CHAPITRE VI
De la nahire de l'Arislocratie.
Quelqu'un a dit que la division des classes troublait le sens de cet article des droits de l'homme : il n'y aura d'autre différence entre hs hommes que celle ds vertus et des talents. On pouvait dire aussi que les vertus et les talents blessaient l'égalilé naturelle, mais de môme que le prix qu'on y attache est relatif à la convention sociale, de môme la division des classes est relative à la convention politique.
L'égalité naturelle était blessée à Rome, où, selon Denis d'Haticarnasse, le peuple était divisé en cent quatre-vingttreize centuries inégales, qui n'avaient chacune qu'un suffrage, quoiqu'elles fussent moins nombreuses à proportion des richesses, de l'aisance, de la médiocrité, de l'indigence.
L'égalité naturelle est conservée en France; tous participent également de la souveraineté par la condition uniforme du tribut qui règle le droit de suffrage; l'inégalité n'est que dans le gouvernement; tous peuvent élire, tous ne peuvent être élus; la classe tout-à-fait indigente est peu
nombreuso ; qui ne paye point de tributs, iiest point frappé de slérililé; elle est condamnée à l'indépendance ou à l'émulation, et jouit des droits sociaux de l'égalilé naturelle, la sûreté et la justice.
Si la condition du tribut n'eût déterminé l'aptitude aux emplois, la constitution eut (Hé populaire elanarcliique; si la condition eut été forte et unique, l'aristocratie eût dégénéré en tyrannie; les législateurs ont dû prendre un milieu qui ne décourageât pas la pauvreté, et rendit inutile l'opulence.
Cette inégalité n'offense point les droits naturels, mais seulement les prétentions sociales.
Pour établir dans la république l'égalité naturelle, il faut partager les terres et réprimer l'industrie.
Si l'industrie est libre, elle est la source d'où découlent les droits politiques, et alors l'inégalité de fait produit une ambition qui est la vertu.
On a dit que là où les pouvoirs ne seraient pas séparés, il n'y aurait pas de constitution ; on pouvait ajouter que là où les hommes seraient socialement égaux, il n'y aurait point d'harmonie.
L'égalité naturelle confondrait la société; il n'y aurait plus ni pouvoir ni obéissance, le peuple fuirait dans les déserts.
L'aristocratie de France, mandataire de la souveraineté nationale, fait les lois auxquelles elle obéit, et que le prince fait exécuter; elle règle les impôts, déiermine la paix et la guerre; le peuple est monarfjue soumis et sujet libre.
La puissance législative est permanente, les législateurs changent après deux ans. Autant la présence et la force de la pensée est-elle sans cesse aécessaire à la conduite de l'homme, autant la sagesse et la vigueur de la puissance législative est-elle perpétuellement utile à l'activité d'un bon gouvernement, et doit-elle veiller sur l'esprit des lois, dépositaires des intérêts de tous.
Lorsqu'il s'agit de régler la durée de la représentation, on s'aperçut que c'étaient la plupart des gens suspects qui opinaient pour le plus long terme. On pourrait alléguer
litre eux plusieurs raisons; la plus solide est que l'iiabiiiiile de régner nous rend ennemis du devoir. Dans une aristocratie tout à fait populaire, les législateurs sont très sagement choisis et suppléés par le peuple; leur caractère iloit être inviolable, ou l'aristocratie serait perdue, ils ne doivent pas répondre de leur conduite, ils ne gouvernent pas : la loi doit être passive entre le refus suspensif du prince et la prude/ice de la législation qui suivra.