PRINCIPES DE POLITIQUE
DES SOUVERAINS
NOTICE PRÉLIMINAIRE
On lit dans In Correspondance secrdts de Motra, à la date du 40 janier 4726 (vol. 1, p. 824) :
« Voici des notes que M. Diderot a écrites dernièrement à la marge d'une tradaction de Tacite; un ami, auquel ils communiqué cet exemplaire, m'en a laissé prendre copie. »
Subvent les pensées que nous donnons sous le nouvean titre que leur attribue 2 Principes de politique des souverains.
Haigeon, dans son Avertissement à ce sujet (édition des Œwvres de Diderot de 1798), s'exprime ainsi :
« Le manuscrit autographe de éet ouvrage = pour titre : Notes écrites de lo main d'un souverain à La marge de Tacite. C» souveraln, ‘est le roi de Prusse, qui expose ici les principes de ss politique, calle du molas que Diderot lui supposait. Comme Il n'almait pas ce prince, dont il eroyait avoir à se plaindre, il lai prête sourent des maximes et des vues que Frédérie n'aurait certainement ni avoudes ni défendues. En un mot, ces notes sont une espèce de testament fait ab fnato ; etque, par cela seul, il faut Lire avec précaution. De retour dans ses foyers, après ua long voyage; entouré de sa famille êt de s09 amis qui ne lai rappélaient que des souvenirs doux, Diderot, qui savait aimer, mais qui ne savait pas haïr, oublin des torts réels ou fruaginaires, La raison tranaille et impartial prit la plabe de la passion qui altère, qui déaature tous les objets, parcs qu'elle les oxngère tous. Il rolut alors de sang froid ces notes, qu'un sentiment juste où injuste avait dictées; et que, dass l'un ou l'autre css, la morale philosophique dont le premier article est reufermé dans os vers de Voltaire,
Tous les humains ont bein de clémence,
ul faisait un devoir de proscrire. Il refondit donc tout l'ourrage: retrancha tous les passages qui pouvaisat donner à un simple recuell
DES SOUVERAINS
Ignorer souvent ce qu'on sait, ou paraître savoir ce qu'on ignore, cela est très-fin; mais jen’aime pas la finesse. ne +
la langue de Burrhus avec Néron, mærèns ac laudans ; il se désolait, mais il louait. 11 fallait se désoler, mais il ne fallait pas louer. C'est ce qu'aurait fait Burrhus, s'il eût plus aimé la vérité que Ju vie.
Apprendre la langue de Tibère avec le peuplet, Verba obscura, perpleza, suspense, eluctantia, in speciem recusantis com posita. a Mots obscurs, perplexes, indécis, esquivant toujours entre la grâce et le refus. » Qui, c'est ainsi qu'il faut en user, lorsqu'on craint et qu'on s'avoue qu'on est haï et qu'on le mérite.
Étoufferen embrassant ; perfdie abominable.
Froncer le sourcil sans ètre fâché; sourire au moment du dépit ; pauvre ruse, dont on n'a que faire quand on est bon, et qu'on dédaigne quand on est grand.
Faire échouer par le choix des moyens ce qu'on ne saurait empêcher. J'approuve fort cette ruse, pourvu que l'on s’en serve pour empêcher le mal, et non pas pour empêcher le bien; car il est certain qu'il y a des circonstances où l'on est forté de suppléer à l'ongle du lion qui nous manque, par la queue du renard.
4. Ca sont plusieurs passages de Tacite que Déderot réunis lei en un seul, (N.)
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DÉS nE nn fra de coene SEM RE p blic.
Penser une chose, en dire une autre; mais avoir plus d' prit que Pompée. Pompée n'aurait pas eu besoin d'esprit, s’il avait su faire ce qui convenait à son caractère, dire yrai ou se taire, d'autant plus qu'il mentait maladroitement.
Ne pas outrer la dissimulation; s'attrister de la mort de Germanicus, mais ne pas la pleurer. Alors les larmes, évidem= ment fausses, n'en imposent à personne, et ne sont que ridis cales,
Parler de son ennemi avec éloge : si c'est pour lui rendre la justice qu'il mérite, c’est bien fait ; si c’est pour l'entreteair dans une fausse sécurité et le perdre plus sûrement, c'est une perfidie.
Publier soi-même! une disgrâce: souvent c'est un acte de prudence ; cela empêche les autres de vous en faire rougir et de l'exagérer.
XXIY.
Demander la fille d'Antigone pour épouser la sœur d'Alexandre; mais être plus fin que Perdiccas. Perdiccas n'eut ni l'une ni l'autre,
4. Cet maxime parait n'être qu'une faible réminiscence de ce bou passage de acte 1 At Vitellius, froctis apud Cromonam rebus, nuntios cladis occultans,
Voili co qu'il udrait graver on lettres d'or sur l'intérieur des murs du palais des sourerins, sur La bursu de Jours ministres, wi wa ghabral de ou ceux qui sourersant, sous quelque dénomination que ce soit. (N.)
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+ Être le premier à prêter serment, à moins qu'on n'ait affaire à Catherine de Russie ét qu'on ne soit le comte de Munick : cas rare. Le comte de Munick resta attaché à Pierre III jusqu'à sa mort; aprés la mort de Pierre Il, le comte se présenta devant l'impératrice réguamte, et lui dit : « Je n'ai plus de maitre, et je viens vous prèter serment; je servirai Votre Majesté avec la même fidélité que j'ai servi Pierre Il!, »
‘Ke jamais séparer le souverain de sx-personne. Quelque familiarité que les grands nous accordent, quelque crea qu'ils semblent nous donner d'oublier leur rang, il ne Want jamais les prendre au mot.
XXXHE,
hppelez os caclares des citoyens; c'est foct Ben fit: mais il vaudrait mieux n'avoir point d'esclaves.
Toujours demander l'approbation dont.on peut se passer : c'est un moyen très-sûr de dérober au peuple sa servitude.
XXXY.
Toujours mettre le nom du sénat avant le sien. Ex senatusconsulte, et aurioritate Cæsaris. Où n'y manque guère, quand le sénat n'est rien.
A. Ralhière, Mistoire en Anecdotes sur la Révolution de Rusris, en 1767, ne parle pas de serment fort. Quand toot enpoir fut perda de coeserver le pourair à Pierre ll, Munick 10 présenta à letorbof derant Catherine an mieu da la foule. Ce fut la mouvtraine qui viat À lui : « Vous ave voulu ms combattre? — Oui, madame, et maintenant mon devoir eat de combattre pour vous. » Mia À foi bicntd séduit, « soit, ajouts Rulhière, qu'il fat woché do cet serueil pémireux et
soit, come où l'a cru, que 208 ambition fa encore cetie toatative. »
DES SOUVERAINS
Lorsque Tibère balançait entre ce qu'il devait aux lois et ce ; qu'il devait à ses enfants, il s'amusait.
XLIN,
J'aime le scrupule de ce pape, qui ne permit point qu'on ordonnât prêtres ses enfants avant l'âge; mais qui les fit évèques.
respecter la loi qui ne nous gène pas et qui gène les autres. 11 serait mieux de les respecter toutes.
XLY, Un souverain ne s'accuse jamais qu'à Dieu; mais c'est qu'il ne pèche jamais qu'envers lui : cela est clair.
Affranchir les esclaves lorsqu'on a besoin de leur témoignage contre un maître qu'on veut perdre. Donner! la robe virile à l'enfant qu'on doit mener au supplice, Faire violer” entre le lacet et le bourreau, la jeune vierge pour la rendre femme et punissable de mort, voilà ce qu'on appelle respecter les lois à la manière des anciens souverains : il est vrai que ceux d'aujourd'hui ne connaissent pas ces atrocités,
Au trait historique qui précède, on peut ajouter par explication”, dépouiller une femme de la dignité de matrone par 4. Voyez Dion in August. Ub. XLVTI, cap. vie (N:)
i . Compreriam :
pt date cop pv ae EM ee de Son que Tibère ft violer ainai par le bourreau. Tyran subtil et cruel, dit trës-bien Montesquieu, #l détruisoit les mœurs pour conserver ler coutumes. Voyez Tacir. Annal. lb. V, cap. vx; et l'Esprit des lois, Uv. XUI, ebap. xt. (N.) 3: Vantaxre + axcmple. (Môtra, Corr. secréte.)
DES SOUVERAINS, [LR
y rélléchissaient bien, ils vérraient que leur mort, presque infaillible, eat toujours la Técoxapoute do lour Densrsoss-
RP Susciter beaucoup de petits appuis contre un appui et et dangereux; cels me paraît prudent.