CHAPITRE
Page 82, — Lorsque, éclairé par Locke, on sait que c'est aux e>rgunes des sens qu'en doit sex idées... on doit communément en conélure que l'inégalité des esprits est l'effet de l'inégale dresse de leurs sens.
Dites par Aristote, qui a dit expressément le premier qu'il x yavait rien dans l'entendement qui n'eùt été antéricurement
dans la sensation, Dites par Hobbes, qui longtemps avant Locke avait déduit, dans son'petit et sublime Traité de le nature humaine, au prindpe TA e qu'on en pouvait tirer.
Pare 68. — Cipendent ni CR RE vaient que la supériorité de l'esprit n'est point proportionnée à 14 plus ou moi grade Der fic CB C RRE autre cause qu'on serait forcé de chercher Der
hénomène.
Lorsque je vois un homme d'esprit devenu stupide à la suite d'un violent accès de fièvre, et, réciproquement, un sot penser et parler, dans le délire, comme un homme d'esprit: lorsque j'en vois un autre perdre la raison et le sens commun par une chute, par une contusion à la tête, tous ses autres organes étant restés dans un état sais : puis-je m'empêcher d'en conclure que la perfection des opérations intellectuelles dépend principalement de la conformation du cerveau et du cervelet? et puis-je douter de la certitude de ma conclusion, lorsque je compare les progrès de l'esprit avec le ment des organes dans les différents âges de l'homme?
Page 84. — Locke aperçoit entre les esprits moïns de dif f'érence qu'on ne penses |
Mais moins de différence n'est pas nulle différence, et je croirai aussi tôt qu'on pourra donner à l'animal appelé le Paresseux, l'agilité du singe ou la vivacité de l'écureuil, qu'à l'homme lourd et pesant le caractère de l'homme vif.
Je crois, dit Locke, pouvoir assurer que de cent hommes, il yén a plus de quatre-vingt-diz qui sont ce qu'ils sont, bons cn Mauvais, utiles ou nuisibles à la socik, par l'instructionquit ont reçue.
Locke dit bons où méchants, il ne dit pus ingénieax où stupides.
Quand la bonté et la méchanceté tiendraient autant & lorganisation que le génie et la stupidité, il ne faudrait pas les confondre, non plus que les dispositions intérieures et le actions, Je m'explique.
Un homme naturellement méchant a senti par l'expéri et la réflexion les inconvénients de la méchance \yil restémtr shant et fait le bien.
Un homme à demi sot a senti par l'expérience et par la réflexion les avantages de l'esprit; il voudrait bien en avoir, mais il à beau faire, il n'en à point : il pense, agit et parle comme un s0t,
Un père sévère contraint son fils à une bonne action; ce père serait une bête féroce, si, le prenant par les cheveux et le frappant, il lui disait : Maroufle, fais donc de l'esprit. Le lieu tenant de police ne le ferait pas enfermer pour avoir maltraité son enfant, maïs pour en avoir exigé ce que la nature lui avait refusé.
Quintilien parle d'une paresse d'esprit innée et propre à certains hommes ; or comment Quintilien reconnalirait-il ce vice
tif d'organisation et le concilierait-il avec une égale sptitude à l'instruction?
I dit que les esprits lourds et inhabiles aux sciences ne sont pas plus dans la nature que les monstrest. Combien de monstres | Quintilien aurait montré beaucoup plus de jugement, s'il eût associé les imbéciles aux hommes de génie et qu'il eût regardé les uns et les autres comme des monstres.
Et puis une réflexion à laquelle je ne saurais me refuser, et dont je conseille l'usage à tout lecteur comme d'un principe de critique très-délicat et très-sûr : c'est qu'il se méle dans les discours et les écrits des hommes les plus modérés et les plus judicieux, toujours un peu d'exagération de métier. Locke et Quintilien traitent de l'éducation et ils se persuaderont à euxmêmes que tous nos enfants en sont également susceptibles ; et s'ils réussissent à nous le persuader à nous qui sommes pères, plus Locke aura de lecteurs, plus Quintilien aura de disciples. Mais qu'en arrive-t-il? C'est qu'un sot sort un sot de l'école de Quintilien; et qu'avec les soins les plus assidus et tous les beaux principes de Locke, je n'ai rien fait qui vaille de mon fils.
Les meilleurs écoliers sont communément ceux.qui donnent le moins de peine au maître, Et il n'est pas rure que les enfants les moins élevés” soient les meilleurs sujets.
Où trouver la raison de ces phénomènes? Dans l'inégale aptitude à l'instruction, Et d'où naït cette inégale aptitude? De la tature ingrate ou indulgente, de la diversité de l'organisation.
4: Voir Quiwraiaxt Oratoriæ instisutionis Liber primus, €. 4. % Dour ee s'ost pou cecupé.
D'Alembert lit une fois une démonstration de géométrie et il Ja sait par cœur, À la dixième fois je tätonne encore.
D'Alembert ne l'oublie plus, Au bout de quelques jours, à peine m'en reste-t-il quelques traces.
Tout étant égal d'ailleurs, comment peut-il arriver que dans le même temps d'étude je fasse le même chemin que lui?
Si {x mémoire se perd ou s'affaiblit par un coup, une chute, ane maladie. un enfant ne peut-il pas naître avec cet organe viié par la nature comme par l'accident? Que direz-vous de cet enfant? lui accorderez-vous la même aptitude à l'instruction?
N'en sommes-nous pas là presque tous, si l'on nous compare à M. de Guibert! ou à M. de Villoison *? Ces deux espèces de
ne démontrent-ils pas qu'il y a une organisation propre & la mémoire? Et si je n'ai pas reçu cette organisation, qui est ce qui me la donnera? L
— Vous n'en avez pas besoin, direz-vous, pour être un grand homme. 4 — Cels se peut; mais n’en faites donc pas dépendre l'étendu des idées et la force de l'esprit.