ENTRETIEN DE L'AUMÔNIER ET D'OROU
B. Dans la division que les Taïtiens se firent de l'équipage = Bougainville, l'aumônier devint le partage d'Orou. L'aumbmier ec le Taïtien étaient à peu près du mème âge, trente-cinq trente-six uns. Orou n'avait alors que sa femme et trois
4 Quoique out ce qui nuit n'ait aucune prétention à l'authenticité, on gra æputétre bien sie d'apprendre que Faumnier de la Boudeuse s'appelait fo P. Laraisss ct qu'il était Cordolier.
filles appelées Asto, Palli et Thia. Elles le déshabillèrent, lui lavèrent le visage, les mains et les pieds, et lui seryirent un repas sain et frugal. Lorsqu'il fut sur le point de se coucher, Orou, qui s'était absenté avec sa famille, reparut, lui présents sa femme et ses trois filles nues, et lui dit:
— Tu as soupé, tu es jeune, tu 1e portes bien; si tu dors seul, tu dormiras mal; l'homme a besoin la nuit d'une compagne à son côté. Voilà ma femme, voilà mes filles : choisis celle qui te convient; mais si tu veux m'obliger, tu donneras la préférence à la plus jeune dé mes filles qui n'a point encore ea d'enfants.
La mère ajouta : — Hélas! je n'ai point à m'en plaindre ; la pauvre Thia! ce n'est pas sa faute, ê
L'aumônier répondit :
Que ea religion, son état, les bonnes mœurs et l'honnêteté ne lui permettaient pas d'accepter ces offres.
Orou répliqua: ,
— Je ne sais ce que c'est que la chose que tu appelles religion ; mais je ne puis qu'en penser mal, puisqu'elle t'empêehe de goûter un plaisir innocent, auquel nature, ln souveraine maltresse, nous invite tous; de donner l'existence à un dertes semblables; de rendre un’ service que le père, la mère etles enfants te demandent; de t'acquitter avec un hôte qui N'a fait un bon accueil, et d'enrichir une nation, en l'accroissant d'un. sujet de plus. Je ne sais ce que c'est que la chose que turappelles état; mais ton premier devoir est d'être homme et d'être réconnaissant. Je ne Le propose point de porter dans ton paysies mœurs d'Orou; mais Orou, ton hôte et ton ami, ts supplie de 1e prêter aux mœurs de Taïti. Les mœurs de Taïti sont-elles meilleures ou plus mauvaises que les vôtres? c'est une qui facile à décider, La terre où tu es né »-t-elle plus d'hommes qu'elle n'en peut nourrir? en ce cas tes mœurs n@ sont ni pires, ni meilleures que les nôtres. En peut-elle nourrir n'en a? nos mœurs sont méllieures que les liennes. Quant à l'honnéteté que tu m'objectes, je 1e comprends; j'avoue quej's tort; et je t'en demande pardon. Je n'exige pas que tu nuisesi fa santé; si tu es fatigué, il faut que tu ie reposes: qe que tu ne continueras pas à nous contrister. Vois le #5 répandu sur tous cés visages : pt
remarqué en elles’ quelques défauts qui leur attirent ton dédain. Mais quand cela serait, le plaisir d'honorer une de mes filles, entre ses compagnes et ses sœurs, et de faire une bonne action, ne te suffrait-il pas? Sois généreux!
L'aUMÔNIRR.
Ce n'est pas cela : elles sont toutes quatre égalentent belles ; mais ma religion! mais mon état!
onoÿ.
Elles m'appartiennent, et je te les offre : elles sont à elles, et elles se donnent à toi. Quelle que soit la pureté de conscience que la chose religion et la chose état te prescrivent, tu peux les secepter sans scrupules. Je n’abuse point de: mon autorité; et sois sûr que je connais et que je respecte les droits des per-
Ici, le véridique aumônier convient que jamais la Providence ne l'avait exposé à une aussi pressante tentation. Il était jeune; il s'agitait, il se tourmentait; il détournait ses regards des simables suppliantes; il les ramenait sur elles; il levait ses mains et ses yeux au ciel. — Thia, la plus jeune, embrassait ses genoux et lui disait : Étranger, n'aflige pas mon père, 'afige pas mn mère, ne m'aîlige pas! Honore-moi dans la cabane et parmi les miens; élève-moi au rang de mes sœurs qui se moquent de moi. Asto l'ainés a déjà trois enfants: Palli, la seconde, en à deux, et Thia n'en à point! Étranger, honnête étranger, ne me rebute pas! rends-moi mère; fais-moi un enfant que je puisse un jour promener per la main, à côté de moi, dans Taïti; qu'on voie dans neuf mois attaché à mon sein; dont je sois fière, et qui fasse une partie de ma dot, lorsque je passerai de la cabane de mon père dans une autre. Je serai peut-
Loute ma vie; j'écrirai ton nom sur mon bras et sur celui de ton fils; nous le prononcerons sans cesse avec joie; et, lorsque tu
ce rivage, mes souhaits l'accompagneront sur les mers jusqu'à ce que tu sois arrivé dans ton pays.
Le naïf aumônier dit qu'elle lui serrait lex mains, qu'elle sitachaïit sur ses yeux des regards si expressifs et si touchants; qu'elle pleurait:; que son père, sa mère et ses sœurs s'éloignbrent; qu'il resta seul avec elle, et qu'en disant : Mais ma reli-
de plus; qui commande et qui n'est pas obéi cher, et qui n'empêche pas. Contraires à l
fandé? Ne yois-tu pas qu'on a confondu, dans qui n'a ni sensibilité, ni pensée, ni désir, ï quite, qu'on prend, qu'on garde, qu'on éc soufre et sans qu'elle se plaigne, avec la cl ” point, ne s'acquiert point; qui « liberté, vo se donner ou se refuser pour un moments refuser pour toujours; qui se plaint et qui so saurait devenir un effet de commerce, sans caractère, et qu'on fasse violence à la nature? loi générale des êtres. Rien, en effet, te para! qu'un précepte qui proscrit le changement qui est commmande une constance qui n'y peut être, et | liberté du mâle et de la femelle, en les enchaînant ma l'un à l'autre; qu'une fidélité qui borne Ia plus se jouissances à un même individu: er de deux êtres de chair, à la face d'un ciel qui n'est instant le même, sous des antres qui onsent rie; 28 es d'une roche qui tombe en poudré; au pied d'un arbre qui se gercs; sur une pierre qui s'ébranle? Crois-moi, vous à la condition de l'homme pire que celle de l'animal. Je
n'ait point parlé à nos pères, et je souhaite qu'il ne
à nos enfants; car il pourrait par hasard leur dire,
sottises, et ils feraient peut-être celle de le croire: Hier, en soupant, tu nous as entretenus de magistrats et de prêtres; je ne sais quels sont ces personnages qué tu appelles magistrats et prêtres, dont l'autorité règle votre conduite; mais, dis-moi, sont-ils maltres du bien et du mal? Peuvent-ils faire que ceiqui est juste soit injuste, et que ce qui est injuste soit justet dépend-il d’eux d'attacher le bien à des actions Pre mal à des actions innocentes ou utiles? Tu ne
car, à ce compte, il n'y aurait ni vrai ni faux, ni
vais, ni beau ni laid; du moins, que ce! qu'il plairait à, grand ouvrier, à tes magistrats, à tes prêtres, de, prononcer | et, d'un moment à l'autre, tu serais obligé de changer d'idées
et de conduite, Un jour l'on te dirait, de la part de l'un de tes trois maltres : fue, et tu serais obligé, en conscience, de tuer; un autre jour : vole; et tu serais tenu de voler; ou : ne mange pos de ce fruit; et tu n'osérais en manger ; je {e défends ce légume ou cet animal; et tu te garderais d'y toucher. 1 n'y a point de bonté qu'on ne pût t'interdire; point de méchanceté © qu'on ne pûr t'ordonner. Et où en serais-tu réduit, si tes trois maîtres, peu d'accord entre eux, s'avisaient de te permettre, de LE parte de te défendre la mème chose, comme je pense arrive souvent? Alors, pour plaire au prêtre, il faudra que tu te brouîlles avec le magistrat; pour satisfaire le magistrat, il faudra que tu mécontentes le grand ouvrier; et pour te rendre agréable au grand ouvrier, il faudra que tu renonces à 1a nature. Ek sais-tu ce qui en arrivera? c'est que tu les mépriseras tous trois, etque tu ne seras ni homme, ni citoyen, ni pieux; que tu ne seras rien; que tu seras mal avec toutes les sortes d'autorités; mal avec toi-même; méchant, iourmenté par ton cœur; par tes maltres insensés ; et malheureux, comme je te vis hier au soir, lorsque je te présentai mes filles et ma femme, et que tu l'écriais : Mais ma religion! mais mon état! Veux-tu savoir, en tous temps et en tous lieux, ce qui est bon et mauvais? Attache-toi à la nature des choses et des actions; à tes rapports avec ton semblable; & l'influence de ta conduite sur ton utilité particulière et le bien général. Tu es en délire, si tu crois qu'il y ait rien, soit en haut, soit en bas, dans l'univers, qui puisse ajouter ou retrancher aux lois de la nature. Sa volonté éternelle est que le bien soit préféré au mal, et le bien général au bien particulier. Tu ordonneras le contraire; mais tu ne seras pas obéi. Tu multiplieras les malfaiteurs 1 les malheureux par la crainte, par les châtiments et par les remords; fu dépraveras les consciences; tu corrompras les esprits; ils me sauront plus ce qu'ils ont à faire ou à éviter. Troublés dans état d'innocence, tranquilles dans le forfait, ils auront perdu l'étoile polaire dans leur chemin. Réponds-moi sincèrement ; en dépitdes ordresexprès de tes trois législateurs, un jeune homme, dans tou pays, ne couche-1-il jamais, sans leur permission, avec une jeune fille?
L'AUMONIER
Je mentirais si je 1e l'assurais.
caprice, on se bläme, on s’accuse, on se suspecte, on se tyran— nise, On est envieux, on est jaloux, on se trompe, on s'afflige, on se cache, on dissimule, on s'épie, on se surprend, on se querelle, on ment; les filles en imposent à leurs parents; les maris à leurs femmes; les femmes à leurs maris: des filles, oui, je n’en doute pas, des filles étoufferont leurs enfants; des pères soupçonneux mépriseront et négligeront les leurs; des mères s'en sépareront et les gbandonneront à la merci du sort; et le crime et la débauche se montreront sous toutes sortes de formes. Je sais tout cela, comme si j'avais vécu parmi vous. Cela est, parce que cela doit être; et ta société, dont votre chef vous vante le bel prdre, ne sera qu'un ramas d’hypocrites, qui foulent secrètement aux pieds les lois; ou d’infortunés, qui sont eux-mêmes les instruments de leurs supplices, en s'y soumettant ; ou d'imbéeiles, en qui le préjugé a tout à fait étouffé la voix de la nature; ou d'êtres mal organisés, en qui la nature ne réclame pas ses droits.
L'AUMÔNIER, Cela ressemble. Mais vous ne vous mariez donc point? oxov.
Nous nous marions.
L'AUMÔNIER
Qu'est-ce que votre mariage?
onov.
Le consentement d'habiter une même cabane, et de coucher dans le même lit, tant que nous nous y trouverons bien. L'AUMÔNIER, Et lorsque vous vous y trouvez mal?
onou, Nous nous séparons.
L'AUMÔNIER
Qué deviennent vos enfants?
oxov.
© étranger! ta dernière question achève de me déceler la misère de ton pays. Sache, mon ami, qu'ici la naissance d'un enfant est toujours un bonheur, et sa mort un sujet de regrets et de larmes. Un enfant est un bien précieux, parce qu'il doit devenir un homme ; aussi, en avons-nous uni tout autre
DE BOUGAINVYILLE. 229
OROU. a Assurément. Voilà ma fille aînée qui a trois enfants; ils mar chent; ils sont sains; ils sont beaux ; ils promettent d'être forts : lorsqu'il lui prendra fantaisie de se marier, elle les emmènera ; ils sont les siens : son mari les recevra avec joie, et sa femme ne lui en serait que plus agréable, si elle était enceinte d’un quatrième.
De lui?
L'AUMÔNIER
oxov.
De lui, ou d'un autre. Plus nos filles ont d'enfants, plus elles sont recherchées ; plus nos garçons sont vigoureux et forts, plus ils sont riches : aussi, autant nous sommes attentifs à préserver les unes des approches de l'homme, les autres du commerce de la femme, avant l'âge de fécondité ; autant nous les exhortons à produire, lorsque les garçons sont pubères et les filles nubiles. Tu ne saurais croire l'importance du service que tu aurss rendu à ma fille Thia, si tu lui as fait un enfant. Sa mère ne lui dira plus à chaque lune : Thia, à quoi penses-tu donc? Tu ne deviens point grosse ; tu as dix-neuf ans; tu devrais avoir déjà deux enfants, et tu n'en äs point, Quel-est celui qui se chargera de toi? Si tu perds ainsi Les jeunes ans, que feras-tu dlans ta vieillesse? This, il faut que tu aies quelque défaut qui éloigne de toi les hommes. Corrige-toi, mon enfant : à ton âge, Jj'arais été trois fois mère,
À L'aumONrER.
Quelles précautions prenez-vous pour garder vos filles et vos
garçons adolescents?
onou.
C'est l'objet principal de l'éducation domestique et le point le plus important des mœurs publiques. Nos garçons, jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, deux ou trois ans au delà de la puberté, restent couverts d'une longue tunique, et les reins ceints d'une
chalne, Avant que d’être nubiles, nos filles n’oseraient sortir sans un voile blanc. Oter sa chaîne, lever son voile, sont des fautes qui se commettent rarement, parce que nous leur en apprenons de bonne heure les fâcheuses conséquences. Mais au moment où le mâle a pris toute sa force, où les symptômes wirils ont de ln continuité, et où l'effusion fréquente et la qualité
rence des idées de la beauté dans une contrée où l'on rapporte les formes au plaisir d'un moment, et chez un peuple où elles sont appréciées d'après une utilité plus constante, Là, pour être belle; on exige un teint éclatant, un grand front, de grands yeux, les traits fins et délicats, une taille légère, une petite bouche, dé petites mains, un petit pied. Ici, presque aucun de ces éléments n'entre*en calcul. La femme sur laquelle les regards s'attachent et que le désir poursuit, est celle qui promet beaucoup d'enfants (la femme du cardinal d'Ossat), et qui les promet actifs, intelligents, courageux, sains et robustes. 1l n'y a présque rien de commun entre la Vénus d'Athènes et celle de Taiti; l'une est Vénus galante, l’autre est Vénus féconde, Une Taïtienne disait un jour avec mépris à une autre femme du pays : « Tu es belle, mais tu fais de laids enfants; je suis laide, mais je fais de beaux enfants, et c'est moi que les hommes pré- Rrenit, n Après cette note de l'aumbnier, Orou continue : onou,
L'heureux moment pour une jeune fille et pour ses parents, que celui où sa grossesse est constatée! Elle se lève; elle secourt; elle jeue ses bras autour du cou de sa mère et de son père; c'est avec des transports d'une joie mutuelle, qu'elle leur annonce et qu'ils apprennent cet événement. Maman! mon papal embrassez-moi; je suis grosse! —Est-il bien vrai?—Très-vrai. —Et de qui l'étes-vous ? — Je le suis d’un tel.
L'AUMÔNIER
Comment peut-elle nommer le père de son enfant?
onov,
Pourquoi veux-tu qu'elle l'ignore? Il en est de la durée de nos amours comme de celle de nos mariages; elle est au moins d'une lune à la lune suivante.
L'AUNÔNIEN.
Etcette règle est bien scrupuleusement observée?
vrou.
Tu vas.en juger. D'abord, l'intervalle de deux lunes n'est pas long; mais lorsque deux pères ont une prétention bien fondée à la formation d'un enfant, il n'appartient plus à sa mère.
L'AUMÔNIER
A qui sppartient-il donc ?
-L'AUMÔNIER
Et ces voiles gris?
DRoU,
Le signe de la maladie périodique. Celle qui quitte ce voile, «1 se mêle avec les hommes, est une libertine; celui qui le relève, et s'approche de la femme malade, est un libertin, L'AUMÔNIER.
Avez-vous des châtiments pour ce libertinage? Point d'autre que le blâme:
L'AUMÔNIER
Un père peut-il coucher avec sa fille, une mère avec son fils, un frère avec sa sœur, un mari avec la femme d'un autre!
onov.
Pourquoi non? L'AUMÔNI
Passe pour la fornication; mais l'inceste, mais l'adultère!
onov.
Qu'est-ce que tu veux dire avec tes mots, fornication, inceste, udulière?
L'AUMÔNIER
Des érimes, des crimes énormes, pour l’un desquels on brûle ans mon pays.
ORoU.
Qu'on brûle ou qu'on ne brûle pas dans tan pays, peu m'importe. Mais tu n'accuseras pas les mœurs d'Europe par celles de Taïü, ni par conséquent les mœurs de Taïti par celles de ton pags : il nous faut une règle plus sûre; et quelle sera cette régle? En connais-tu une autre que le bien général et l'utilité partieulière? A présent, dis-moi ce que ton crime inceste « de contraire à ces deux fins de nos actions? Tu te trompes, mon ami, si tu erois qu'une loi une fois publiée, un mot ignominieux inventé, un supplice décerné, tout est dit. Réponds-moi done, «qu'entends-tu par énceste?
L'AUMÔNIER
Mais un énceste.…
Un duceste”… Y at-il longtemps que ton grand ouvrier sans tête, sans mains et sans outils, a fait le monde?
DE POBGAINYIERR, 255
oROU.
Guëre plus D is ele 1 et F recherchée, Hp pue laits, HEURE RATS en enfants.
. L'AUMÔONIER.
Cela me fait imaginer que le sort des femmes que la nature a disgraciées ne doit pas être heureux dans Taïti,
onou.
Cela me prouve que tu n'as pas une haute opinion de la générosité de nos jeunes gens.
L'AvMONtER, Pour les unions de frères et de sœurs, je ne doute pas qu'elles ne soient très-communes.
onov.
Et très-spprouvées.
L'AUMÔNIERR.
A l'entendre, cette passion, qui produit tant de crimes et de maux dans nos contrées, serait ici tout à fait innocente,
onov,
Étranger! tu manques de jugement et de mémoire : de juge ment, car, partout où il y a défense, il faut qu'on soit tenté de faire la chose défendue et qu'on la fasse : de mémoire, puisque Au ne te souviens plus de ce que je l'ai dit. Nous avons des vieilles dissolues, qui sortent la nuit sans leur voile noir, et reçoivent des hommes, lorsqu'il ne peut rien résulter de leur approche ; si elles sont reconnues ou surprises, l'exil au nord de Mile, ou l'esclavage, est leur châtiment : des filles précoces, qui relèvent leur voile blanc à l'insu de leurs parents (et nous avons pour elles un lieu fermé dans la cabane); des jeunes gens, qui déposent leur chaîne avant le temps prescrit par la mature et par La loi (et nous en réprimandons leurs parents); des femmes à qui le temps de la grossesse paraît long; des femmes dt des filles peu scrupuleuses à garder leur voile gris; maïs, dan: le fait, nous n’attachons pas une grande importance à toutes-ces fautes; ot tu ne saurais croire combien l'idée de richesse particulière où publique, unie dans nos têtes à l'idée de population, éjprure nos mœurs sur cg point.
cheval, laisse périr son enfant sans secours, et appelle le médecin pour son bœuf. ;
ressort ; et c'est alors qu'on y sentira le prix de l'enfant qui nait, et l'importance de la population. Veux-tu'que je te révèle un secret? mais prends garde qu'il ne t'échappe. Vous arrivez : nous vous abandonnons nos femmes et nos filles ; vous vous en étonnez; vous nous en lémoignez une gratitude qui nous fait rire; vous nous remercier, lorsque nous asseyons sur toi et sur tes compagnons la plus forte de toutes les impositions. Nous ne l'avons point demandé d'argent: nous ne nous sommes point jetés sur tes marchandises: nous avons méprisé tes denrées : mais nos femmes et nos filles sont venues exprimer le sang de tes veines. Quand tu l'éloigneras, tu nous auras laissé des enfants: ce tribut levé sur ta personne, sur ta propre substance, à ton avis, n'en vaut-il pas bien un autre? Et si tu veux en apprécier lu valeur, imagine que tu aies deux cents lieues de côtes à cou rir, et qu'à chaque vingt milles on te mette à parcille contribu= tion. Nous avons des terres immenses en friche ; nous manquons de bras; et nous l'en avons demandé. Nous avons des calamités Epidémiques à réparer; et nous l'avons employé 4 réparer le wide qu'elles lnisseront. Nous avons des ennemis voisins & com battre, ua besoin de soldats; et nous l'avons prié de nous en faire : le nombre de nos femmes et de nos filles est trop grand pour celui des hommes ; et nous l'avons associé à notre tâche. Parmi ces femmes et ces filles, il y en a dont nous n'avons pu obtenir d'enfants; et ce sont celles que nous avons exposées à vos premiers embrassements. Nous avons à payer une redevance en hoïnmes à un voisin oppresseur; c'est toi et tes camarades
nous défrayerez; et dans cinq ou six ans, nous lui enverrons vos fils, s'ils valent moins que les nôtres. Plus robustes, plus sains que vous, nous nous sommes aperçus Que VOUS nous sur passiez en intelligence; et, sur-le-champ, nous avons destiné quelques-unes de nos femmes et de nos filles les plus belles à recueillir la semence d'une race meilleure que la nôtre, C'est un essai que nous ayons tenté, et qui pourra ous réussir. Nous ie ui et des Liens le seul parti que n
DE BOUGAINVILLE. au
nations tant anciennes que modernes, et vous trouverez les
hommes assujettis à trois codes, le code de la nature, le code civil, et le code religieux, et contraints d'enfreindre alternativement ces trois codes qui n'ont jamais été d'accord ; d'où il est arrivé qu'il n'y « eu dans aucune contrée, comme Orou l'a deviné dé la nôtre, ni homme, hi citoyen, ni religieux.
A, D'où vous conclurez, sans doute, qu'en fondant la morale surles rapports éternels, qui subeistent entre les hommes, la loi religieuse devient peut-être superflue ; et que la loi civile ne doit être que l'énonciation de la loi de nature,
B. Et cela, sous peine de multiplier les méchants, au lieu de faire des bons,
A. Ou que, si l'on juge nécessaire de les conserver toutes trois, il faut que les deux dernières ne soient que des calques rigoureux de la première, que nous apportons gravée au fond de nos cœurs, et qui sera toujours la plus forte.
B. Cela n'est pas exact, Nous n'apportons en naissant qu'une similitude d'organisation avec d'autres êtres, les mêmes besoins, de l'attrait vers les mêmes plaisirs, une aversion commune pour les mêmes peines : voilà ce qui constitue l'homme ce qu'il est, et doit fonder la morale qui lui convient.
A. Cela n'est pas aisé.
B. Cela est si difficile, que je croirais volantiers le peuple le
de la terre, le Taïtien qui s'en est tenu scrupuleusement à la loi de la nature, plus voisin d'une bonne législation qu'aucun peuple civilisé.
A: Parce qu'il lui est plus facile de se défaire de son trop de rusticité, qu'à nous de revenir sur nos pas ct de réformer nos abus,
B. Suriout ceux qui tiennent à l'union de l'homme ex de 1