SUPPLÉMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE
B. Toujours les femmes! on ne saurait faire un pas sans les rencontrer à travers son chemin.
>H52ERà
. Si nous leur lisions l'entretien de l'aumônier et d'Orou? . À votre avis, qu’en diraient-elles?
- Je n’en sais rien.
Et qu’en penseraient-elles?
. Peut-être le contraire de œæ qu'elles en diraient.
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arr)
J'aime Thomas; je respecte la fierté de son âme et la noblesse de san caractère : c'est un homme de beaucoup d'esprit; c'est un homme de bien; ce n'est donc pas un homme ordimaire, À en juger par sa Dissertation sur les Femmes", il n'a pas assez éprouvé une passion que je prise davantage pour les peines dont elle nous console que pour les plaisirs qu'elle nous donne. 1 à beaucoup pensé, mais il n'a pas assez senti, Sa tête s'est tourmentée, mais son cœur est demeuré tranquille, J'aurais écrit avec moins d'imparlialité et de sagesse; mais je me serais occupé avec plus d'intérêt et de chaleur du seul étre de la nature qui nous rende sentiment pour sentiment, et qui soit heureux du bonheur qu'il nous fait, Cinq ou six pages de verve répandues dans son ouvrage auraient rompu la continuité de ses observations délicates et en auraient fait un ouvrage charmant, Mais il a voulu que son livre ne fût d'aucun sexe; et il n'y a malbeureusement que trop bien réussi, C'est un hermaphrodite, qui n'a ni le nerf de l'homme ni la mollesse de la femme, Cependant peu de nos écrivains du jour auraient été capables d'un travail où l'on remarque de l'érudition, dé la raison, de la finesse, du style, de l'harmonie; mais pas assez de variété, de cette souplesse propre à se prêter à l'infinie diversité d'un être extrème dans sa force et dans sa faiblesse, que ls
4. Ce morceau so trouve dans la Correspondance libléraire de Grimm, sanéo 1772, ave des changements qu'il s'est permis de fairn; nous ne rapperterons que doux rariantes qui nous ont paru mériter quelque intérôc. (Bn.) — L'article Sur ler Frsumes, quoique court, mérito bien d'être distingué des articles do puro crtique au jour Je Jour commo Diderot en fournissalt tant à Grimm. 11 fait partie de cetis sécu qu'il sppelait les petits papiers, « c'est-à-dire les petits chef-d'œuvre, » ajoute Salnte-Bavr
2, Eusai sur Le éaraclère, les mœurs et l'esprit des femmes dans les différents aüleles, Paris, 1772, in-ê°, fig.
vue d'üne souris ou d'une araignée fait tomber en syncope, et qui sait quelquefois braver les plus
C'est suriout dans la passion de l'
les transports de la tendresse maternelle, les instants de la superstition, la manière dont elles partagent les émotions épidémiques et populaires, que les femmes étonnent, belles comme les séraphins de Klopsiok, terribles comme les disbles de Milton. J'ai vu l'amour, la jalousie, la superstition, la colère, portés dans les femmes à un point que l'homme n'éprouva jamais. Le contraste des mouvements violents avec la douceur de leurs traits les rend hideuses ; elles en sont plus défigurées. Les distractions d'une vie occupée et contenticuse rompent nos passions, Le femme couve les siennes : c'est un point fixe, sur lequel son oisiveté ou la frivolité de ses fonctions tient son regard sans cesse attaché. Ce point s'étend sans mesure; et, pour devenir folle, il ne manquernit à la femme passionnée que l'entière solitude qu'elle recherche. La soumission à un maître qui lui déplait est pour elle un supplice. J'ai vu une femme honnête frissonner d'horreur à l'approche de son époux: je l'ai vue se plonger dans le bain, et ne se croire jamais assez lavée de la souillure du devoir, Cettg sorte de répugnance nous est presque inconnue. Notre organe est plus indulgent. Plusieurs femmes mourront sans avoir éprouvé l'extrême ‘de ls volupté. Cette sensation, que je regarderai volontiers comme une \épilepsie passagère, est rare pour elles, et ne manque jamais d'arriver quand nous l'appelons. Le souverain bonheur les fuit entre les bras de l'homme qu’elles adorent, Nous le trouvons à côté d'une femme camplaisante qui nous déplait. Moins maltresses de leurs sens que nous, la récompense en est moins prompte et moins sûre pour elles. Cent fois leur attente est trompée. Organisées tout au contraire de nous, le mobile qui sollicite en elles la volupté est si délicat, et la source en est si éloignée, qu'il n'est pas extraordinaire qu'elle ne vienne point ou qu'elle s'égare. Si vous entendez une femme médire de l'amour, et un homme de lettres déprécier la considération publique; dites de l'une que ses charmes passent, et de l'autre que son talent se perd. Jamais un homme ne s'est assis, à Delphes, sur le sacré trépied. Le rôle de Pythie ne convient
une femme. 11 n’y a qu'une tête de femme qui puisse s'exalter
de pressentir sérieusement l'approche d'un dieu, de
, de s'écheveler, d’écumer, de s'écrier : Je fe sens, je sens, le voilà, le dieu, et d'en trouver le vrai discours. Un solitaire!, brûlant dans ses idées ainsi que dans ses expressions, disait aux hérésiarques de son temps : Adresez-vous qur Lemmes; elles repoivent promptement, parce qu'elles sont ignorantes; elles répandent avec facilité, parce ga'elles sont légères; elles retiennent longtemps, parce qu'elles sont tétues. Impénétrables dans la dissimulation, cruelles dans la vengeance, con stantes dans leurs projets, sans scrupules sur les moyens de réussir, animées d'une haine profonde et secrète contre le des= potisme de l'homme, il semble qu'il y ait entre elles un complot facilé de domination, une sorte de ligue, telle que celle qui subsiste entre les prêtres de toutes les uations. Elles en connaissent les articles sans se les étre communiqués. Naturellement curieuses, elles veulent savoir, soit pour user, soit pour abuser de tout. Dans les temps de révolution, la curiosité les prostitue sux chefs de parti. Celui qui les devine est leur implacable ennemi. Si vous les aimez, elles vous perdront, elles se perdront elles-mêmes ; si vous croisez leurs vues ambitibuses, elles ont au fond du cœur ce que le poëte a mis dans la bouche de Roxane :
Malgré tout mon amour, si dans cette journée Ilne m'attache à lui par un juste hyménée ; S'il 0 m'alléguer une odieuse loi ; Quand je fais tout pour lui, #'il ne fait tout pour moi; Dès le méme moment, sans songer si je l'aime, Sans consulter enfin si jo me perds moi-même, Jsbandonne l'ingrat, et le laisse rentrer Dans l'état malheureux d'où je l'at su tirer.
Racine, Bajazet, acte 1, scène 1m.
Toutes méritent d'entendre ce qu'un autre poëte, moins élégant, adresse à l'une d'entre elles :
Cest aloal que, toujours en proie à leur délire, Vos parèllles ont su soutenir leur empire,
Vous n'aimätes jamais; votre cœur insolent
‘Tend bien moins à l'amour qu'à subjuguer l'amant.
1 Saint Jérôme, (Ba.)
Qu'on vous fasse régner, tout vous paraîtra juste : Mais vous mépriseriez l'amant le plus auguste, * S'H ne sacrifiait au pouvoir de vos yeux
Son honneur, son devoir, la justice et les dieux*,
Elles Énnlout l'ivresse de la passion, si elles
intérêt à vous tromper ; elles l’éprouveront, |
moment où elles seront tout à leur
celui même de léur abandon. Iles Sen FEpoent nous sur ce qui leur plait. L'orgueil est plus leur vice que le nôtre. Une jeune femme Samoïède dansait nue, avec un,
à la main. Elle paraissait s'en frapper; mais elle aux coups qu’elle se portait avec une prestesse si singulière, qu'elle avait persuadé à ses compatriotes que c'était un dieu qui la rendait invulnérable ; et voilà sa personne sacrée. re geurs européens assistèrent à cette danse religieuse; et, bien convaineus que cette femme n'était qu'une très-adroite, elle trompa leurs yeux par la célérité dé s vements, Le lendemain, ils La supplièrent de danser encore une fois. Non, leur dit-elle, je ne danserai point ; le dieu ne Le veut pas; et je me blesserais. On insista. Les habitants de Ia contrée jeignirent leur vœu à celui des Européens. Elle danss. Elle fut démasquée. Elle s'en aperçu; et à l'instant la voile étendue à terre, le poignard dont elle était armée’ plongé dans ses intestins. Je l'avais bien prévu, disait-elle à ceux qui la secouraient, que le dieu ne le voulait pas, et que je me blesseruis. Ce qui me surprend, ce n'est pas qu'elle ait préféré la mort à {x honte, c'est qu'elle se soit laissé guérir. Et de nos jours, n'avons-nous pas vu une de ces femmes qui figuraient en bourrelet l'enfance de l'Église, les pieds et les mains cloués sur une croix”, le cté percé d'une lance, garder le ton de son rôle au milieu des CR vulsions de la douleur, sous la sueur froide qui découlsit membres, les yeux obscurcis -du voile de la mort, et #a
sant su directeur de ce troupeau de fanatiques, lui dire, non d'une voix souffrante : Mon pére, je veux dormir, mais d'uné
1. Cufausen, vers supprimés dans. la séène première du dousiims acte de)
Lo 4. Voir dans la Correspondance de Grimm, annés 1764, sn ps 0 mine sut le erucifiement des dévotes jansénistes couvulsionnairess
voix enfantine : Papa, je veux faire dodo? Pour un seul Homme, il y a cent femmes capables de cette force et de cette présence d'esprit. C'est cette même femme, ou une de ses compagnes, qui disait au jeune Dudoyer, qu'elle regardait tendre ment, tandis qu'avec une tenaille il arrachait les clous qui lui traversaient les deux pieds : Le dieu de qui nous tenons le don des prodiges ne nous a pus toujours accordé celui de La, sainteté*. Met de Stanl est mise à ln Bastille avec la duchesse du Maine, sa maîtresse*; la première s'aperçoit que M du Maine 2 tout avoué, À l'instant elle pleure, elle se roule à terre, elle S'écrie: Ak! mu pauvre maitresse est devenue folle ! N'attendez rien de pareil d'un homme. Lu femme porte au dedans d'ellemême un organe susceptible de ‘spasmes terribles, disposant d'elle, et suscitant dans son imagination des fantômes de toute espèce. C'est dans le délire hystérique qu'elle revient sur le passé, qu'elle s'élance dans l'avenir, que tous les temps lui sont présents. C'est de l'organe propre à son sexe que partent toutes ses idées extraordinaires. La femme, hystérique dans la jeunesse, se fait dévote dans l’âge avancé; la femme à qui il resie quelque énergie dans l'âge avancé, était hystérique dans sa jeunesse, Sa tête parle encore le langage de ses sens lorsqu'ils sont muets. Rien de plus contigu que l'extase, la vision, Ja prophétie, la révélation, la poésie fougueuse et l'hystérisme. Lorsque la Prussienne Karsch* lève son œil vers le ciel enflammé d'éclairs, elle voit Dieu dans le nuage; elle le voit qui secoue d'un pan de sa robe noire des foudres qui vont chercher la tête de l'impie ; elle voit la tête de l'impie. Cependant la recluse dans sa cellule se sent élever dans les airs; son âme se répand dans le sein de la Divinité; son essence se méle à l'essence divine; elle se pâme; elle se meurt; sa poitrine s'élève et s'abaisse avec rapidité; ses compagnes, attroupées autour d'elle,
1. Du Déyer de Gastol, à la suite de La Chadamine, rend compte, dans la mémo Correspondance de Grimm, du Miracle du jour de la Saint-Jean, 1760 é'est 1s sœur François qui ot l'héroïne de cote seëne d'exaltation où los secours, comme on apyalait ces tortures, sont des coups de hache, des coups d'épée, ot flaalement l'incandie du lit et de Is robe de la patiente, Francoise était une lle de cinquante-huit au, ce n'est pas olle qui fit au jeune Du Doyer l'étrange avoarapporté par Diderot.
À. A f'ocrssion du Is conjuration du priuce de Collamare. (En)
% Il y s éa une improrisatrice prussionne de ce nom, mais plus connue sous etui de Karsehin.
coupent les lacets de son vêtement qui la serre. La nuit vient: elle entend les chœurs célestes ; sa voix s'unit à leurs concerts, Ensuite elle redescend sur la terre; elle parle de joies ineffables ; on l'écoute ; elle est convaineue ; elle
dominée par l'hystérisme éprouve je ne sais quoi d'infernal où de céleste. Quelquefois, elle m'a fait frissonner, C'est dans la fureur de la bête féroce qui fait partie d' que je l'ai vue, que je l'ai entendue. Comme elle sentait! comme elle s'exprimait! Ce qu'elle disait n’était point d'une mortelle. La Guyon a, dans son livre des Torrents*, des lignes d'une éloquence dont il n'y a point de modèles. C'est sainte Thérèse qui a dit des démons : Qu'ils sont malheureux! ils n'aiment point. Le quiétisme est l'hypocrisie de l'homme pervers, et la vraie religion de la femme tendre. 11 y eut cependant un homme d'une honnèteté de caractère et d'une simplicité de mœurs si rares, qu'une femme aimable put, sans conséquence, s'oublier à cdté de lui et s’épancher en Dieu ; mais cet homme fat le seul; et * il s'appelait Fénelon. C'est une femme qui se promenait dans les rues d'Alexand-ie, les pieds nus, la tête échevelée, une torche dans une main, une aiguière dans l’autre, et qui disait : Je ver bräler le ciel avec cette torche, et éteindre l'enfer avec cette
LA La cou avis wir À pour an, pouramant, C peur ma La premier x pour lui la confiance, le second I passion, le troisiéme La. cssalers de À, 2e dégoûtars de B et gardora C. À rhgne sur là cœur, Cs Wie et Bour ce mobile interne que les médecins appellent le plezus nerveux, que votre Dee» sum le De que remplagans dans la mécanique do la femme ls machine d capeurs. » Récit enset de ce qui s'est passé à la séance de la Société des Observatrurs de la Femme, ls mani uvrembro 1802, Dans cette spirituelle parodie des faitset gestes de la Socidtéides Obesreateurs de l'Homme, Lemontey, parlant de ls décoration de la salle où se tenais
rtrouruls dns Je matéres que le soulpiecr ral empiepér TH NE plâtre verni, Mousseau en bros doré, ot Diderot en lave brute. » Caiss apprécis don nous parait aussi juste qu'ingéniouse,
2. M®* Guyon, quiétists célèbre du avu sibcle, qui sédulsit jusqu'à E m4 Spa M done sn re Mt SEE J Paris, Didier, 1869, 10-18, ei S
e couru manunerit, fat impriand,
pour la première fois, dans l'ion des Oruteuls spirit, Cologne, 4704, la-13. Æa 4700 on danna une édition complits des OEuvrer de M=* Guyon, en quareats volumes in-8°, Paris, cher les libraires associés,
eau, afin que l'honame n'aime son Dieu que pour lui-même, Ce rôle ne va qu'a une femme. Mais cette imagination fougueuse, cet esprit qu'on eroirait incoercible, un mot suffit pour l'abattre.
Un médecin* dit aux femmes de Bordeaux, tourmentées de vapeurs efrayantes, qu'elles sont menacées du mal cuduc; et les voilà gucries. Un médecin? secoue un fer ardent aux veux d'une troupe de AE filles épileptiques ; et les voilà gucries, Les magistrats de Milet* ont déclaré que la première femme qui. se luëra sèra exposse nue sur la place publique; et voilà les Mitésiennes réconciliées avec la vie. Les femmes sont sujettes à une férocité épidémique. L'exemple d’une seule en entraîne une
multitude. 1 n'y a que la première qui soit eriminelle; les autres sont malages."0 femmes, vous êtes des enfants bien extraordimaires! Avée un peu de douleur et de sensibilité (hé! mon sieur Thomas, que ne vous laissiéz-vous aller à ces deux qualités, qui né vous sont pus étrangères ?), quel attendrissement ne nous Auriez-vous pas inspiré, en nous montrant les femmes assujeities comme nous aux iufirmités de l'enfance, plus contraintes et plus uégligées dans leur éducation, abandonnées aux mêmes caprices du sort, avec une âme plus mobile, des organes plus délicats, et rien de œtte fermeté naturelle ou acquise qui nous y prépare; réduites au silence dans l'âge adulte, sujettes à un malaise qui les dispose à devenir épouses et mères : alors tristes, inquiète, mélimcoliques, à côté de parents alarmés, non= seulement sur la santé et la vie de leur 1, mais encore «ur Soi caractère : car c'est À cet instant criuque qu'une jeune fille devient ce qu'elle restera toute sa vie, pénétrante où stupide, triste où gaie, sérieuse où légère, bonne où méchante, l'espérance de sa mère trompée où réalisée. Pendant une longue suite d'années, chaque lune ramènera le méme malaise, Le moment qui lædélivrers du despotisme de ses parents est arrivé; son
A. Fait eilé par Uaylo dans los Panséer sur La cométe de 1680.11 place la seège 1 Dual Au Venus de sales Louis,
pa LL d'hysérie en menaçant les malades du cauthre.
4: Vintiwre: # Lo dégoût do vivre saisit les femmes do Milet, les magistrats
déclarent que, ete. »
LP
imagination s'ouvre à un avenir plein de chimères; son cœur mage dans une joie secrète. nn ture; le temps aurait sans cesse affaibli Ia tyrannie « quittes ; Je temps aceroltra sans cesse lé tyrannie sous. tu vas passer. On lui choisit un époux. Elle devient mère. L'état de est pénible presque pour toutes les femmes. C'est dans les douleurs, au péril de leur vie, aux dépens de leurs charmes, et souvent au détriment de leur santé, qu'elles donnent naissance à des enfants. Le premier domicile de l'enfant et les deux réservoirs de sa nourriture, les organes qui caractérisent Je sexe, sont sujets à deux maladies incurables. 1] n'y à peut-être pas de joie comparable à celle de la mère qui voit son premier-né; mais ‘ce moment sera payé bien cher. Le père se soulage du soin des garçons sur un mercenaire; la mère demeure changée de la garde de ses filles, L'âge avance; la beauté passe; arrivent les années de l'apandon, de l'humeur et de l'ennui, C'est par ke malaise que Nature les a disposées à devenir une maladie longue et dangereuse qu'elle leur ôte le pouvoir de l'étre. Qu'est-ce alors qu'une femme? de son époux, délaïssée de ses enfants, nulle dans la société, La dévotion est son unique et dernière ressource. Dans presque toutes Jes coswées, Ja cruauté des lois civiles s'est réunie contre les fem à et cruauté de la nature. Elles ont été traitées comme des enfants imbéciles. Nulle sorte de vexations que, chez les pe policés, l'homme ne puisse exercer impunément. 0 femme, La seule représaille qui dépende d'elle est suivie du trouble domestique, et punie d'un mépris plus ou moins mi qué, selan que la nation a plus ou moins de mœurs. Nulle scie de vexations que le sauvage n'exerce: contre sa femme, malheureuse dans les villes, est plus eu des forêts, Écoutez le discours pee noque; et écoutez-le, si vous le pouvez, sans en être L ionnaire jésuite, Gumillat, jte fait mourir une fille dont elle était accouchée, en lui € nombril trop court : « Plüt à Dieu, Père, lui qu'au moment où ma mère me mit au monde, elle 4, Histoire naturelle, civile at géographique de TOrénoque.
collaborateurs de Diderot, Eldous, avait traduit À mr Paris, 3 vol. inA?, Mg.
d'amour et de compassion, pour épargner à sou enfant tout ce que j'ai enduré et tout ce que j'endurerai jusqu'à la fin de mes fan Si ma mère m'eût étouflée en naissant, je serais morts; mais je n'aurais pas senti la mort, et j'aurais échappé à la plus malheureuse des conditions. Combien j'ai souffert! et qui sait ce qui me reste & souffrir jusqu'à cé que je meure? Représentetoi bien, Père, les peines qui sont réservées à une Indienne parmi ces Indiens. Is nous accompagnent dans les champs avec leur arc et leurs flèches, Nous y allons, nons, chargées d'un enfant qui pend à nos mamelles, et d'un autre que nous portons dans une corbeille. Ils vont tuer un oiseau, ou prendre un poisson, Nous béchons la terre, nous; et après avoir sup toute la fatigue de la culture, nous supportons toute celle
de la moisson. Ils reviennent le soir sans aucun fardeau; nous, nous leur apportons des racines pour leur nourriture, et du mas pour leur boisson, De retour chez eux, ils vont s'entretemir avec leurs amis; nous, nous allons chercher du hois et de l'eau pour préparer leur souper. Ont-ils mangé, ils s'endorment ; nous, nous passons presque toute Ia nuit à moudre le maïs et à leur faire la chien, et quelle est la récompense de nos veilles t 18 boivent leur chica, ils s'enivrent; et quand ils sont ivres, Îls nous trainent par les cheveux, et nous foulent aux pieds. Ab! Père, plût à Dieu que ma mère m'eût étouffée en naissant ! Mu sais toi-même si nos plaintes sont justes. Ce que je te dis, tu le vois tous les jours. Mais notre plus grand malheur, tu ne saurais le connaître, 11 est triste pour la pauvre Indienne de servir son mari comme une esclave, aux champs accablée de sueurs, ét au logis privée de repos: mais il est affreux de Le » voir, au bout de vingt ans, prendre une autre femme plu Jeune, qui n'a point de jugement. Il s'attache à elle. Elle nous frappe, elle frappe nos enfants, elle nous commande, elle nous traite comme ses servantes ; et au moindre murmure qui nous échappérait, uné branche d'arbre levée. Ah! Père, comment veux-ti que nous supportions cet état? Qu'a de mieux à faire une Indienne, que de soustraire son enfant à une servitude mille fois pire que la mort? Plüt à Dieu, Père, je te le répète, que ma mère m'eût assez aimée pour m'enterrer lorsque je naquisl Mon cœur n'aurait pas tant à souffrir, ni mes yeux à
pleurer! »
sus LES FEMMES. ; 201
5 dit et répété dix-huit à dix-neuf ans de suite se réduit à ceci: Ma fille, prenez garde à votre feuille de figuier; votre feuille de va bien, votre fouille de figuier va mal. Chéz une nation galante, ls chose la moins sentie est la valeur d'une déclaration. 1. PL Palmier Diese bobo hote" Sancës. Cependant, que signife ce mot si légèrement prononcé, si frivolement interprété : Je nous aime? Il signifie ‘réellement : « Si vous vouliez me. sacrifier votre innocence ét Vos mœurs ; perdre le respect que vous vous portez à vous-même, et que vous obtenez des autres ; marcher les yeux baissés danslasociété, du moins jusqu'à ce que, par l'habitude du libertinage, vous en
ayez nequis l'effronterie; renoncer à qut état honnête; faire ns vos parents de douleur, et m'accorder un moment de plaisir ; je vous en serais vraiment obligé’. » Mères, lises ces ligues à vos jeunes filles : c'est, en abrégé, le commentaire de tous les discours flatteurs qu'on leur adressera; et vous ne pouvez les en prévenir de trop bonne heure, On a mis tant d'importance à la galanterie, qu'il semble qu'il ne reste aucune vertu à celle qui a franchi ce pas, C'est comme la fausse dévote et le mauvais prêtre, en qui l'incrédulité est presque le sceau de la dépravation. Après avoir commis le grand crime, ils ne peuvent avoir horreur de rien, Tandis que nous lisons dans des livres, elles lisent dans le grand livre du monde, Aussi leur ignorance » les dispose-t-elle à recevoir promptement la vérité, quand on la Jeur montre, Aucune autorité ne les a subjuguées; au lieu que la vérité trouve à l'entrée de nos erânes un Platon, un Aristots, un Épicure, un Zénon, en sentinelles, et armés de piques pour Ja repousser. Elles sont rarement systématiques, toujours à la dictée du moment. Thomas ne dit pas un mot des avantages du commerce des femmes pour un homme de lettres; et c'est un ingrat. L'âme des femmes n'étant pas plus honnête que la nôtre, mais la décence ne leur permettant pas de s'expliquer avecnotre franchise, elles se sont fait un ramage délicat, à l'aide duquel on > dit honnêtement tout ce qu'on veut quand on a été sifflé dans leurwolière. Ou les femmes se taisent, ou souvent elles ont l'air
| de n'oser dire ce qu'elles disent. On s'aperçoit aisément que
W- Cette leçon est à pou près celle quo Diderot donnait un jour à sa fille, ot qu'il rapporte dans sa loitre à Mie Voland, da 23 novembre 1168,
Jean-Jacques a perdu bien des moments aux genoux des femmes, et que Marmontel en a beaucoup employé entre leurs bras. On soupçonnerait volontiers Thomas et D'Alembert d'avoir été trop sages. Elles nous accoutument encore à mettre de l'agrément et de la clarté dans les matières les plus sèches et les plus épineuses. On leur adresse sans cesse la parole ; on veut en être écouté; on craint de les fatiguer ou de les ennuyer; et l'on prend une facilité particulière de s'exprimer, qui passe de la conversation dans le style. Quand elles ont du génie, je leur en crois l'empreinte plus originale qu'en nous.
RÉFUTATION