‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 41 sur 116 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Page 55.— La religion paienne n’a point de dogmes.

Cela est-il bien vrai? Les dieux avaient chacun leur histoire. Quel nom donner à cetiè histoire? On sppelait impie, on persécutait, on condamnait à mort celui qui rejetait en doute les galanteries de Vénus ou qui se moquait des amours de Jupifer, Un eumolpide n'était guère moins intolérant qu'un vicaire Pre

paroisse.

Les fîtes du paganisme étaient rares.

Nous n'avez pas consulté R-dessus les Fastes d'Ovide, Je crois qu'ils les avaient plus fréquentes, mais peut-être moins observées que les nôtres.

Page 58.—11 est facile de changer les opinions religieuses d'un peuple.

Je n'en crois rien. En gônéral, on ne sait comment un préjugé s'établit, et moins encore comment il cesse chez un peuple. Demain, le roi ferait pendre un de ses frères pour un crime, que le supplice n'en serait pas moins déchonorant parmi fous;

, il ferait asseoir à sa table le père d'un pendu, que les filles de ce père ne trouveraient pas des époux, même parmi les courtisans, S'il est si difficile de détruire des erreurs qui n'ont pour elles que leur généralité et leur vétusté, comment vient-on à bout de celles qui sont aussi générales, aussi vieilles et plus accompagnées de terreurs, appuyées dela menace des dieux, sucées avec le lait et préchées par des bouches respectées et stipendiées à cet eflet? Je ne connais qu'un seul et unique moyen de renverser un culte, c'est d'en rendre les ministres méprisables par leurs vices et par leur indigence. [Les philosophes ont beau s'occuper à démontrer l'absurdité du christianisme, cette religion ne sera perdus que quand on verra à la porte de Notre-Dame ou de Saint-Sulpice des gueux en soutane déguenillée offrir la messè, l'absolution et les sacrements au rabais, et que quand on pourra demander des filles à ces gredins-là. C'est alors qu'un père un peu sensé menacerait son fils de lui tordre le cou, s'il voulait étre prêtre. S'il faut que le christianisme s'abolisse, c'est comme le. pagsnisme cessa; et]' le paganisme ne cessa que quand on wit les prètres de Sérapis demander l'aumbne aux passants, à l'entrée de leurs superbes édifices, que quand ils se mélèrent amoureuses, et que les sanctuaires furent occupés par des vieilles qui avaient à côté d'elles une oie fatidique, et qui s'offraient à dire aux jeunes garçons et aux jeunes filles | “leur boune aventure pour un sou ou deux liards de notre monnaie’, Quel est donc le moment qu'il faudrait hâter? Celui où les Saint-Roch diront à nos neveux : « Qui veut une veut une pour un sou, pour deux sous, pour un liard! Cv lira au-dessus de leurs confessionnaux comme à ls porte) des

barbiers : Céans on absout de toutes sortes de crimes à juste prix.

Page 1