‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 61 sur 116 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Page 6, — L'inégalité des esprits vient moins du partage trop inégal des dons du hasard que de l'indifférence avec laquelle on les reçoit.

— Et cette différence, d'où vient-elle? *

— De la différence d'attention.

— Etcette attention différente?

— De l'intérêt.

— Et l'intéret?

— De l'instruction.

— Mais l'instruction ne donne point l'intérét ; elle le détruit

— Dans l'instruction je fais entrer toutes les sortes d'encou-

ragemenis.

— Mais il y a mille exemples d'enfants encouragés par tous les moyens possibles dont on n'a rien fait, et d'autres décoursgés par tous les moyens possibles de la chose qu'ils ont faite, tantôt bien, tantôt mal ou médiocrement, en dépit æ tous les obstacles qu'on leur a suscités.

Il y a je ne sais quoi de louche dans le commencement de ce N° chapitre. Est-ce ma faute ou celle de l'auteur? Je n'en sais rien. Helvétius dit : « Si presque tous les objets considérés avec attention ne renfenmaient point en eux la semence de quelque découverte; si le hasard ne partageait pas à peu près également ses dons et n'offrait point à tous des objets de la

ison desquels il pôt résulter des idées grandes et neuves, l'esprit serait presque en entier le don du hasard. » J'entendrais mieux, ce me semble, s'il avait dit : « Si le hasard partagesitégalement ses dons, s’il offrait à tous, etc, »

On recoit avec indifférence les dons du hasard.

Voilà une façon de s'exprimer bien singulière; on dirait que

Helvétius dit : 71 n'est point d'homme animé du désir ardent de la gloire qui ne se distingue toujours plus ow moins dans l'art ou la science qu'il cultive. Laissez-le dire, cela n'est pas vrai; il parle contre l'expérience.

Helvétius dit: Entre deux hommes également jaloux de s'illustrer, c'est le hasard qui décide. Laissez-le dire; cette jalousie peut agiter l'inepte plus violemment que l'homme de génie; et : a Je voudrais bien faire une belle découverte, » est le propos très-ordinaire d'un sot,

Helvétius dit: Le hwsard préside encore au choïæ des objets.

1'Laisséz-le dire. Chacun est à son métier, tous ont les yeux 1ournés vers le même côté, L'un voit, parce qu'il a de bons yeux et que son regard s'adresse juste; l'autre ne voit pas, ou parce qu'ila de mauvais yeux ou qu'il regarde à edté. Et le moment où le premier voit le mieux, ce n'est pas toujours celui où il se tue de regarder, c'est lorsqu'il est las d'une contention inutile, et qu'il laisse aller son regard superficiel et négligent sur un objet dont il est presque degoûté.

Celui qui est tout entier à un moyen ne voit que celui-là. Celui qui plane, pour ainsi dire, au-dessus de l'objet, aperçoit plusieurs routes qui peuvent l'y conduire. Il est des eircon- Stances où la grande attention concentrée sur un point est nuisible, et où un regard vague sert davantage.

Page 7.— Les semences des découvertes présentées à tous par de hasrrd sont stériles, si l'attention ne les féconde,

Muis l'attention seule suflit-elle pour les fécander?

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