Il fut attaqué de la pierre, il fallut le tailler. Le jour est pris, le chirurgien, ses aides et moi nous nous readons chez lui; il nous reçoit d'un air serein, il se désha= bille, il se couche, on veut le lier; il s'y refuse; « placez-moi seulement, dit-il, comme il convient; » on le place. Alors il demande un grand crucifix qui était au pied de son lit: on le lui donne, il le sèrre entre ses bras, il y colle sa bouche, On opère, il reste immobile, il ne lui échappe ni larmes ni soupirs, et il était délivré de la pierre, qu'il l'ignorait. , MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE,
Cela est beau : et puis doutez après cela que celui à qui l'on brisait les os de la poitrine avec des cailloux ne vit les cieux puverts,
BORDEU
Savez-vous ce que c'est que le mal d'oreilles ? MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE,
Tant mieux pour vuus. C'est le plus cruel de tous les maux. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Plus que le mal de dents que je connais malheureusement? BORDEL.
Sans comparaison, Un philosophe de vos amis en était 1ourmenté depuis quinze jours, lorsqu'un matin il dit à sa femme : Je ne me sens pas assez de courage pour toute la journée. 1 pensa qué son unique ressource était de tromper artificiellement la douleur. Peu à peu H s'enfonça si bien dans une question de métaphysique ou de géométrie, qu'il oublia son oreille. On lui servit à manger, il mangea sans s'en apercevoir; il gagna l'heure de son coucher sans avoir souffert. L'horrible douleur ne le
reprit que lorsque la contention d'esprit cessa, mais ce fut avec
une fureur inoule, soit qu'en effet la fatigue eût irrité le mal,
#oit que la faiblesse le rendit plus insupportable. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Au sortir de cet état, on doit en effet être épuisé de Jasaiuit; c'est ce qui arrive quelquefois à cet homme qui est là.
BORDEU
Cds est dangereux, qu'il y prenne garde,
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Je ne cesse de le lui dire, mais il n’en tient compte, BSORDEU.
IH n'en est plus le maître, c'est sa vie; Ïl faut qu'il en
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSES
Geite sentence me fait peur,
BORDEU
Que prouvent cet épuisement, cette lassitude? Que les brins du faisceeu ne sont pas restés oisifs, et qu'il y avait dans tout le système une tension violente vers un centre commun.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Si cette tension ou tendance violente dure, si elle devient
habituelle?
BORDEU
C'est un tic de l'origine du faisceau ; l'animal est fou, et fou presque sans ressource.
MADENOISELLE LE L'ESPIXASSE.
Et pourquoi ?
BORDEC.
C'est qu'il n'en est pas du tic de l'origine comme du tic d’un des brins, La tête peut bien commander aux pieds, mais non pas le pied à la tête; l'origine à un des brins, non pas le brin à
l'origine.
MADEMOISELLE DE L'ESFINASSE.
Et la différence, s'il vous plait? En efet, pourquoi ne pensé-je pas partout? C’est une question qui aurait dû me venir plus tôt.
C'est que la conscience n'est qu'en un endroit. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE, Voilà qui est bientôt dit.
BORDEC.
C'est qu'elle ne peut étre que dans un endroit, au centre commun de toutes les sensations, là où est la mémoï... là où se font les comparaisons. us brin n'est susceptible que d'un
gives, isolées, sans mémoire, L'origmne est susceptible de toutes, elle en est le registre, elle en garde la mémoire ouun senss-
HORDEU,
Je m'y attendais. Mais qu'est-ce qu'un être sensible? Un être abandonné à la discrétion du diaphragme. Un mot touchant a-til frappé l'oreille, un phénomène singulier at-il frappé l'œil, et voilà tout à coup le tumulte intérieur qui s'élève, tous les brins du faisceau qui s'agitent, le frisson qui se répand, l'horreur qui saisit, les larmes qui coulent, les soupirs qui suffoquent, la voix qui s'interrompt, l'origine du faisceau qui ne sait ce qu'il devient; plus de sang-froid, plus de raison, plus de jugement, plus d'instinet, plus de ressource,
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Je mé reconnais.
BORDEU
Le grand bomme, s'il a malheureusement reçu cette dispo sition naturelle, s'occupera sans relâche à l'afaiblir, à la dominer, à se rendre maître de ses mouvements et à conserver à l'origine du faisceau tout son empire. Alors il se possédera au milieu des plus grands dangers, il jugera froidement, mais sainement. Rien de ce qui peut servir à ses vues, concourir à son but, ne lui échappera; on l'étonnera difficilement; il aura quarante-cinq ans; il sera grand roi, grand ministre, grand politique, grand artiste, surtout grand comédien, grand philosophe, grand poëte, grand musicien, grand médecin ; il régnera sur lui-même et sur tout ce qui l'environne. Il ne craindra pas Ja mort, peur, comme a dit sublimement le stolcien, qui est une anse que saisit Le robuste pour mener le faible partout où il veut; il aura cassé l'anse et se sera en mème temps affranchi de toutes les tyrannies du monde, Les êtres sensibles ou les fous sont en scène, il est au parterre ; c'est lui qui est le sage.
a MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE.
Dieu me garde de la société de ce sage-là