BON DEU
C'est pour n'avoir pas travaillé à lui ressembler que vous aurèz altéruativement des peines et des plaisirs violents, que vous passerez votre vie à rire et à pleurer, et que vous ne serex jamais qu'un enfant."
MADEMOISELLE DE L'ESFINASSE.
Je m'y résous. -
efforts, les brins portent opiniâtrément des secousses funestes à l'origine du faisceau; le malheureux a beau se débattre, le spectacle de l'univers se noircit pour lui; il marche avec un cortège d'idées, lugubres qui ne le quittent point, et il finit par se délivrer de lui-même.
MADEMOISELLE DE L'ESPINABSE.
Docteur, vous me faites peur.
D'ALEMBERT, ler, en robe de chambre et n honnot de nuit.
Et du sommeil, docteur, qu'en dites-vous? c’est une bonne ‘chose.
PORDEU.
Le sommeil, cet état où, soit lassitude, soït habitude, tout le réseau se relâche et reste immobile ; où, comme dans la maludie, chaque filet du réseau s'agit, se meut, transmet à l'origine commune uné foule de sensations souvent disparntes, décousucs, troublées ; d'autres fois si liées, si suivies, si biea ordonnées que l'homme éveillé n'aurait ni plus de raison, ni plus d'éloquence, ni plus d'imagination ; quelquefois si violentes, si vives, que l'homme éveillé reste incertain sur la réalité de la chose.
- MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE
Eh bien, le sommeil?
BORDEU
Est un êtat de l'animal où il n'y a plus d'ensemble : tout coocert, tousesubordination cesse. Le maitre est abandonné à Ia discrétion de ses vassaux et à l'énergie effrénée de sa propre activité. Le fil optique s'est-il agité? L'origine du réseau voit; il entend si c'est le fil auditif qui le sollicite. L'action et le réaction sont les seules choses qui subsistent entre eux; c’est ne conséquence de lu propriété centrale, de la loi de continuité et de l'habitude. Si l'action commence par le brin voluptueux que ls nature a déstiné au plaisir de l'amour et à la propagation dé L'espèce, l'image réveillée de l'objet aimé sera l'effet de la réaction à l'origine du faisceau. Si cette image, au contraire, se réveille d'abord à l'origine du faisceau, la tension du brin woliptaeux, l'effervescence et l'effusion du fluide séminal seront
“les suites de la réaction.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSK. Oui, c'est qu'on est un autre.
D'ALEMDERT,
- Et dans le second cas, on n'a pas seulement la conscience du soi, mais on a encore celle de sa volonté et de sa liberté, Qu'est-ce que cette liberté, qu'est-ce que cette volonté de l'homme qui rève?
jee c'est la même que celle de l'homme qui veille : la dernière impulsion du désir et de l'aversion. le dernier résulta de tout ce qu'on a été depuis sa naissance jusqu'au moment ui l'on est; et je défie l'esprit le plus délié d'y apercevoir In moindre différence. *
D'ALEMBERT
Vous croyez?
DORDEU.
Etc'eet vous qui me faites cette question! vous qui, livré à des spéculations profondes, avez passé les deux tiers de votre vie À réver les yeux ouverts, et à agir sans vouloir ; oui, sans vouloir, bien moins que dans votre rêve. Dans votre réve vous commandiez, vous ordonniez, on vous obéissail ; vous étiez mécontent où satisfait, vous éprouviez de la contradiction, vous trouviez des obstacles, vous vous irritiez, vous aimiez, vous haïssiez, vous blimiez, vous alliez, vous veniez. Dans le cours de vos méditations, à peine vos yeux s'ouvraient le matin que, ressuisi de l'idée qui vous avait occupé la veille, vous vous vêtiez, vous vous asseyierà votre table, vous méditiez, vous traciez des figures, vous suiviez des calculs, vous diniez, vous repreniez vos com binaisons, quelquefois vous quittiez la tnble pour les vérifier; vous DA das d'a autres, vous donniez des ordres à votre domestique, vous , vous vous couchiez, vous vous endormiez sans avoir fait le moindre acte de volonté. Vous n'avez été qu'un point; vous avez agi, mais vous n'avez pus voulu. Est-ce qu'on veut, de soi? La volonté naît toujours de quelque motif intérieur ou extérieut, de quelque i impression présente, de quelque rémimiscence Qu passé, de quelque passion, de quel que projet dans Navenir. Après cela je ne vous dirai de la liberté qu'un mot, c'est qué la dérnière de nos actions est l'effet nécessaire d'une cause une : nous, très-compliquée, mais une,
MADÉMOISELLE NE L'ESPINASSE.
Nécessaire ?
DORDEU.
Sans doute. Tâchez de concevoir la production d'une autre
action, en supposant que l'être agissant soit le même. MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE,
Il a raison. Puisque j'agis ainsi, celui qui peut agir autrement n’est plus moi; et assurer qu'au moment où je fais où dis une chose, j'en puis dire ou faire une autre, c'est assurer je suis moi et que je suis un autre. Mais, docteur, et le vice et la vertu? La vertu, ce mot si saint dans toutes les langues, cette idée si sacrée chez toutes les nations ! q É
BORDEU
Il faut le transformer en celui de bienfaisance, et son op posé en celui de malfaisance, On est heureusement où malheureusement né; on est irrésistiblement entraîné par le torrent général qui conduit l'un à la gloire, l'autre à lignominie.
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSE, Et l'estime de soi, et la honte, et le remords?
BORDEU, Puérilité fondés sur l'ignorance et la vanité d'un être qui s'impute à lui-même le mérite ou le démérite d'un instant nécessaire. 9 Etles récompenses, et les châtiments?
Des moyens de corriger l'étre modifiable qu'on appellé té= chant, et d'encourager celui qu'on appelle bon. MADEMOISELLE DE L'ESFINASSE, 14 Et toute cette doctrine n'a-t-elle rien de dangereux®. NORDEU.
Est-elle vraie ou est-elle fausse?
MADEMOISELLE DE L'ESPINASSES Je la crois vraie. ds