‹ Œuvres complètes;Chapitre 28 sur 144 · CHANT XVI II · texte numérisé non relu

CHANT XVI II

AUGL'MEXT

l'ommenl les Alains, réunis cmx Saxotis. maichèrenl vers Paris;,j i/u Chevalier Élienne de Péronne ; cartel de défi envoyé aux Pari-. siens par les Infidèles; des malheurs de Nicette, et son aventure'] dans une Hôtellerie, el du hasard merveilleux qui lui fit retrouver \ Antoine Organt. ^

Après avoir quitté la Germanie, Et retiré le siège d'Herminie,

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Tous les A/ains, réunis aux Saxons,

Passent le Rhin, en trois corps se partagent;

Impétueux, brûlent, pillent, saccagent,

De leurs torrens inondent nos sillons,

Et vers Paris traînent leurs bataillons.

La France était sans Soldats et sans Princes;

Ses défenseurs étaient d'autres tyrans.

Dont Pavarice infestait les provinces.

Paris était un antre de brigands,

Où la folie, avec la politesse,

De crimes noirs égayait la rudesse ;

Où l'intérêt, lâchement déguisé,

Levait un front de tendresse gazé :

Des murs épais, bâtis par la Mollesse,

Couvraient la ville, et cachaient sa faiblesse.

Sa garnison était quelques Soldats Chargés d'un fer trop pesant pour leurs bras, Et dont le Chef, digne soutien d"un trône, Où la grandeur semblait un beau pourpoint Qui parerait un àne vu de loin, Etait ce mons Etiennii de Péronne Que la Folie avait pris pour Housard.

Mais ce Héros veut un article à part.

Vers ce temps-là, la cité de Péronne Eut un seigneur débonnaire et courtois, A qui le bien de ses bénignes lois, De l'univers eût mérité le trône, Si les tyrans ne faisaient les grands Rois. Des courts instans que le Ciel nous octroie Bien il sentit tout le prix et valeur. Il en usa comme d'une faveur Qu'un jour enlève, ainsi qu'il nous l'envoie. On lui donna le nom de Julien ; A ce grand Prince on eût donné le sien.

Il s'écriait, cet autre bon Saturne :

Je veux de plews quoii arrose mon urne 1 Et se gardait, pour un instant trop court, De les presser sous un sceptre si lourd.

Le malheur cesse alors qu'il le découvre ; Avec son cœur une main pleine s'ouvre.

Son vieux chàtcl semblait un cabaret, Sur un tonneau la justice il rendait, Et l'équité, toujours épanouie.

Souffrait bien moins de cette t)onhomie. Que du sang-froid d'un Juge grimacier Qui fait des lois un sordide métier.

Ce Prince enfin, des Princes le modèle, En E pleure habillait Marc-Aurrle.

Assez souvent, dans ses lares badins, 11 s'égayait des préjugés voisins.

Mais sans gronder toutefois; le bon sire Point ne grondait et ne savait ({ue rire. Un jour que, plein de bachiques vapeurs. Sa main prodigue épandait ses faveurs, De s? bonté Tivresse impétueuse Lui fit trouver une saillie heureuse.

De ses mulets il fit des Conseillers, Et de ses chats autant de Financiers.

Il ne fut point jusqu'à son singe Etienne Qui ne tàtàt de cette heureuse veine ; Au singe donc il fit expédier Brevet d'honneur par Maître Jean Charlier Et lui ceignit l'ordre chevaleresque.

L'autre, endossant sa noblesse burlesque, Le casque haut, de fer empaqueté.

Se pavana par toute la cité.

11 aifourcha sur une blanche mule Sa dignité gravement ridicule.

Tous les passans s'écriaient : Voyez donc Des Chevaliers le plus sot qui fût onc ! D'autres vantaient ses talens, son génie Pour plaire au Roi qui bernait leur folie. 11 ne man(|uait à notre Paladin Que la parole; un ami de Merlin La lui donna. Le vénérable sire Ne cessa plus de vanter sa vertu,

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Et les aïeux dont il était issu.

Un sien parent fut Préfet dans l'Empire, L'autre Consul, et l'autre Sénateur.

Le singe avait ces choses ouï dire Apparemment à quelque grand Seigneur. Mais le Héros, d'après maintes peintures De Paladins, de géans pourfendus, Voulut aussi courir les aventures, Et déployer ses loyales vertus.

11 partit donc un beau jour de Péronne, En tapinois, sans rien dire à personne, Se fit rosser, et je ne sais comment, De la Folie enfin devint l'amant.

Icelle étant en Erance souveraine, Se ressouvint de son féal Etienne, hl lui vendit son poste d'algunsil A prix d'honneur, et jurant d'être vil.

Devant Paris les ennemis campèrent; De ses palais les Plaisirs s'envolèrent; Les citoyens, divisés dans la paix.

Ou par l'orgueil, ou par leurs intérêts, En ce moment réunis par la crainte, Gardent les murs et bordent leur enceinte.

Deux Chevaliers, l'un Saxon, l'autre Alain (Ils avaient nom Agramore et Talbin) Font avancer un Héraut vers les portes, Pour annoncer aux gauloises cohortes Que deux Guerriers, au quinzième soleil, Devant les murs attendront leur pareil.

Eu un moment, la Renommée agile A répandu ce cartel dans la ville.

Maints Chevaliers qui devaient leur haubert, Briguent l'honneur de punir cette audace : Ou voit paraître et le comte Robert, liOquel avait engagé sa cuirasse, Et Jean Dudon, qui promet de payer Sur l'ennemi l'incrédule usurier.

liindon paraît, dont l'avarice folle

184 G-UVRES COMl'LKTES DE SALNT-.llST

Appelle un casque un ornement frivole;

Pmd fhidegon, leipiel donna son bien

Pour un baiser, et le(|uel fut tout sien;

Le souple Odar, ingrat avec tendresse,

Parlant toujours vertus, humanité,

Lâche avec art, faux avec politesse,

Monstre fardé de sensibilité;

Guelfe, parjure, et cynique effronté;

Altamant, fourbe avec tranquillité.

Au demeurant, par un rare assemblage.

Tous ces faquins étaient pleins de courage.

IVemours parut; lui seul peut-être alors

Avait un cœur sans tache et sans remords;

Son front, blanchi sous l'aigrette poudreuse,

Annonce encore une àme vigoureuse,

Où les vertus, ([u'assiège en vain le temps,

Ont réparé la faiblesse des ans.

(' 0 vous, dit-il d'une voix aguerrie,

« Qu'assemble ici Tamour de la patrie,

« En telle main que tombe cet honneur,

« Votre vertu me répond du vainqueur;

« Et si la gloire, autrefois plus facile,

<■ Amène ici ma vieillesse débile,

" Amis, c'est moins pour vous la disputer,

<' Que pour offrir en ce moment funeste

« Le dernier coup que mon bras peut porter,

w Et tout mon sang, ou le peu qui m"en reste.

<' Nous sommes tous et braves, et Français;

" Entre nous tous que le Destin prononce,

w Et que vos bras attendent sa réponse ».

Les Chevaliers paraissent satisfaits.

On met les noms dans une urne fatale, Et l'on convient que la gloire sera Aux premiers noms que le Ciel enverra.

Crainte, espérance était par-tout égale.

Pépin sortit : il eut pour compagnon Le redoutable et bouillant Ferrar/on.

Pépin, frappé d'une noble épouvante,

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Ayant (|iiitté la gloire et les combats,

Devers Paris avait pressé ses pas.

Pour cet assaut, tout fier il se présente,

Et le Héros, vain dans sa lâcheté,

Ne croyait point à la fatalité.

Il espérait que le Destin mobile

Honorerait sans danger sa vertu.

Il porte au ciel un regard abattu.

En s'écrjant, dans le grand goût iV Achille,

Puisse ce bras honorer mon pays,

El dans ces murs rapporter xin trophée

Baigné du sang des lâches ennemis!

Par la terreur sa harangue étouirée,

N'éveilla point l'ombre du grand Ajax,

Et du Héros, père à'Aslianax.

D'un air altier le poltron se retire,

Marche en triomphe, et tout bas il soupire.

Nous reverrons Paris dans quelques jours; Je vous devais quelques contes d'amours. Cherchons Nicelle, amante fugitive.

Quel bord désert entend sa voix plaintive? En peu de mots le fil je reprendrai De son histoire; elle sera succincte.

Depuis ce temps elle a toujours pleuré. Les cieux jaloux ont repoussé sa plainte; Elle gémit dans l'ombre des forêts.

De ce séjour le vide et le silence Quelques instants lui rendaient l'espérance, Et plus souvent encore ses regrets.

Anachorète, et sensible et profane, Elle n'avait que les bois et son àne Pour confidens de ses tendres soucis.

L\ine aurait pu consoler ses ennuis; Mais ma Nicelte, entière à sa douleur.

De Jeanne d'Arc n'avait point la candeur. Je ne sais point si Vâne avait su prendre Pour sa beauté quelque sentiment tendre. Dans la forêt, languissant il se perd,

Et ses soupirs font trembler le désert.

Parfois la niiil, étendu près de Nier,

D'un pied noueux il lui presse la cuisse;

Sur lui Niceile abandonnait un bras,

Le caressait, l'appelait son cher dne;

Peut-être bien ils ne s'entendaient pas.

Aice quittait à laube la cabane.

Prenait le froc, montait sur le baudet,

Et s'avançait au bord de la forêt.

Chemin faisant, sa voix plaintive et tendre,

Le nom d'Organt aux bois faisait entendre.

L'ombre fuyait, et le soleil naissant,

De perles d'or émaillait l'orient.

Or. bonnes gens, vous éprouvez peut-être.

Tout comme moi. qu'amour, en ce moment,

De nos désirs éveille le salpêtre,

Et nous excite à l'amoureux penchant.

Une fillette en sa couche seuletle,

En s'éveillant, soupire, étend un bras,

Va promenant l'autre sur ses appas;

A droite, à gauche une jambe elle jette;

Son cœur qui bat, agite son beau sein;

Elle soupire, et sa vue inquiète

Cherche Guiliot qui s'est levé matin.

Par sa douleur Niceile réveillée, Au coin du bois était assise alors, En Moine noii\ comme on sait, habillée. Vient à passer une Nonnefle fors A l'œil frippon, à la guimpe arrondie, Au pied alerte, à la mine fleurie.

Qui, du plus loin (|ue le Moine elle vit. Ou bien crut voir, le Diable au cœur sentit; Sa joue, et fraîche, et vermeille, et tremblante, Se velouta d'un tendre vermillon.

Moins ronde était, et moins appétissante La pomme <\nEve un beau matin, dit-on.

Vint présenter à son époux glouton.

Adaiii mangea la pomme, et se fit fête

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De nous damner. Je l'excuse pourtant.

Qui de nous tous n'en aurait fait autant, Et voire plus? car gentille et bien faite Etait la Dame. Ayant la pomme en main, Elle en montrait deux autres sur son sein. Deux au minois, comme notre Nonnette.

Deux autre part enfin pour notre dam.

Eve était belle, et faible était Adam.

Dans sa douleur Nketle ensevelie, Tenait les yeux vers la terre arrêtés.

La jeune Sœur arrive à pas comptés, D'un air timide, et sa voie adoucie, De quelque endroit demande le cbemin.

A'ice pleurait; la Nonnelte attendrie, Voyant de plus son minois tendre et fin, Entre en propos, et lui serre la main, En lui disant : Par Jésus et Marie.

Mon frère cher, quel est votre chagrin?

D'un malheureux la présence intéresse; S'il est aimable, il porte à la tendresse. L'amour souvent s'allume dans les pleurs; Car la faiblesse est la vertu des cœurs. La jeune Sœur, pieuse et charitable.

Au frère en Dieu se montrait secourable. Un tendre cœur aime à se confier; Nice dit tout, sans se faire prier.

La jeune Agnès, en l'écoutant, soupire, Moitié dépit, regrettant son erreur.

« Eh bien, dit-elle; eh bien, ma chère Sœur, « Vous voyez trop que ce monde trompeur « Ne donne rien de ce que l'on désire. » Voilà le jour où viennent s'éclipser '< Les songes vains qu'il nous fait caresser. <i Quittez le monde, et dans un monastère « Venez sentir, à l'ombre des autels, « La vanité de ces rêves mortels.

« Ne brûlez plus pour un bonheur coupable ; « Vous connaîtrez, en brûlant pouryé^Wi,

188 ŒrVRES COMPRITES DE SAINT-.TUST

a Des vains plaisirs le néant méprisable, • Et tout le prix des célestes vertus. < Nice lui dit, d'un air inconsolable : u Mais mon amant ^ ne le verrai-je plus »?

Et tout à coup grand fracas dans la plaine; La poudre vole, et voici des coursiers Des palefrois, des jeunes Chevaliers, Dames en croupe, allant à perdre haleine, Chantant, riant, faisant contes d'amour.

L'aube douteuse avait fait place au jour. La jeune Aonne et le Moine Nicetle Voulurent fuir : on court, on les. arrête. « Epoux en Dieu, l'on vous en donnera, Dit un plaisant de la troupe loyale.

« Avant le jour que faisiez-vous donc là, « Monsieur le Moine à vertu matinale?

« De tout mon cœur je vous fais compliment, « Point n'êtes sot, ne prenez de l'église <* Le plus vilain. Et vous, la belle enfant, « Il est bien doux, malgré que l'on en dise, « De se sauver. Comptez; nous sommes sept, « Vous fèloierons tous les sept, s'il vous plaît; <( Et vous. Monsieur le saint homme d'Hermite, <i Vous fètoierez nos Dames d'eau bénite ». Bref, on descend; ce qui fut dit fut fait : On tire au sort. La Trémoui'Je commence. Pendant cela, les Dames, par pudeur, Prirent la fuite, ayant ferme espérance Que l'homme noir serait bon écumeur.

Mais cependant Monsieur de la Trémou'dle Monte à l'assaut, les deux moles descend; Il entre au fort, et vole, et pille, et fouille. Les Chevaliers, comme gens de patrouille, Ne jouaient pas un rôle fort plaisant; Mais chacun d'eux eut son tour cependant. La pauvre Afjnrs. pâmée et confondue, N'ouvrait qu'à peine une mourante vue; Son sein, mouillé de larmes de plaisir.

(JU(. AiNT lis9

De temps en temps jetait quelque soupir; Ses bras en croix, étendus sur le sable, Rendaient ce signe encor plus adorable.

Un doux souris découvrait quatre dents, Qui partageaient ses deux lèvres de rose.

Mais que fait Nice en ces tristes instans? JS'ice pleurait (car que faire autre chose?) Et se cachait à l'abri d'un vieux pin. Dans la forêt nos Dames s'arrêtèrent, Cherchant des yeux le jeune Chérubin ; Au petit pas elles se rapprochèrent, Montrant le nez, enrageant, de bon cœur, Que le vilain méconniit son bonheur.

Nos Chevaliers, après leur aventure.

Baisent Agnès, reprennent leur armure.

Piquent des deux, croyant leurs Dames voir Sens sus dessous avec l'animal noir.

L'on pense bien quelle fut leur surprise. Aurait-on cru ([u'un Moine eût lâché prise? On l'aperçut, on courut, on le prit.

Et sur son âne en triomphe on le mit. 11 se présente un cabaret, on entre.

Près du foyer, un Moine à large ventre Buvait lui seul; Nicetle, en le voyant. Reconnaît George, et baisse, en rougissant. Son capuchon. On raconte l'histoire.

On rit, on chante, on fait venir des brocs. Et le vin blanc s'évapore en bons mots. Notre Aumônier rit dans sa barbe noire. Se promettant, avant la fin du jour, Qu'il bernerait les plaisans à son tour. Il fit si bien, par un trait de grimoire, Que ces Messieurs se mettent en courroux Sortent en plaine, et s'entr'oceisent tous.

George étonné considérait Nice t le.

Mais, par Saint-Jean, ce vêtement est mien, Ce lui dit-il, et me rappelle bien Notre aventure. Oh! la belle fillette.

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Me le paierez; j'en jure Saint-Thomas.

Ne pleurez point, eh! ne vous en veux pas. Nice trcmblail, ainsi qu'une fauvette Près du vautour : bref, il la fit asseoir; Les contes bleus amenèrent le soir.

Le penaillon, ivre du tendre espoir De chalumer sa vengeance complète, Sentait la chair et des yeux dévorait Le doux tendron qui les regards baissait.

Lheure arriva; le Moine anthropophage Pressait à cru la naïve Beauté, Qui larmoyait de son air emporté.

Et reculait, par un faible courage, Une odieuse et triste volupté.

Le eu de George en l'air déjà s'élève. Et le vilain mange la pomme (ÏEve.

Nice tremblait à ses durs mouvemens.

Et ripostait par des gémissemens.

Mais, par bonheur, le Moine était un âne : Vous m'entendez, et Nice ïiè\.dM Jeanne. Le goupillon, bien qu'il fût d'un sorcier, Ne put jamais entrer au bénitier.

Le Moine, las de sa rude monture.

Glacé de rage, et brûlant de luxure, Baisse le pont, résolu de nouveau Le lendemain abattre le château, Et pour rêver sa victoire future, Il s'endormit. Mais Nice qui veillait, Vers le minuit lentendant qui ronflait, Prend le grimoire, et de ses yeux de fille, Ouvre ce livre où tout l'enfer était.

Voilà soudain la maison qui fourmille D^ Esprits impurs. L'un se présente, et dit : Que voulez-vous ? Nice lui répondit :

Le cher amant que ma tendresse pleure.

Et qu'en ce lieu l'ameniez tout à l'heure; Puis, si pouviez, (jue vous ôtiez d'ici Ce déloyal, qui me fait grand souci!

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Que tout va bien, quand le Diable s'en mêle ! Le Démon, preste, en Sicile vola; Antoine Organt en effet était là Qui s'amusait aux tétons à' Isabelle.

Entre ses bras il prit le Chevalier Si doucement, (|ue, sans le réveiller, Il l'apporta devers Thôtellerie, Et retendit près de JSke assoupie, Sans bruit aucun. Soudain l'Esprit impur Adroitement vous prit l'Aumônier dur, Sur des pavots dans son char il le gîte. Comme un soldat qui dort en sa guérite. Étrille, panse, attelle les mulets.

Adieu le Moine, adieu tous ses projets. Que Ton peindrait trois plaisantes surprises ! Le Moine en l'air s'éveillant en sursaut. Cherchant NiceUe, et préparant l'assaut; Antoine Organt. dans ses tendres méprises. Croyant tenir la maîtresse du soir; IS'ice prenant Organt pour l'homme noir.

L'ombre s'enfuit, le jour naît, le coq chante; Le Paladin, éveillé par l'amour, Etend un bras et presse son amante.

Nice lui dit : Il n'est pas encor jour, George; dormez, quel Démon vous réveille? George, ce mot mit la puce à l'oreille Au Chevalier. Nous sommes trois cocus, Répondit-il. Ne vous souvient-il plus Que cette nuit Antoine Organt est vôtre? Une autre fois vous ferez fête à l'autre. Mais terminons ceci loyalement.

A ce discours, ISicette confondue Se précipite aux bras de son amant, Jette un soupir, et perd le sentiment.

Organt frappé n'ose en croire sa vue ; Il s'aperçoit qu'il n'est plus chez Vulcai», Présente à Nice un baiser incertain.

Et reconnaît enfin sa tendre amie.

En l'appelant, il la rend à la vie.

Sein contre sein, ils se tiennent pressés. Mais, dit Orijanl, ma Belle, je vous prie, Est-ce un fantôme ou vous qui m'embrassez? 0»«, cest bien elle; oui^ c'est Nice elle-même ^ Que plus n'aimez^ et qui lovjours vous aime. Nice, en riant, raconta ses malheurs; Une par une, elle compta ses pleurs.

Et puis finit parla naïve histoire De l'aumônier et celle du grimoire.

Oh! i|u"un cœur tendre au moment du retour. Sait bien payer les ennuis de l'absence I Récits divers, épanchemens d'amour, Larmes, baisers, enfin tout ce qu'on pense. Nos deux amans, ivres de se revoir, L'aube trouvaient trop voisine du soir.

Le toit fumeux de leur hôtellerie Avait pour eux le lustre des palais, Hors (|ue la peur, les soucis et l'envie. Hors que l'ennui n'en approchaient jamais. Au sein de Nice, Organl encore oublie L'oncle Turp'm, ses armes, les combats, Et laisse en paix rouiller son coutelas.

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